Clap de fin pour la 4ᵉ édition de la Semaine Afrique des Solutions (SAS 2026) qui a réunipas moins de 300 porteurs de projets, investisseurs, chercheurs et décideurs sous le thème fédérateur : « Génération solutions : l’Afrique qui crée, ose et transforme. » Durant deux journées intenses, les 23 et 24 octobre 2026, la Mairie du 16ᵉ arrondissement de Paris a été transformée en un véritable carrefour d’innovations venues d’Afrique, d’Europe et des Caraïbes. Une édition particulièrement riche en talents, très diversifiés, dont la 5eme édition est déjà programmée (du 18 au 23 octobre 2027 à Paris) après une présentation aux Antilles, en juillet, puis en décembre dans un pays africain dont le nom sera dévoilé sous peu.
Par Christine Holzbauer, envoyée spéciale
De la médecine génomique à l’horlogerie de luxe, en passant par les technologies financières, la Ed Tech pour booster l’entreprenariat, le coaching personnalisé, la mise en place de solutions ambitieuses dans le secteur de la santé ou encore la lutte contre la désinformation, l’événement a confirmé une dynamique de fond : l’Afrique et ses diasporas ne se contentent plus de poser les problèmes, elles déploient des réponses concrètes, scalables et souveraines.« A la SAS, on dépasse les discours : les initiatives sont amplifiées, structurées, financées et accélérées pour générer un impact réel, durable et mesurable. Ici, l’Afrique ne se raconte pas seulement – elle se démontre, s’affirme et se projette comme une puissance d’innovation en action », ont martelé les organisateurs lors des allocutions d’ouverture.
Devant un parterre d’investisseurs tels que Bruno Guivarch, responsable de l’Engagement Client chez Orange Money Europe, acteur engagé du lien entre l’Afrique et ses diasporas, Tarak Cherif, chef d’entreprise, fondateur et président d’honneur de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (CONECT) ainsi que de la Confédération africaine de tennis (CAT), Arnaud Ngatcha, directeur des programmes en charge des Opérations spéciales de France-Télévision et ancien Maire-adjoint en charge de l’Europe, des Relations internationales et de la Francophonie ou Philippe Chandezon, président de l’Association Gabonaise des Agents Immobiliers (AGAI), fondateur et DG du Bureau International de Conseil et de Promotion (BICP), ces derniers ont décliné la portée de l’enjeu. L’ambition de la SAS est de « favoriser la création de partenariats stratégiques, l’accès au financement, la médiatisation des projets, le partage d’expertises et la reconnaissance des talents qui apportent des réponses efficaces aux défis du continent », ont-ils précisé.
Une boussole méthodologique : la preuve par l’impact
Portée par Léonce Houngbadji et l’association Notre Voix, la SAS s’est imposée au fil des ans comme une plateforme d’accélération internationale. Fidèle aux cinq principes de base du journalisme de solutions, chaque initiative présentée a été passée au crible d’une grille rigoureuse : identification du problème, analyse des causes, démonstration de la solution, mesure de l’impact réel et conditions de reproductibilité. Grâce au regard éclairé et critique d’éminentes personnalités comme Denise Époté, icône des médias francophones, l’ancien député Patrice Anato, ancien député de Seine-Saint-Denis, juriste en droit des affaires et expert en affaires publiques ou Gilles Vanderpooten, Directeur général de Reporters d’Espoirs ainsi que Laurent Bigot, Directeur de l’Ecole publique de journalisme de Tours (EPJT), maître de conférences et expert international en fact-checking et EMI, la SAS 2026 a démontré que le pari sur le capital humain était le bon, mais qu’il devait être approfondi et rendu pérenne.
« La diaspora africaine ne se positionne plus seulement comme un bailleur de fonds familial, mais comme une force de frappe entrepreneuriale, scientifique et stratégique incontournable pour les décennies à venir. C’est cette génération solutions qui va raconter l’Afrique autrement », a confié Léonce Houngbadji. Tout en faisant le lien avec les générations précédentes : l’hommage émouvant rendu au Dr Victor Agbegnenou, inventeur visionnaire togolais décédé en avril 2026 (pionnier du système PWCS et du programme éducatif RETICE), est venu rappeler que l’innovation africaine s’inscrit dans une trajectoire de transmission et d’héritage durable. Ce pionnier du numérique sur le continent incarne une Afrique inventive, connectée et résolument tournée vers l’avenir, dont l’impact dépasse les frontières et le temps. Son nom résonne également dans l’univers du sport mondial à travers sa fille, Clarisse Agbegnenou, championne olympique et multiple championne du monde.
Finance, investissement & structuration des projets
Sur les 20 projets phare présentés lors de ces deux journées de rencontres et d’échanges, l’accès au capital et la démocratisation de l’épargne ont particulièrement été mis en avant. Coomlan Emmanuel Marc Ebo, Directeur Général de Africaine des Finances (agréée AMF-UMOA) a plaidé pour un rapprochement accru entre les citoyens de la diaspora et les marchés financiers régionaux afin de mobiliser l’épargne au service du développement. « Il faut bâtir des ponts de confiance et proposer des outils financiers et technologiques transparents pour que l’épargne de la diaspora devienne un moteur direct d’investissement productif sur le continent », a-t-il insisté.
Chris-Jordan Mbock, fondateur et gérant de Propre’Terre Finance™️, a présenté une application web/mobile d’initiation à l’investissement boursier sur la BRVM visant à éduquer -gratuitement- le grand public par le biais de 20 modules avec des quiz de progression ainsi qu’un portefeuille virtuel de 1 millions FCFA pour s’entraîner sur les entreprises cotées et les obligations. « Dès le premier trimestre 2027, nous lancerons avec un ensemble de partenaires techniques, un cabinet de conseil financier pour préparer les PME africaines aux étapes nécessaires à leur introduction en bourse », a-t-il annoncé.
Dans le domaine du capital-risque et du capital-amorçage, Amina Bouras et Hamid Gourrada ont présenté InsurAngels Africa, un réseau d’investisseurs et d’experts qui apporte accompagnement stratégique, mentorat et financement aux startups à fort potentiel dans l’assurance et la finance numérique. Tandis que pour tenter de combler le fossé entre l’idée entrepreneuriale et le terrain africain, Amadou Sondé et Michael Friggit (Doonya Labs) ont exposé leur modèle hybride reliant Paris, Ouagadougou et les Antilles qui combine startup studio et développement technologique pour sécuriser les investissements de la diaspora.
Santé de pointe : de la génomique au parcours de soin
Lors d’une session dédiée à la HealthTech qui visait à illustrer la capacité des entrepreneurs africains à intégrer des technologies de rupture face à des défis majeurs d’accès aux soins, le Dr David Téa Okou, premier généticien moléculaire clinique ivoirien, a captivé l’audience en détaillant sa technologie Microarray-based Genomic Selection (MGS). Basée sur les puces à ADN, cette innovation accélère l’analyse génétique et réduit drastiquement les coûts du séquençage, rendant la médecine de précision et le diagnostic des maladies héréditaires accessibles en Afrique, ainsi que le choix de médicaments adaptés pour traiter les pathologies
Boubou Sacko (INOQARE) a également présenté sa plateforme pour guider les patients dans leurs parcours de soins internationaux grâce à des recommandations personnalisées et certifiées, tandis que Safir Hanafi (PillQare) a fait sensation avec son pilulier connecté intelligent assisté par l’IA. « Lisa » a déjà fait ses preuves en améliorant considérablement le suivi des traitements au quotidien. Olivier Tapa, de son côté, a exposé Dr’O, une plateforme numérique centralisant les données médicales d’urgence (groupe sanguin, allergies),accessibles en quelques secondes aux urgentistes.
Tout en présentant en avant-première le lancement du Hackathon « One Digital Health » (2ème édition), une initiative stratégique dans le cadre de son programme d’innovation « HealhTech For Good », Erick Maville, président de Santé en Entreprise (SEE) et Nadia Yakhelef (Africa CDC) ont apporté des décryptages stratégiques sur le rôle de l’intelligence artificielle dans la santé numérique « Made in Africa » et le financement durable des systèmes de santé.
Luxe, identité & industries créatives
Jugés jusqu’ici inaccessibles, des entrepreneurs issus de la diaspora sont venus démontrer qu’ils étaient en capacité de conquérir des marchés haut de gamme et à fort pouvoir symbolique. Serge Malinet, Président-Fondateur de Sanhaga Watches, a présenté sa marque de montres de luxe entièrement fabriquées dans la région lyonnaise tout en célébrant l’Afrique. Alliance raffinée entre le savoir-faire horloger d’excellence et l’identité culturelle afro-occidentale, la marque incarne un luxe authentique et décomplexé.
Dans le domaine de la mémoire et de la culture numérique, Mohamed Zoghlami a dévoilé une plateforme numérique immersive développée en partenariat avec l’UNESCO, l’Union africaine et la Commission économique africaine (CEA) pour transmettre l’histoire et le patrimoine africains aux jeunes générations. Lors des JO de la jeunesse à Dakar (31 octobre-13 novembre), des casques de réalité virtuelle seront mis à disposition du public au musée Théodore Monnot de façon à découvrir le serious game des héros africains qu’il a créé et inciter, ainsi, les jeunes à davantage fréquenter les musées. Ce serial entrepreneur tunisien a également annoncé la création de la première chaine internationale d’information africaine en continu en partenariat avec RTL « qui devrait voir le jour dans quelques mois », a-t-il précisé.
De son côté, Sansy Kaba Diakité, créateur des 72h du Livre de Conakry, a défendu l’industrie du livre et des contenus comme piliers de la souveraineté narrative du continent.Pour le cinéma, c’est Freddy Lounana (Dom Fred Films), un réalisateur et producteur d’origine congolaise spécialisé dans l’animation 3D, les effets visuels (VFX) et la science-fiction, ainsi que Thomas Dodji Kpade (Ecodomio) qui ont planché. Africa Legacy Week, une plateforme internationale dédiée à la préservation, la transmission et la valorisation du patrimoine musical afro-atlantique des années 1980 à 2000, sera bientôt lancée afin de préserver une mémoire musicale exceptionnelle qui a façonné les identités, influencé les industries culturelles mondiales et rapproché l’Afrique, les Caraïbes et leurs diasporas, ont-ils annoncé.
Tech, EdTech & souveraineté de l’information
Abdoulaye Ba, Michée Sogbossi et Axel Da Cruz (EDUKIA) ont fait la démonstration de Ketsia, leur assistant IA conçu pour orienter les jeunes talents africains vers des opportunités éducatives et professionnelles adaptées aux réalités locales. Face au défi des infox, Moïse Mounkoro (Akili) a présenté un outil IA de fact-checking instantané démocratisant la vérification de l’information pour assainir l’espace numérique. Marc Ngoy Kampome (Kimia Lite) a mis en avant le modèle de logistique collaborative facilitant l’envoi de colis internationaux en connectant voyageurs et expéditeurs de la diaspora.
Au-delà des présentations sectorielles, cette 4ᵉ édition de la SAS a également permis de présenter huit projets structurants parmi lesquels une école panafricaine du journalisme dessolutions, un groupe international de presse 100 % solutions, un musée digital des solutions africaines, une bande dessinée des solutions africaines, le projet « Jeunes Citoyens Médias et Vérité » pour lutter massivement contre la désinformation ainsi que la création d’une bourse internationale et d’un prix dédiés au journalisme de solutions en Afrique, destinés à accompagner, soutenir et valoriser les journalistes qui documentent les réponses concrètes aux défis du continent. Un pari gagnant pour le continent quand il sera pleinement concrétisé qui devrait amener, à leur tour, les gouvernements et les institutions panafricaines à se positionner.




