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Fake news sur l’Eco : ni le Nigeria, ni la Sierra Leone, ni la Gambie n’ont tourné le dos à la monnaie unique de la CEDEAO

Depuis quelques jours, des messages viraux prétendent que le Nigeria, la Sierra Leone et la Gambie auraient « rejeté » le projet de monnaie unique Eco. Après vérification des communiqués de la CEDEAO, des déclarations officielles et des positions des États concernés, cette affirmation est fausse. En réalité, ces trois pays figurent parmi les membres…

Depuis quelques jours, des messages viraux prétendent que le Nigeria, la Sierra Leone et la Gambie auraient « rejeté » le projet de monnaie unique Eco. Après vérification des communiqués de la CEDEAO, des déclarations officielles et des positions des États concernés, cette affirmation est fausse.

En réalité, ces trois pays figurent parmi les membres historiques de la Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO/WAMZ), créée précisément pour préparer l’introduction de l’Eco. Cette zone regroupe le Nigeria, le Ghana, la Gambie, la Sierra Leone, la Guinée et le Liberia. Depuis plus de vingt-cinq ans, ils travaillent à satisfaire les critères de convergence devant conduire à une monnaie commune.

La confusion remonte à 2020

L’origine de cette rumeur est ancienne. En janvier 2020, le Nigeria, la Gambie, la Sierra Leone, le Ghana, la Guinée et le Liberia avaient vivement réagi à l’annonce faite par l’UEMOA de transformer le franc CFA en « Eco ». Contrairement à ce qui a souvent été rapporté, ils ne rejetaient pas la monnaie unique. Ils dénonçaient une appropriation unilatérale de son nom et estimaient que cette initiative ne respectait pas la feuille de route adoptée collectivement par les quinze États de la CEDEAO.

Leur position était institutionnelle : l’Eco devait être le résultat d’un processus communautaire impliquant l’ensemble des États membres, et non le simple changement de nom du franc CFA de l’UEMOA. C’est cette nuance qui a été largement perdue dans le débat public.

Le Nigeria demeure un acteur central

Première économie de la CEDEAO, représentant près de 70 % du PIB régional et plus de la moitié de sa population, le Nigeria n’a jamais annoncé son retrait du projet Eco. Abuja participe toujours aux travaux des gouverneurs des banques centrales, des ministres des Finances et des chefs d’État consacrés à l’union monétaire.

Les autorités nigérianes défendent cependant une ligne constante : une monnaie unique ne peut être viable que si les économies convergent réellement. Elles insistent sur le respect des critères de discipline budgétaire, de maîtrise de l’inflation, de stabilité des taux de change et de soutenabilité de la dette avant toute mise en circulation de l’Eco.

La Gambie et la Sierra Leone réaffirment leur engagement

La Gambie a officiellement réaffirmé en 2026 son attachement au projet Eco, appelant les États membres à poursuivre les efforts afin d’aboutir à la monnaie unique. La Sierra Leone continue également de participer aux travaux de la Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest.

À ce jour, aucun communiqué officiel de Banjul, de Freetown ou d’Abuja ne fait état d’un rejet, d’un retrait ou d’un abandon du projet.

Ce qui a réellement changé

La véritable évolution concerne la stratégie de lancement. Lors de son sommet de juillet 2026, la CEDEAO a confirmé une approche graduelle. L’Eco ne sera pas lancé simultanément par les quinze États membres. Les pays remplissant les critères de convergence constitueront un premier noyau, les autres rejoignant progressivement l’union monétaire lorsqu’ils satisferont les exigences macroéconomiques.

Cette approche marque un tournant important. Elle rompt avec la logique du « tout ou rien » qui a longtemps retardé le projet et s’inspire davantage des enseignements tirés de la construction de la zone euro.

Une confusion entre scepticisme et rejet

Le scepticisme exprimé par certains États, notamment le Nigeria, ne porte donc pas sur le principe de la monnaie unique, mais sur ses modalités de mise en œuvre. Les débats portent sur la gouvernance de la future banque centrale, les critères de convergence, le calendrier, les mécanismes de solidarité financière et les garanties de stabilité macroéconomique.

Autrement dit, ces pays ne disent pas « non à l’Eco » ; ils disent « oui, mais pas à n’importe quelles conditions ».

Verdict

Les publications affirmant que le Nigeria, la Sierra Leone ou la Gambie ont « rejeté l’Eco » relèvent de la désinformation. Aucun de ces pays n’a officiellement renoncé au projet de monnaie unique de la CEDEAO. Les divergences observées concernent exclusivement le calendrier, les conditions techniques et institutionnelles de sa mise en œuvre.

Dans un débat aussi stratégique que celui de l’intégration monétaire ouest-africaine, la distinction entre critiquer les modalités d’application et rejeter le projet lui-même est essentielle. C’est précisément cette nuance que les fausses informations actuellement relayées sur les réseaux sociaux tendent à effacer.

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