Alors que l’industrie créative africaine souffre traditionnellement d’un déficit chronique de financements structurés et que les investisseurs institutionnels peinent à s’engager massivement dans ce secteur, un signal fort est envoyé par les marchés régionaux. Fleur Tchibota, reconnue pour avoir piloté la communication financière d’institutions de premier plan telles qu’Afreximbank et Africa 50 , opère un basculement stratégique en s’investissant pleinement dans l’écosystème du cinéma à travers le projet « La Télé du directeur », présenté ce mardi 4 août à Abidjan. Ce drame historique et social de 90 minutes, ancré dans la Côte d’Ivoire des années 1980 et construit autour d’un poste de télévision bousculant les dynamiques sociales d’un quartier populaire, illustre la mutation des capitaux vers des actifs culturels à fort rendement symbolique et économique.
Au cœur de cette initiative, la vision financière de l’entrepreneuse redéfinit la rentabilité des actifs immatériels en positionnant la culture non plus comme une activité secondaire, mais comme un levier macroéconomique à part entière. Fondatrice et directrice générale de Mantis Group et de la marque Africa Worldwide, Fleur Tchibota intervient en tant que co-productrice aux côtés de la société ivoirienne Incrust’, cofondée par O. Assi, qui assure la réalisation et la production déléguée. Sa contribution réside dans la structuration financière du film et son positionnement sur les marchés régionaux et internationaux, garantissant un montage aux standards exigés par les grands bailleurs et fonds d’investissement.
« Comme une industrie secondaire, moi qui étais dans la finance, je trouve que les industries culturelles sont tout aussi stratégiques. Parce qu’en fait, elles permettent de construire des mémoires, de transmettre une mémoire collective, de s’imprégner de notre identité, et d’avoir un soft power que l’on peut ensuite vendre dans le monde… », a déclaré Mme Tchibota. Le modèle économique adossé à cette production repose sur la valorisation du « soft power » continental, transformant l’identité culturelle en un produit exportable à haute valeur ajoutée. Selon la co-productrice, les industries culturelles permettent de cristalliser la mémoire collective et d’établir des repères identitaires pérennes que les générations futures pourront faire rayonner sur les marchés mondiaux.
Sur le plan narratif et commercial, le film articule des thématiques universelles — les réformes pédagogiques de l’instituteur Joseph Adou à Grand-Bassam, les tensions conjugales autour de l’émancipation d’Hortense, l’irruption de la modernité technologique dans les foyers — avec une ambition de diffusion large. L’implication de la légende de la musique ivoirienne Meiway, qui tient le rôle principal, se veut la garantie d’une visibilité commerciale transnationale. Ce casting renforce l’attractivité du projet auprès des distributeurs, des plateformes de streaming et des exploitants de salles.
L’engagement de Fleur Tchibota dans « La Télé du directeur » illustre une démarche où l’ingénierie financière se met au service de l’industrie cinématographique africaine pour structurer des modèles d’affaires viables.
Cette jonction entre la finance et la création artistique témoigne du potentiel de l’économie culturelle ivoirienne comme levier de croissance et vecteur de rayonnement international.




