A fin juin 2026, le Cameroun affiche un encours de dette publique de FCFA 15.607 milliards de FCFA (environ 27 milliards USD), selon la dernière note de conjoncture mensuelle de la dette publique publiée le 27 juillet 2026 par la Caisse autonome d’amortissement (CAA). Suite à cette information, l’analyste économique camerounais Louis-Marie Kakdeu a publié une tribune intitulée « La survie du Cameroun dépend de la conclusion d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire internationale (FMI) ».
Pour celui qui est également un homme politique, deuxième vice-président du Social Democratic Front (SDF), un parti politique d’opposition, « le pays reste classé à risque de surendettement extérieur élevé par l’analyse de viabilité de la dette, malgré un léger mieux ». Ce « léger mieux » est traduite par la capacité de remboursement du Cameroun qui passe de « faible » à « moyenne ». Une nuance qui ne change pas la donne de fond. Et pour cause, 87% des nouveaux prêts signés en juin 2026 sont non concessionnels, à rebours de la stratégie officielle qui privilégie les financements concessionnels.
« Au Cameroun, le service de la dette absorbe une part croissante des recettes publiques », explique Louis Marie Kakdeu. Pour qui « 85,8% du service cumulé du premier semestre de 2026 a été consacré au seul principal ». Autre signal préoccupant, le taux de mobilisation des ressources reste faible (61%). En effet, l’analyste économique camerounais indique à ce propos qu’« entre janvier et mars 2026, l’État n’a mobilisé que 1.331,7 milliards de FCFA (environ 2,3 milliards USD) sur un objectif trimestriel de 2.181 milliards de FCFA (environ 3,8 milliards USD). Les décaissements extérieurs, eux, n’atteignent que 36,2% des prévisions semestrielles de la Loi de Finances 2026.
Des passifs non consolidés menacent en outre d’aggraver les ratios officiels. Dans son analyse, Louis Marie Kadeu reprend les informations de la CAA sur la dette de la SOCADEL (environ 800 milliards de FCFA (près d’1,4 milliard USD)), celle des collectivités territoriales décentralisées (CTD) envers le Fonds spécial d’équipement et d’intervention communal (FEICOM), (121 milliards de FCFA (près de 210 millions USD)), ou encore les partenariats public privé (PPP) de la raffinerie de Kribi (540 milliards de FCFA (près de 882 millions USD)) et de la centrale du PAD (626 milliards de FCFA (environ 1,08 milliard USD)).
Le débat d’orientation budgétaire (DOB), tenu à l’Assemblée nationale le 3 juillet 2026 puis au Sénat le 7 juillet 2026, a permis au ministre des Finances de présenter les grandes lignes macroéconomiques et budgétaires pour 2027-2029. Sur le papier, l’orientation coche les bonnes cases. Il s’agit du nouveau programme FMI, de la discipline budgétaire, de l’élargissement de l’assiette fiscale. Mais Louis Marie Kakdeu pointe « un décalage entre ce discours de soutenabilité et la pratique récente, illustré par l’émission privée internationale de 474 milliards de FCFA (près de 820 millions USD) réalisée hors des canaux multilatéraux traditionnels ».
Le précédent accord (FEC/MEDC) s’est achevé fin juillet 2025, et les négociations pour 2026-2029 traînent depuis un an. Un échec ouvrirait, selon l’économiste camerounais, « un véritable cercle vicieux comporté par la perte de près de 94 milliards de FCFA (près de 163 millions USD) de financements concessionnels, la dégradation possible de la note souveraine « B » actuellement assortie d’une perspective négative, et le renchérissement mécanique du coût de la dette, l’eurobond de janvier 2026 ayant déjà été émis à un coupon de 8,875% ».
L’onde de choc dépasserait les frontières camerounaises. Les réserves de change de la zone CEMAC, déjà en recul de 1.335,7 milliards de FCFA (environ 2,3 milliards USD) entre mars et novembre 2025, soit environ un mois d’importations, pourraient fragiliser l’arrimage du FCFA et la stabilité monétaire régionale.
Pour Louis Marie Kakdeu, « la conclusion d’un programme FMI n’est donc pas une option parmi d’autres, mais une condition de survie budgétaire ». Sans espoir que Yaoundé parvienne à transformer les intentions du DOB en résultats concrets.




