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UEMOA-CEMAC : le prix caché du litre à la pompe

La nouvelle vague de hausse des prix des carburants en Afrique francophone ne frappe pas uniformément l’UEMOA et la CEMAC. Derrière un même choc externe — renchérissement du pétrole et des coûts d’approvisionnement consécutif aux tensions autour du détroit d’Ormuz — apparaissent surtout des arbitrages budgétaires de plus en plus difficiles. Car entre le prix…

La nouvelle vague de hausse des prix des carburants en Afrique francophone ne frappe pas uniformément l’UEMOA et la CEMAC. Derrière un même choc externe — renchérissement du pétrole et des coûts d’approvisionnement consécutif aux tensions autour du détroit d’Ormuz — apparaissent surtout des arbitrages budgétaires de plus en plus difficiles. Car entre le prix international du produit pétrolier et celui effectivement payé à la pompe, quelqu’un doit régler la différence. Lorsque ce n’est pas l’automobiliste, c’est généralement l’État, à travers des subventions directes ou implicites.

C’est précisément cette facture qui permet de comprendre les hausses observées en 2026. Une subvention des carburants revient à empêcher, totalement ou partiellement, la hausse du coût réel d’approvisionnement d’être répercutée sur le consommateur. À court terme, le dispositif protège le pouvoir d’achat et limite l’inflation. Mais lorsque le pétrole augmente durablement, chaque litre vendu à prix administré peut devenir une charge supplémentaire pour les finances publiques.

UEMOA : la digue budgétaire commence à céder

Dans l’UEMOA, le phénomène est particulièrement visible depuis le printemps 2026. Plusieurs États ont d’abord absorbé une partie du choc avant de procéder à des ajustements.

Le Sénégal en fournit l’illustration la plus récente. À compter du 15 août 2026, le super passe de 920 à 990 FCFA le litre, soit une augmentation de 70 FCFA ou 7,6 %, tandis que le gasoil passe de 680 à 755 FCFA, soit 75 FCFA supplémentaires et environ 11 %.

Mais l’information essentielle se trouve derrière ces chiffres : l’État sénégalais indique avoir déjà consacré plus de 245 milliards de FCFA depuis le début de 2026 au soutien des prix des carburants. Maintenir les anciens tarifs signifiait donc continuer à faire supporter au budget une partie croissante du choc pétrolier.

Le Burkina Faso se trouve confronté à la même équation. Selon les chiffres communiqués par les autorités, la seule subvention du gasoil aurait représenté environ 60 milliards de FCFA sur les six premiers mois de 2026. La hausse du prix du gasoil réduit donc une dépense publique devenue particulièrement lourde lorsque les cours internationaux augmentent.

Le Mali a choisi un ajustement beaucoup plus brutal : l’essence est passée de 775 à 875 FCFA, soit près de 13 %, tandis que le gasoil a bondi de 725 à 940 FCFA, soit près de 30 %. La Côte d’Ivoire a suivi une trajectoire plus graduelle, portant au 1er août le super à 905 FCFA et le gasoil à 725 FCFA.

Derrière ces différentes stratégies se trouve le même arbitrage : subventionner revient à transférer la hausse de la pompe vers le budget de l’État ; augmenter le prix à la pompe revient à retransférer une partie de cette facture vers le consommateur.

CEMAC : le précédent camerounais donne la mesure de la facture

La CEMAC fournit probablement l’exemple le plus spectaculaire de ce que peut coûter une politique prolongée de soutien des carburants.

Au Cameroun, le coût des subventions pétrolières avait atteint des niveaux exceptionnels lors du précédent choc énergétique. Le FMI estime la dépense à environ 900 milliards de FCFA en 2022, soit 3,2 % du PIB, tandis que certaines estimations plus larges du coût de la subvention dépassaient même 1 000 milliards de FCFA.

Autrement dit, la stabilisation du prix à la pompe était devenue un véritable poste de dépense macroéconomique.

Les hausses successives décidées en février 2023 puis en février 2024 ont permis de réduire cette charge. Pour la seule augmentation de 2024, le FMI estimait l’économie budgétaire à environ 190 milliards de FCFA, soit 0,6 % du PIB.

La réforme a profondément changé l’équation. Le coût de la subvention camerounaise est passé d’environ 4 % du PIB en 2022 à moins de 1 % en 2024. Avant le nouveau choc pétrolier de 2026, le dispositif avait même pratiquement cessé de générer une subvention effective lorsque les prix internationaux étaient suffisamment faibles.

Mais la remontée du pétrole liée à la crise au Moyen-Orient change de nouveau la donne. Le FMI estime désormais que l’augmentation des recettes pétrolières du Cameroun sera en partie absorbée par le retour des subventions découlant du régime de prix administrés. C’est tout le paradoxe d’un pays producteur : une hausse du pétrole améliore ses recettes d’exportation mais peut simultanément augmenter le coût budgétaire du maintien d’un carburant bon marché sur le marché intérieur.

Même la Guinée équatoriale commence à réduire la facture

La Guinée équatoriale illustre également cette évolution. Les autorités se sont engagées dans une réduction progressive des subventions. Le FMI estimait qu’une première hausse de 75 FCFA par litre permettrait de réduire d’environ un tiers l’écart entre le prix à la pompe et le prix correspondant au coût de marché. L’enjeu budgétaire associé est évalué autour de 20 milliards de FCFA.

Ainsi, même dans une économie historiquement pétrolière, la question n’est plus seulement de savoir combien coûte le carburant au consommateur, mais combien coûte à l’État le maintien d’un prix inférieur à son coût économique.

Le véritable prix du litre comporte donc deux factures

La comparaison UEMOA-CEMAC révèle un élément essentiel : le prix affiché à la station-service ne représente pas nécessairement le coût économique réel du carburant.

Un litre vendu 700 ou 800 FCFA peut en réalité coûter davantage à importer, raffiner, transporter et distribuer. La différence peut être prise en charge par l’État, directement ou à travers différents mécanismes de compensation.

Il existe donc deux factures : celle visible, payée par l’automobiliste à la pompe, et celle moins visible, réglée par le contribuable à travers le budget de l’État.

C’est précisément pourquoi comparer uniquement les prix à la pompe peut être trompeur. Un pays affichant un carburant relativement bon marché n’est pas nécessairement plus compétitif : il peut simplement consacrer davantage de ressources publiques à maintenir ce prix.

Le FMI souligne d’ailleurs que les subventions énergétiques ont un coût d’opportunité : les sommes mobilisées ne peuvent simultanément financer les infrastructures, la santé, l’éducation ou des dispositifs sociaux mieux ciblés. L’institution souligne également que les subventions généralisées profitent souvent davantage aux ménages qui consomment le plus de carburant qu’aux populations les plus pauvres.

Le gasoil, point de bascule politique et inflationniste

Les gouvernements sont néanmoins confrontés à une difficulté supplémentaire : supprimer brutalement la subvention du gasoil peut générer un choc inflationniste.

Le gasoil intervient directement dans le transport routier, la logistique, l’agriculture, le BTP, l’industrie et parfois la production électrique autonome. Une hausse se transmet donc progressivement à l’ensemble de la chaîne :

pétrole → gasoil → transport → prix de gros → alimentation → inflation.

L’expérience récente de la CEMAC le montre. Le FMI relevait déjà que le retrait progressif des subventions au Cameroun et les augmentations des carburants au Congo et au Tchad avaient contribué à maintenir élevée l’inflation des transports dans la région.

C’est pourquoi les gouvernements procèdent généralement par étapes. Le problème n’est pas seulement économique. Il est éminemment social et politique.

Ormuz transforme finalement une subvention en dette potentielle

Le choc lié au détroit d’Ormuz agit ainsi comme un révélateur. Lorsque le pétrole augmente fortement, un gouvernement qui refuse d’ajuster le prix à la pompe doit accepter une hausse parallèle de sa dépense de compensation.

Plus le choc dure, plus l’équation devient difficile à tenir.

Les 245 milliards de FCFA déjà mobilisés au Sénégal en 2026, les quelque 60 milliards consacrés au gasoil au Burkina Faso en six mois, ou encore le précédent camerounais de près de 900 milliards de FCFA en une année, donnent la mesure du problème.

Les deux unions monétaires se retrouvent ainsi devant le même dilemme, même si elles ne l’abordent pas au même rythme : faire payer le choc pétrolier immédiatement au consommateur ou le différer en le faisant supporter aux finances publiques.

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