La deuxième édition du forum « Bâtir des ponts », organisée le 19 octobre 2026 à la mairie du 16ᵉ arrondissement de Paris, a réuni plusieurs personnalités politiques, diplomatiques et économiques autour des perspectives de coopération entre l’Afrique et l’Europe. Placé sous le thème « La puissance d’agir : donner aux priorités africaines les moyens de changer d’échelle », ce rendez-vous initié par Stéphane Tiki, président de Power House, a mis l’accent sur le co-investissement, la mobilisation des compétences et la nécessité de transformer les relations entre les deux continents en partenariats économiques concrets. Le forum se donne pour objectif de « créer des connexions durables entre capital, compétences, confiance et créativité », selon la présentation de ses organisateurs.
La rencontre a enregistré la présence de Benjamin Haddad, ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargé de l’Europe, de Bruno Fuchs, président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, de Jérémy Redler, maire du 16ᵉ arrondissement de Paris, ainsi que de Jean-Louis Blachier, président du Groupement du patronat francophone (GPF).
Étaient également présents Dieynaba Diop, vice-présidente de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, Dritan Tola, ambassadeur d’Albanie et président du Groupe des ambassadeurs francophones, ainsi qu’Igor Nikolov, ambassadeur de Macédoine du Nord. La ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, Éléonore Caroit, et la députée des Français de l’étranger Amélia Lakrafi sont intervenues par message vidéo.
23 milliards d’euros d’investissements annoncés à Africa Forward
Dans son intervention, Benjamin Haddad a insisté sur l’interdépendance stratégique des deux continents, dans un contexte international marqué par les rivalités géopolitiques, les mutations technologiques et la recomposition des chaînes de valeur.
« L’avenir de l’Europe se joue aussi en Afrique. L’avenir de l’Afrique se joue aussi en Europe », a-t-il déclaré, soulignant la nécessité de construire des partenariats équilibrés, capables de renforcer les intérêts économiques des deux parties.
Le ministre français a notamment évoqué les résultats du sommet Africa Forward, organisé les 11 et 12 mai 2026 à Nairobi. Selon les chiffres présentés dans son discours, cette rencontre a donné lieu à l’annonce de 23 milliards d’euros d’investissements destinés à l’Afrique, dont 14 milliards d’investissements français, publics et privés, et 9 milliards portés par des investisseurs africains. Ce montant correspond, selon l’Élysée, à la création de plus de 250 000 emplois directs en France et en Afrique.
Au-delà des montants annoncés, Benjamin Haddad a défendu une évolution de la coopération économique, davantage orientée vers le développement conjoint des entreprises, la création de filières industrielles, les infrastructures et la formation des compétences.
Stéphane Tiki : passer de l’aide à l’investissement
Pour Stéphane Tiki, initiateur du forum, le principal défi des relations Afrique-Europe ne réside pas dans l’absence d’opportunités, mais dans la difficulté à connecter les acteurs et à transformer les intentions en projets.
« La relation entre la France et l’Afrique est une relation qui manque de réseau », a-t-il affirmé, appelant à renforcer les passerelles entre décideurs publics, investisseurs et entrepreneurs.
Défendant une coopération fondée sur les intérêts réciproques, il a également insisté sur la nécessité de changer de regard sur le continent : « On ne veut plus de gens qui veulent dire qu’ils veulent aider l’Afrique. On veut des gens qui disent qu’ils veulent venir gagner en Afrique parce que l’Afrique est avant tout un territoire d’opportunité. »
Cette approche suppose, selon lui, une meilleure connaissance des réalités économiques propres à chaque pays africain. L’intelligence économique, l’identification des besoins locaux et la mise en relation entre l’offre et la demande doivent ainsi constituer les fondements de nouveaux partenariats.
Les échanges ont également porté sur plusieurs secteurs stratégiques, notamment l’agriculture, l’énergie, le numérique, les infrastructures et les industries culturelles et créatives.
À travers Power House, Stéphane Tiki, qui est aussi premier vice-président et porte-parole du Groupement du patronat francophone, ambitionne de structurer un réseau facilitant l’accès des investisseurs et des entreprises aux décideurs économiques et institutionnels africains, tout en valorisant le rôle des diasporas.
Après une première édition consacrée au rapprochement des acteurs, « Bâtir des ponts » entend désormais franchir une nouvelle étape : faire émerger des collaborations concrètes et contribuer à une relation Afrique-Europe davantage fondée sur l’investissement, la création de valeur et les intérêts partagés.




