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A Mali, Mali et demi

Les élections présidentielles maliennes du 29 juillet 2018 révèlent l’état de décomposition avancée du champ économique et politique de cette contrée du Sahel. En tout, 24 candidats se disputent la charge suprême sans démarcation idéologique ou programmatique claire. Il semble que les lignes classiques d’orientation gauche-droite, progressiste-conservatrice, libéral-communiste, ne fonctionnent plus au Sahel. Idem pour les…

Ibrahim Boubacar Keita, président du Mali.

Les élections présidentielles maliennes du 29 juillet 2018 révèlent l’état de décomposition
avancée du champ économique et politique de cette contrée du Sahel. En tout, 24 candidats se disputent la charge suprême sans démarcation idéologique ou programmatique claire. Il semble que les lignes classiques d’orientation gauche-droite, progressiste-conservatrice, libéral-communiste, ne fonctionnent plus au Sahel. Idem pour les échantillonnages et les sondages d’opinion, qui n’engagent que ceux qui y croient. Dans ce grand solarium où le président Ibrahima Boubacar Keita dit IBK, 73 ans, a décidé de se représenter à la surprise générale, tous les repères semblent perdus, enfouis dans le sable. Depuis son palais niché sur les hauteurs de la colline de Koulouba, le sphinx de Koutiala, fait état d’une inquiétante aphasie par rapport aux nouvelles du front et aux graves exactions inter-ethniques qui se déroulent dans le centre du pays.

Les pertes élevées des soldats maliens et ceux de l’ONU au Nord fragilisent le bilan de cet ancien opposant, désigné à tort et à raison comme la cause du blocage des accords d’Alger. Sur le plan économique, le Mali est devenu le laboratoire d’expérimentation de la décorellation flagrante entre la croissance macroéconomique et l’ impact réel des flux enregistrés sur le bien être de la population. Certes, le PIB réel projeté en 2018 est de 5%.

Mais quid de la part de l’aide publique au développement dans ce ratio mis en avant dans
des reportages apparus simultanément ces derniers jours dans certains médias parisiens? Si le FMI se félicite effectivement d’un défcit budgétaire de moins de 3%, faudrait –il oublier que c’est en raison du gel des dépenses, voire de l’investissement public?

Face à IBK et à ses alliés, aucun des 23 candidats ne semble faire le poids. Ni Soumaila Cissé, présenté comme le leader de l’opposition, encore moins Cheikh Modibo Diarra, Modibo Sidibé, Modibo Koné ou encore l’homme d’affaires Aliou Boubacar Diallo, n’ont
les moyens, individuellement , de freiner la machine IBK. Les observateurs sont unanimes. Seule une coalition forte est de nature à forcer l’alternance. Or, c’est là que le bât blesse.
Les multitudes d’alliances signées aujourd’hui sont dénoncées le lendemain tant chaque candidat est convaincu de son destin national. Pourtant, Modibo Diarra ne nous démentira pas, l’ascension vers le palais de Koulouba est plus compliquée que la mise en orbite d’un satellite de la NASA. Bref, le Mali est l’Afrique en miniature.

La parodie de la démocratie a accouché de l’électoralisme dans un contexte de pauvreté et d’analphabétisme. Au vu de cette grosse farce, l’on est fondé de se demander si le dirigisme éclairé d’un  Paul Kagamé n’est pas la voie nécessaire par laquelle tout pays pauvre en construction doit passer avant de se lancer dans des joutes électorales où les candidats, à défaut de dérouler des programmes cohérents, sont obligés d’acheter les élus et les leaders d’opinion. La plupart des pays africains pauvres dits démocratiques n’arrivent pas à régler la question des infrastructures de base. La fourniture de l’eau et l’électricité est défaillante dans de nombreux cas. Les élections sont financés de l’étranger et validés par des observateurs internationaux. L’on perd du temps précieux dans des joutes alors que l’urgence est à la satisfaction des besoins de base. La santé, et l’éducation. Encore et toujours.

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