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S&P abaisse la note du Sénégal à « CC » et juge le défaut sur la dette extérieure presque inévitable

S&P Global Ratings a fortement abaissé, vendredi 4 septembre 2026, la note souveraine du Sénégal en devises, de « CCC+ » à « CC ». La note de la dette en monnaie locale est, elle, ramenée de « CCC+ » à « CCC ». Les deux sont assorties d’une perspective négative. Une décision directement liée…

S&P Global Ratings a fortement abaissé, vendredi 4 septembre 2026, la note souveraine du Sénégal en devises, de « CCC+ » à « CC ». La note de la dette en monnaie locale est, elle, ramenée de « CCC+ » à « CCC ». Les deux sont assorties d’une perspective négative. Une décision directement liée au Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS) annoncé le 1er septembre par les autorités.

Le verdict de S&P Global Ratings intervient trois jours seulement après l’annonce par Dakar de son plan de traitement de la dette. Pour l’agence, la perspective d’une restructuration de la dette extérieure sénégalaise change profondément le profil de crédit du pays. Elle considère désormais qu’un échange de dette en situation de détresse ou un défaut sur la dette commerciale en devises est « extrêmement probable ».

Dans sa décision du 4 septembre, S&P abaisse ainsi la note souveraine à long terme en devises de « CCC+ » à « CC » et celle en monnaie locale de « CCC+ » à « CCC ». Les notes à court terme restent à « C ». Les perspectives attachées aux deux notes à long terme sont négatives.

Cette dégradation repose essentiellement sur l’analyse que fait l’agence du PTDS. Selon S&P, le Sénégal a annoncé le 1er septembre le lancement d’un plan de traitement de la dette dans le cadre d’un mécanisme renforcé inspiré du Cadre commun du G20. L’objectif est de réduire un endettement que l’agence estime à 117 % du PIB à fin décembre 2025, avant rebasage du PIB, afin notamment de permettre l’approbation par le conseil d’administration du FMI du nouveau programme de financement.

Le Sénégal a parallèlement conclu un accord au niveau des services avec le FMI portant sur un programme de 36 mois au titre de la Facilité élargie de crédit, pour un montant d’environ 2,2 milliards de dollars. Mais l’accès effectif à ces ressources est conditionné, selon S&P, au rétablissement d’une trajectoire de dette jugée soutenable au regard du cadre d’analyse du FMI.

C’est précisément sur ce point que l’analyse de S&P devient particulièrement sévère. Pour l’agence, la renégociation devrait conduire les créanciers en devises à recevoir moins que ce qui leur avait initialement été promis, que cet ajustement passe par une réduction du principal, une diminution des intérêts, un allongement des échéances ou une combinaison de ces mesures.

S&P estime ainsi que l’essentiel de l’effort de restructuration devrait peser sur les créanciers commerciaux en devises. Les créanciers multilatéraux devraient rester en dehors du périmètre en raison de leur statut de créanciers privilégiés, tandis que les autorités entendent également préserver la dette libellée en francs CFA.

La dette en francs CFA sous surveillance

La distinction entre dette extérieure et dette domestique constitue toutefois l’un des principaux points de fragilité identifiés par l’agence.

S&P estime que la dette libellée en francs CFA représentait environ un tiers de l’encours total de la dette sénégalaise à fin 2025, soit un montant supérieur au stock de dette commerciale extérieure. Son exclusion du traitement vise notamment à limiter les conséquences de la restructuration sur le système financier de l’UEMOA et sur les autres États de la région.

Mais cette stratégie pourrait être contestée par certains créanciers extérieurs au nom de la comparabilité de traitement. S&P souligne également l’existence, selon ses informations, de total return swaps qui seraient garantis par des titres de dette en francs CFA, ce qui pourrait brouiller la frontière entre exposition domestique et exposition extérieure.

L’agence considère donc qu’il existe un risque significatif que certaines obligations domestiques finissent elles aussi par être entraînées dans le processus de restructuration. C’est cette incertitude qui explique notamment l’abaissement de la note en monnaie locale à « CCC ».

Le Sénégal continue de payer sa dette

À ce stade, S&P relève néanmoins que le Sénégal est toujours à jour sur ses engagements en devises et que les autorités n’ont annoncé aucun moratoire sur le service de la dette.

Dakar entend notamment honorer à court terme ses prochaines échéances, parmi lesquelles figure le paiement des intérêts de l’Eurobond 2048 attendu le 13 septembre. L’agence considère toutefois que le risque de retard, de non-paiement ou de suspension du service de certaines obligations en devises restera élevé pendant les prochains mois, compte tenu de l’incertitude entourant les négociations.

Si un paiement en devises n’était pas effectué ou si l’opération de gestion du passif était assimilée à un échange de dette en détresse, S&P pourrait abaisser la note en devises du Sénégal à « SD », pour « Selective Default » ou défaut sélectif.

Des besoins de financement toujours considérables

Au-delà de la restructuration, S&P attire l’attention sur l’ampleur des besoins de financement du Sénégal.

Avant même de prendre en compte les effets du futur traitement de la dette, l’agence estimait les besoins bruts de financement du pays à 25 % à 29 % du PIB par an au cours des trois prochaines années. Les seules échéances de dette représenteraient entre 20 % et 23 % du PIB, auxquelles s’ajoutent les déficits budgétaires persistants et d’autres besoins, notamment l’apurement des arriérés.

Le programme de 2,2 milliards de dollars conclu au niveau des services avec le FMI pourrait néanmoins contribuer à desserrer cette contrainte. S&P estime également qu’il pourrait servir de catalyseur à d’autres financements concessionnels provenant d’institutions multilatérales et de partenaires au développement.

Autre enjeu majeur : l’accès du Sénégal au marché financier régional de l’UEMOA. Si la dette en francs CFA demeure effectivement en dehors du périmètre de restructuration, S&P estime que Dakar devrait pouvoir continuer à se financer sur le marché régional, ce qui préserverait une partie de sa flexibilité financière.

La décision de S&P marque ainsi un nouveau tournant dans la crise de la dette sénégalaise. Le PTDS, présenté par les autorités comme un instrument destiné à restaurer la soutenabilité des finances publiques, est interprété par l’agence de notation sous un angle beaucoup plus radical : dès lors que les créanciers commerciaux extérieurs sont appelés à accepter des conditions moins favorables que celles prévues dans leurs contrats initiaux, S&P considère qu’un défaut au sens de sa méthodologie devient pratiquement inévitable.

La prochaine échéance sera donc double : le déroulement des négociations avec les créanciers et l’approbation définitive du nouveau programme par le conseil d’administration du FMI. Pour S&P, la question n’est désormais plus seulement de savoir si la dette sénégalaise sera réaménagée, mais dans quelles conditions, avec quelles pertes pour les créanciers et jusqu’où s’étendra le périmètre du traitement.

Financial Afrik Premium