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Cameroun : le pape invite le gouvernement à « briser les chaînes de la corruption »

C’est proprement « mettre les pieds dans le plat ». Le 15 avril 2026, quelques heures après son arrivée au Cameroun pour une visite de quatre jours, le pape Léon XIV a appelé les autorités camerounaises à « oser faire un examen de conscience ». Mais surtout, le souverain pontife les invite à « briser…

C’est proprement « mettre les pieds dans le plat ». Le 15 avril 2026, quelques heures après son arrivée au Cameroun pour une visite de quatre jours, le pape Léon XIV a appelé les autorités camerounaises à « oser faire un examen de conscience ». Mais surtout, le souverain pontife les invite à « briser les chaînes de la corruption ». Le successeur de l’Apôtre Pierre, sur qui le Christ avait fondé son église, s’exprimait ainsi au Palais de l’Unité (du nom du palais présidentiel au Cameroun, ndlr) devant le chef de l’Etat, Paul Biya, qui venait de lui souhaiter la bienvenue dans un discours et le corps diplomatique accrédité à Yaoundé.

Pour justifier son invite à une gouvernance bénéfique au peuple camerounais, Léon XIV a indiqué que « la transparence dans la gestion des ressources publiques et le respect de l’État de droit sont essentiels pour rétablir la confiance ». Dans son premier discours délivré en français au Cameroun, le chef de l’Etat du Vatican a martelé qu’« il est temps d’oser faire un examen de conscience et un saut qualitatif courageux ».

Le discours du Pape intervient dans un contexte où, selon la Commission nationale anti-corruption (CONAC), l’un des organes en charge de la lutte contre ce fléau au Cameroun, « la corruption [au Cameroun] engendre des pertes financières colossales, dépassant 114 milliards de FCFA (environ 205 millions USD) en 2023 et plus de 4 milliards (environ 7,2 millions USD) en 2024 ». Pour ce qui est l’un des bras armés de la lutte contre la corruption au Cameroun (outre le ministère en charge du Contrôle supérieur de l’Etat (Consupe), directement rattaché à la présidence de la République, la Chambre des Comptes, le Tribunal criminel spécial (TCS), ndlr) « la corruption freine la croissance économique, renchérit le coût des infrastructures, paralyse la performance des services publics et creuse les inégalités sociales ». Les chiffres déclarés par la CONAC indiquent l’ampleur des défis en matière de lutte contre la corruption malgré les nombreuses institutions en charge. Tout comme les emprisonnements liés au phénomène ne découragent pas les présumés auteurs de ces distorsions à l’orthodoxie financière publique.

Pour rappel, dans le cadre de l’assainissement de la gestion publique, une opération dite « Epervier » a été lancée par la justice camerounaise en 2006. Dans les serres du rapace, l’on dénombre deux anciens secrétaires généraux à la présidence de la République, Marafa Hamidou Yaya et Jean-Marie Atangana Mebara, un ancien Premier ministre, Inoni Ephraïm, et plusieurs ministres et directeurs généraux d’entreprises publiques. Un niveau d’interpellations et d’incarcérations qui, selon le Pape Léon XIV, n’a pas suffi à faire reculer le phénomène.

L’interpellation du Souverain Pontife rejoint également celles, régulières, des instances financières internationales telles que la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) et, dans une moindre mesure, la Banque africaine de développement (BAD). Toutes, ou presque, ont toujours soumis leurs interventions financières à l’amélioration de la gouvernance publique au Cameroun.

Ce pays constitue la deuxième étape de la tournée africaine du Pape Léon XIV. Au menu de cette étape, une messe à Bamenda, e chef-lieu du Nord-ouest, l’une des deux régions anglophones, avec le Sud-ouest, qui revendiquent la sécession avec Yaoundé. Le message de paix qu’il va délivrer là-bas est également attendu à Douala, la capitale économique du pays, également considérée comme une ville frondeuse et opposée au régime de Paul Biya.

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