Au Cameroun, l’investissement productif réalisé au cours de l’année 2025 par le secteur privé s’est établie à 5 110,6 milliards de FCFA (environ 8,85 milliards USD), selon les comptes nationaux publiés par l’Institut national de la statistique (INS). Ce montant, en progression de 6,6 % en volume, représente près de 80 % de la formation brute de capital fixe (FBCF) totale du pays, chiffrée à 6 397,6 milliards de FCFA.
L’investissement privé prend ainsi le relais de l’investissement public, qui s’est contracté de 0,2 % en volume après un bond de 18,8 % en 2024. Cette dynamique soutient notamment le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP), les services techniques et certaines activités liées aux équipements. L’INS indique, par ailleurs que « sur la base des quatre comptes trimestriels, la croissance économique de l’année 2025 s’établirait à 3,5 % par rapport à l’année 2024 ».
Une croissance tirée par la demande intérieure
Cette performance masque une fragilité structurelle : l’économie camerounaise reste davantage portée par la consommation locale que par ses ventes à l’étranger. Selon l’INS, les exportations de biens ont chuté de 10 % en volume sur l’année, tandis que les exportations de services n’ont progressé que de 2,7 %.
Le déséquilibre commercial s’aggrave du côté des importations : les achats de biens à l’étranger augmentent de 10,6 %, alors que les importations de services croissent de 7 %. Cette configuration interroge la nature réelle de l’investissement enregistré : l’accumulation de capital prépare-t-elle une montée en gamme exportatrice, ou entretient-elle surtout une demande intérieure dépendante des intrants importés ?
Pour stimuler l’investissement privé, le Cameroun a créé, par décret présidentiel n°2005/310 du 1er septembre 2005, l’Agence de promotion des investissements (API), devenue opérationnelle en 2010. En 2025, l’agence a paraphé 70 conventions, représentant 7 400 milliards de FCFA (près de 13 milliards USD) d’engagements, pour 350 000 emplois directs promis. Ce dispositif fonctionne toutefois indépendamment des chiffres de la comptabilité nationale : il mesure des intentions contractuelles, non un investissement effectivement réalisé.
L’écart entre promesses et réalisations reste d’ailleurs documenté. Entre 2014 et 2023, la loi de 2013 a permis la signature de 302 conventions, représentant 5 474 milliards de FCFA (près de 9,5 milliards USD) d’intentions. Une évaluation portant sur cent entreprises agréées entre 2014 et 2019 a toutefois révélé un volume réellement investi de 987 milliards de FCFA (environ 1,7 milliard USD) seulement. Cet écart a contribué à justifier la refonte du régime d’incitation, consacrée par l’ordonnance n°2025/002 du 18 juillet 2025 fixant les incitations à l’investissement.




