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Burundi : le budget général face aux défis du terrain

Conformément à l’article 4 de la loi budgétaire, le 6 août 2026, le gouvernement burundais a fait voter, pour l’exercice 2026-2027, un budget général de 7.014 milliards de Francs burundais (BIF), soit environ 2,4 milliards USD. Ce montant marque une progression spectaculaire. En effet, selon les calculs de l’organisation Parole et Actions pour le Réveil…

Le président burundais Évariste Ndayishimiye

Conformément à l’article 4 de la loi budgétaire, le 6 août 2026, le gouvernement burundais a fait voter, pour l’exercice 2026-2027, un budget général de 7.014 milliards de Francs burundais (BIF), soit environ 2,4 milliards USD. Ce montant marque une progression spectaculaire. En effet, selon les calculs de l’organisation Parole et Actions pour le Réveil des Consciences et l’Évolution des Mentalités (PARCEM), le budget national ne dépassait pas 1.500 milliards de BIF (environ 502 millions USD) en 2021, soit un quasi-quintuplement en cinq ans.

La répartition sectorielle traduit les priorités affichées par Bujumbura. Ainsi, dans le détail, le ministère des Finances, du Budget et de l’Économie numérique concentre à lui seul 2.916 milliards de BIF (environ 975 millions USD), soit plus de 40% de l’enveloppe totale, une part qui reflète notamment le poids croissant du service de la dette. L’Éducation nationale suit avec 768,2 milliards de BIF (environ 257 millions USD), devant la Défense nationale, 674,6 milliards de BIF (environ 226 millions USD), et l’Environnement, l’Agriculture et l’Élevage, 622,9 milliards de BIF (près de 210 millions USD). La Santé publique, avec 315,5 milliards de BIF (environ 105,5 millions USD), ferme la marche des cinq principaux postes budgétaires.

Cette progression budgétaire s’accompagne toutefois d’indicateurs macroéconomiques contrastés. Le Fonds monétaire international (FMI), au terme de sa mission de consultation au titre de l’article 4 menée en avril-mai 2026, relève une accélération de la croissance et un net recul de l’inflation, passée de 45,5% en avril 2025 à 10,8% en mars 2026, avant une remontée attendue autour de 14,5% en moyenne annuelle. La dette publique, elle, a reculé de 53% du Produit intérieur brut (PIB) en 2024 à 42% fin 2025, une trajectoire jugée viable par le FMI, mais assortie d’un risque élevé de surendettement.

La PARCEM pointe un décalage entre les chiffres et le vécu

Pour Faustin Ndikumana, directeur national de l’organisation non gouvernementale (ONG) burundaise PARCEM, « ces statistiques macroéconomiques positives peinent à se traduire dans le quotidien des ménages ». Il rappelle qu’« un loyer facturé 200.000 BIF (environ 67 USD) il y a peu peut désormais coûter 800 000 BIF (environ 268 USD), et qu’un kilo de riz est passé de 3.000 à 6.000 BIF ou davantage ». L’organisation souligne également que « les importations de carburant ont chuté de 37% pour l’essence et 40% pour le gasoil entre 2022 et 2025 ». Pour la PARCEM, cette contraction alimente les pénuries et pousse une partie de la population vers le marché parallèle, où le litre peut atteindre 15.000 BIF contre environ 4.000 BIF en station-service officielle ».

Cet écart entre le taux de change officiel et le marché parallèle, évalué à 100% fin avril 2026 par le FMI, reste l’un des principaux facteurs de fragilité de l’économie burundaise, aux côtés d’une pauvreté qui touchait encore 65,1% de la population en 2024, selon la Banque africaine de développement. Face à ce constat, la PARCEM appelle à une gouvernance budgétaire plus rigoureuse. Celle-ci est basée sur « le respect des priorités régaliennes, l’encadrement des projets hors budget, le contrôle renforcé des dépassements et la responsabilisation des gestionnaires publics ». Pour Faustin Ndikumana, « même un budget porté à 9.000 milliards de BIF (environ 3 milliards USD) resterait sans effet réel sur les conditions de vie de la population si les mécanismes de gestion des finances publiques ne sont pas profondément réformés ». Un avertissement qui résonne alors que le FMI lui-même conditionne la soutenabilité de la trajectoire budgétaire burundaise à la poursuite d’une consolidation rigoureuse et de réformes structurelles séquencées.

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