Lundi 2 novembre 2026

Accès Premium FR · EN

Finance africaine — depuis 2013

, ,

Cameroun : malgré les tensions politiques, le groupe Kempinski investit plus de 380 millions USD à Douala

C’est un véritable challenge. Une prise de risque « énorme ». C’est ainsi que plusieurs analystes qualifient le nouveau chantier hôtelier et immobilier dont la première pierre a été posée le 25 septembre 2026 à Douala-Bonanjo, lors d’une cérémonie présidée par le Premier ministre camerounais Joseph Dion Ngute. Porté par le promoteur ALS Group, le…

L’enseigne Kempinski a fait de l’Afrique un axe stratégique de croissance, avec des ouvertures récentes à Kinshasa, Accra ou Nairobi. © DR

C’est un véritable challenge. Une prise de risque « énorme ». C’est ainsi que plusieurs analystes qualifient le nouveau chantier hôtelier et immobilier dont la première pierre a été posée le 25 septembre 2026 à Douala-Bonanjo, lors d’une cérémonie présidée par le Premier ministre camerounais Joseph Dion Ngute. Porté par le promoteur ALS Group, le complexe Kempinski Shekinah Palace représente un investissement de 220 milliards de FCFA (environ 381 millions USD). Les travaux doivent durer 36 mois. Selon les projections du promoteur, le chantier générerait près de 3 000 emplois directs en phase de construction, puis 4 000 postes pérennes en exploitation, soit 7 000 emplois potentiels au total.

Au vu des dernières évolutions sociopolitiques du Cameroun, ce niveau d’engagement financier interroge autant qu’il rassure. Le pays traverse en effet une période politique particulièrement tendue. Celle-ci va de la présidentielle contestée d’octobre 2025, officiellement remportée par Paul Biya avec 53,66 % des suffrages et aussitôt contestée par son principal adversaire Issa Tchiroma Bakary, à une révision constitutionnelle créant un poste de vice-président resté vacant. Le climat des affaires s’en est ressenti. Durant tout le processus électoral, de nombreuses entreprises ont fermé temporairement, par crainte ou par protestation.

De juin à août 2026, l’incertitude s’est encore accentuée. Absent de Yaoundé depuis le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé » en Europe, le chef de l’État, âgé de 93 ans, n’avait plus donné signe de vie pendant plus de deux mois. Les obligations camerounaises en dollars américains ont enregistré la pire performance du continent durant cette période, les marchés obligataires sanctionnant ce vide du pouvoir. À ce tableau s’ajoutent les crises sécuritaires persistantes dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ainsi que la menace de Boko Haram dans l’Extrême-Nord.

Un signal pour le secteur hôtelier

Malgré ce faisceau d’alertes, les investisseurs internationaux continuent pourtant de parier sur Douala. C’est un signal fort pour le secteur hôtelier camerounais, où les grandes enseignes telles que Radisson Blu et Onomo multiplient les implantations depuis plusieurs années.

Ce paradoxe apparent n’est pas nouveau. À propos d’une précédente période d’incertitude politique, des analystes de Citigroup notaient déjà que « le Cameroun bénéficiait d’une forte tradition de compromis politique négocié, susceptible d’absorber les chocs d’une transition, même mal préparée ».

Le pari des promoteurs du Kempinski Shekinah Palace semble donc suivre cette même logique de long terme. L’enseigne Kempinski, le plus ancien groupe hôtelier de luxe d’Europe, fondé à Berlin en 1897 par Berthold Kempinski, a fait de l’Afrique un axe stratégique de croissance, avec des ouvertures récentes à Kinshasa, Accra ou Nairobi, des marchés eux aussi marqués par une gouvernance perfectible. À Douala, l’enjeu dépasse le simple hôtel de luxe : le volet immobilier du projet pourrait redessiner une partie du paysage urbain de la ville portuaire. « À condition que la transition politique en cours ne vienne pas fragiliser davantage la confiance des bailleurs et des marchés financiers, déjà échaudés par plusieurs mois d’incertitude sur la santé et la succession du chef de l’État », relèvent les analystes de Citigroup.

Financial Afrik Premium