Le fonds sud-africain Bosch Capital réclame près de 185 milliards de FCFA (près de 330 millions USD) au Gabon. Selon une correspondance datée du 24 août 2026, Bosch Capital, via ses conseils du cabinet Seven Pillars Law, indique au gouvernement gabonais qu’il a jusqu’au 3 septembre 2026 pour s’acquitter de cette créance initialement détenue par Paramount Group.
Cette dette découle d’un contrat de livraison entre 2000 et 2007, par cette entreprise sud-africaine spécialisée dans le secteur de la défense et d’Aerosud, des avions Mirage F1AZ appartenant à l’ancienne flotte de l’armée de l’air sud-africaine. Selon Africa Intelligence qui informe sur le sujet par un article du 27 août 2026, le contrat entre l’Etat du Gabon et Paramount Group s’est prolongé d’abord par la maintenance et l’exploitation de ces avions. Puis, dans une relation industrielle prolongée par un contrat signé en 2014, le Gabon confiait à Paramount Group l’entretien de ses équipements militaires. Seulement, à ce jour, le gouvernement gabonais conteste la régularité de ce contrat. D’où une accumulation de factures impayées.
C’est sur ces entrefaites qu’en juin 2025, Bosch Capital rachète les droits attachés à cette créance. Le fonds transforme ainsi une dette bilatérale en un actif financier négociable. Cette cession change fondamentalement la nature du rapport de force. Un fournisseur industriel cherche à préserver une relation commerciale durable. Un fonds de recouvrement adopte une logique bien plus offensive.
Une menace calibrée sur la réputation financière du pays
Dans sa correspondance, rapporte Africa Intelligence, « Bosch Capital menace de porter l’affaire sur la place publique si le Gabon ne respectait pas le délai de paiement fixé ». La manœuvre vise à discréditer le Gabon auprès des agences de notation et des investisseurs internationaux. « Cette stratégie rappelle le modèle des fonds spécialisés dans le recouvrement de dettes souveraines. Ces véhicules achètent une créance décotée, refusent toute restructuration, puis exigent son remboursement intégral », explique un ingénieur financier camerounais. « Leurs rendements atteignent parfois plusieurs centaines de pourcents de l’investissement initial », selon des travaux de la Banque africaine de développement (BAD).
Ce contentieux s’inscrit dans une série plus large d’affaires financières héritées de la présidence d’Ali Bongo Ondimba. Plusieurs contrats d’acquisition d’équipements de défense conclus dans les années 2010 restent aujourd’hui contestés. Depuis 2023, les autorités du général Oligui Nguema mènent un audit approfondi de ces engagements antérieurs.
Pour rappel, le calendrier budgétaire rend ce dossier particulièrement sensible. En effet, le budget rectificatif 2026 affiche déjà un besoin de financement de 915,6 milliards de FCFA (environ 1,62 milliard USD). Les recettes prévisionnelles ont été abaissées de 22%, à 3.240 milliards de FCFA (environ 5,72 milliards USD). La dette publique gabonaise gravite désormais autour de 81% du Produit intérieur brut (PIB) selon l’agence de notation financière américaine Fitch Ratings, contre environ 70% selon des données antérieures de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC).
Pour le gouvernement gabonais, l’enjeu dépasse le seul règlement comptable d’une facture ancienne. Il s’agit de défendre une position juridique tout en évitant qu’un contentieux hérité ne vienne fragiliser davantage la perception du risque souverain gabonais, à un moment où le pays négocie précisément sa crédibilité auprès des marchés internationaux.




