C’est un accouchement difficile. Celui des conclusions de l’audit de la dette gabonaise. Le 13 septembre 2026, le gouvernement a communiqué un « stock consolidé de référence » de 9 524,6 milliards de FCFA (près de 16,5 milliards USD), couvrant « l’ensemble des engagements exigibles de l’État au 31 décembre 2025 ».
Ce résultat surprend par son ampleur. En effet, lors du lancement des travaux du Comité d’audit le 17 juin 2026, mené selon les normes internationales INTOSAI (ISSAI), le stock initial de la dette publique du Gabon était estimé à près de 11 700 milliards de FCFA, soit environ 20 milliards USD. Au terme de cet audit, cette somme a été revue à la baisse de près de 2 175 milliards de FCFA (environ 3,8 milliards USD) pour s’établir à 9 524,6 milliards de FCFA.
Selon les explications du Comité d’audit, « ce montant consolidé intègre à la fois la dette publique classique et différents passifs jusqu’ici mal recensés ». Le gouvernement évoquait déjà, avant l’audit, « des violations de règles budgétaires et des fonds jamais transférés au Trésor ».
Le second effet, moins visible mais tout aussi déterminant, concerne le dénominateur du calcul. Une première estimation situe désormais le PIB nominal 2025 à 13 822 milliards de FCFA, soit environ 24,8 milliards USD. Ce chiffre s’appuie sur l’arrimage aux résultats validés du rebasage des comptes nationaux de 2022.
Dans son rapport Article IV 2024, le Fonds monétaire international (FMI) retenait pourtant une projection nettement inférieure, de 12 893 milliards de FCFA, soit environ 22,3 milliards USD. L’écart atteint donc 929 milliards de FCFA (environ 1,6 milliard USD), soit une révision à la hausse de 7,2 % de la taille de l’économie gabonaise.
La combinaison de ces deux révisions change radicalement la lecture du ratio d’endettement. Rapportés au nouveau PIB rebasé, les 9 524,6 milliards de FCFA représentent 68,91 % de l’économie nationale. En conservant l’ancienne projection du FMI comme dénominateur, ce même stock aurait affiché 73,9 %, soit un écart proche de 5 points de PIB.
Cette amélioration reste toutefois purement statistique. Le Gabon continue de porter plus de 9 500 milliards de FCFA (près de 16,5 milliards USD) de dette et de passifs exigibles. Les échéances de remboursement, les intérêts dus et les passifs déjà exigibles ne diminuent en rien avec ce nouveau calcul.
Un contraste frappant avec les projections antérieures du FMI
Cette clarification intervient après plusieurs mois d’incertitude sur la trajectoire réelle d’endettement du pays. Sur la base d’un PIB non rebasé, le FMI projetait en avril un ratio grimpant de 70,9 % du PIB en 2024 à 94,3 % en 2027. Ces projections plaçaient le Gabon parmi les cas les plus préoccupants d’Afrique subsaharienne.
Le déficit budgétaire, dons compris, s’était également dégradé, passant de 3,3 % du PIB en 2024 à 8,5 % en 2025 selon ces mêmes estimations. Le nouveau cadrage statistique devrait mécaniquement améliorer l’ensemble de ces ratios, sans changer la réalité des flux financiers sous-jacents.
Le gouvernement a transmis ces conclusions au FMI. L’institution disposera ainsi du nouveau stock consolidé et du PIB recalibré pour évaluer la trajectoire budgétaire du pays. Une mission technique est attendue à Libreville dans les prochaines semaines, avec pour objectif de conclure un programme avant la fin de l’année.




