Kadotien Alassane Soro, Country Head de Yango Côte d’Ivoire et Regional Head for Francophone Africa, a échangé avec Financial Afrik en marge de l’Africa CEO Forum 2026 tenu en mai dernier. De l’évolution de Yango au-delà de la mobilité à l’essor de Yango Tech, en passant par l’intelligence artificielle, la logistique et les enjeux de régulation numérique, il décrypte les transformations qui redessinent l’économie digitale africaine. M. Soro estime que l’Afrique francophone réunit aujourd’hui les conditions nécessaires pour devenir l’un des principaux moteurs de l’innovation technologique sur le continent, à condition d’accélérer l’intégration des marchés et l’harmonisation des cadres réglementaires.
Yango s’est d’abord fait connaître en Afrique à travers ses services de mobilité. Aujourd’hui, le groupe élargit considérablement son positionnement avec la logistique, la livraison, la fintech et désormais les solutions technologiques B2B. Comment définiriez-vous aujourd’hui la vision de Yango en Afrique francophone ?
Avant tout, il est important de rappeler que Yango est, avant tout, une entreprise technologique. Notre vocation est de développer des solutions innovantes qui répondent aux besoins concrets des populations.
Yango a démarré ses activités en Côte d’Ivoire en 2018 à travers les services de mobilité. Aujourd’hui, nous avons considérablement élargi notre champ d’action avec un écosystème qui couvre la mobilité, la logistique, la livraison de repas, le e-commerce et d’autres services numériques.
Notre approche consiste à identifier les besoins spécifiques des marchés sur lesquels nous opérons et à déployer les solutions technologiques les plus adaptées. La mobilité constitue souvent notre point d’entrée, mais notre ambition va bien au-delà.
L’Afrique francophone représente pour nous une région particulièrement attractive. Elle combine plusieurs facteurs favorables : une croissance démographique soutenue, une urbanisation rapide, une adoption croissante des technologies numériques, ainsi qu’un environnement économique relativement stable.
En Afrique de l’Ouest, par exemple, l’espace UEMOA offre un cadre monétaire stable qui rassure les investisseurs. On retrouve des dynamiques similaires en Afrique centrale.
L’ensemble de ces facteurs crée un environnement propice au développement des services numériques, ce qui explique l’intérêt stratégique que nous portons à cette région.
Vous pilotez à la fois la Côte d’Ivoire et plusieurs marchés francophones. Quels sont aujourd’hui les principaux moteurs de croissance de Yango en Afrique, et en quoi les marchés francophones présentent-ils des spécificités en matière d’adoption digitale et d’innovation ?
Aujourd’hui, le principal moteur de croissance de Yango en Afrique francophone demeure la mobilité.
Le potentiel reste considérable. Nous observons encore de nombreuses opportunités de développement, qu’il s’agisse du transport par voiture, de la micromobilité avec les motos ou les vélos, ou encore de l’électromobilité, qui commence à émerger sur plusieurs marchés.
Nous opérons principalement dans les grandes villes et les capitales, mais une part importante des besoins reste encore insuffisamment couverte.
Le deuxième moteur de croissance est la logistique. Les besoins sont importants, aussi bien dans le segment B2B que dans la logistique du dernier kilomètre. Les entreprises recherchent des solutions toujours plus efficaces pour acheminer leurs produits et optimiser leurs opérations.
Notre modèle repose sur la collaboration avec des opérateurs économiques locaux. Nous leur fournissons les outils technologiques et les plateformes nécessaires afin qu’ils puissent développer leurs activités et améliorer la qualité des services proposés aux utilisateurs.
C’est cette combinaison entre innovation technologique et partenariats locaux qui constitue aujourd’hui l’un des principaux leviers de croissance de Yango sur le continent.
Yango accélère désormais sur Yango Tech, avec des solutions destinées aux entreprises. Concrètement, comment l’intelligence artificielle peut-elle aujourd’hui aider les entreprises africaines à gagner en productivité, en distribution ou en relation client ?
L’intelligence artificielle recouvre aujourd’hui de nombreuses applications concrètes.
Dans nos services de mobilité, par exemple, elle permet déjà d’optimiser les trajets en déterminant les itinéraires les plus efficaces entre un point de départ et une destination. Cette optimisation améliore l’expérience utilisateur tout en réduisant les temps de déplacement.
Mais les usages vont bien au-delà. L’intelligence artificielle peut être utilisée dans la relation client à travers les assistants conversationnels, dans la gestion des infrastructures urbaines, dans l’éducation, dans la circulation routière ou encore dans la planification des réseaux de transport.
Pour les entreprises, elle constitue un formidable outil d’aide à la décision. Elle permet notamment d’anticiper la demande, d’optimiser la distribution, de mieux gérer les stocks ou encore d’identifier les meilleurs emplacements pour développer de nouveaux services.
Chez Yango, ces technologies sont déjà intégrées à de nombreux produits. Grâce à nos systèmes d’optimisation intelligents, nous avons ainsi permis à nos utilisateurs d’économiser plus d’un million de minutes de déplacement au cours de l’année écoulée.
L’enjeu est désormais de mettre cette capacité d’innovation au service des entreprises et des institutions africaines afin d’accélérer leur transformation numérique.
À l’horizon des cinq prochaines années, quelle ambition portez-vous pour Yango en Afrique francophone : rester une plateforme de services ou devenir un acteur structurant de la transformation digitale des économies africaines ?
Notre ambition dépasse largement le cadre d’une simple plateforme de services.
Nous considérons que les entreprises technologiques ont un rôle à jouer dans le développement des infrastructures numériques du continent. Cela concerne aussi bien les infrastructures techniques que les cadres réglementaires favorisant l’innovation et l’investissement.
À moyen terme, nous souhaitons voir émerger, en Afrique francophone, un environnement réglementaire davantage harmonisé pour les entreprises technologiques.
Aujourd’hui, chaque marché possède ses propres règles, ses propres autorités de régulation et ses propres procédures administratives. Cette fragmentation complique les investissements et ralentit parfois le déploiement des innovations à l’échelle régionale.
Une meilleure harmonisation permettrait de créer un marché numérique plus intégré, plus attractif et plus compétitif.
L’Afrique francophone dispose déjà des fondamentaux nécessaires : une population jeune, un fort potentiel de croissance et une adoption numérique en progression constante.
Si nous parvenons à construire un cadre réglementaire favorable, en partenariat avec les pouvoirs publics et les acteurs privés, nous pourrons accélérer considérablement la transformation digitale de nos économies.
C’est cette vision que nous portons pour les prochaines années.



