Dans une étude présentée le 10 juillet 2016 à Abidjan, devant la Conférence économique africaine, deux chercheurs — Arnold Foko Kengne, de l’Université de Dschang, et Fabrice Ewolo Bitoto, de l’Université de Johannesburg — proposent que la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) se dote d’un « airbag » financier compris entre 1 700 et 2 300 milliards de FCFA (environ 3 à 4 milliards USD) pour amortir les chocs géopolitiques. Ce coussin de liquidité viserait, selon les auteurs, à « sécuriser en priorité les achats extérieurs vitaux (nourriture, énergie, médicaments) quand les tensions internationales s’intensifient ».
Pour étayer leurs conclusions, les deux auteurs ont passé au crible près de quarante ans de données mensuelles, de 1987 à 2025, couvrant les six États membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Leur outil de mesure : l’indice mondial de risque géopolitique, calculé à partir du volume d’articles de presse traitant de conflits, de menaces militaires ou de crises diplomatiques. Leur constat central tient en une phrase : « au-delà d’un seuil proche de 150 sur cet indice, les importations de la sous-région ne résistent plus ». Jusque-là, la demande incompressible en produits pétroliers raffinés et autres intrants stratégiques maintient un flux minimal. « Passé ce cap, ruptures logistiques, restrictions commerciales et durcissement du crédit provoquent une contraction beaucoup plus sévère, avec un risque de choc d’offre et de poussée inflationniste », indiquent Arnold Foko Kengne et Fabrice Ewolo Bitoto.
Un déclenchement automatique, réservé aux biens essentiels
Baptisé ‘Geopolitical Emergency Liquidity Facility’, le mécanisme s’activerait automatiquement dès que l’indice franchirait le seuil de 150. Ses ressources iraient en priorité au financement des importations alimentaires, énergétiques et pharmaceutiques, avec des procédures de décaissement simplifiées. Les chercheurs y associent un dispositif de surveillance à trois paliers : une veille classique lorsque l’indice se situe en dessous de 100 points, une vigilance renforcée entre 100 et 150, puis une gestion de crise assortie d’un suivi quotidien au-delà.
Une précision s’impose toutefois. Même dotée de plusieurs milliards de dollars, cette facilité ne garantirait pas la disponibilité physique des marchandises si des ports ou des corridors venaient à fermer. Elle jouerait uniquement un rôle de tampon financier, en assurant la disponibilité de devises pour honorer les paiements.
Reste à définir le financement du mécanisme. L’étude ne tranche pas encore entre un recours aux réserves de change de la banque centrale, à des contributions étatiques, à un emprunt régional ou à un panachage de plusieurs sources. Dans le même sillage, aucun critère d’éligibilité n’est défini, pas plus que la clé de répartition entre les six pays ou le rôle dévolu aux banques commerciales. Des doutes persistent également sur la méthode : « recourir à un indice fondé sur la couverture médiatique comme gâchette automatique pose la question de la durée du dépassement et de l’instance chargée de le constater ».




