Vincent Bolloré a été renvoyé devant le Tribunal Judiciaire de Paris, du 7 au 17 décembre prochains, pour répondre des accusations de « corruption d’agent public étranger ». L’homme d’affaires, fondateur du groupe éponyme, est accusé d’avoir accompagné, via sa filiale spécialisée en communication et en relations publiques Euro RSCG (aujourd’hui Havas Worldwide), les campagnes présidentielles de 2010 de Faure Gnassingbé et Alpha Condé, en échange de l’attribution à la filiale Bolloré Africa Logistics (BAL) des concessions des ports de Lomé et de Conakry, au lendemain de leur élection. La plainte avait été portée, en France, par Anticor et Sherpa, deux organisations de lutte anti-corruption.
Plaidé coupable
Lancée en 2013, cette procédure avait semblé trouver une issue favorable pour le milliardaire, en février 2021. Après sa mise en examen pour « corruption active » et « abus de confiance », Vincent Bolloré avait alors sollicité une Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité (CRPC) lors d’une audience publique, après avoir reconnu les faits et accepté 375 000 € d’amende.
Par cette décision, celui qui possédait alors un véritable empire portuaire en Afrique, empire revendu, en 2023, pour 5,7 milliards $ au groupe maritime MSC, espérait ainsi pouvoir échapper à un procès. Mais la juge Isabelle Prévost-Despréz en a décidé autrement estimant que cette affaire portait « gravement atteinte à l’ordre économique ». Isabelle Prévost-Desprez n’est pas n’importe quelle juge. C’est elle qui dirigea le procès de l’Angolagate. Le 6 juin 2024, le Parquet National Financier (PNF) avait requis un procès expliquant que « Vincent Bolloré suivait personnellement et régulièrement les activités de son groupe au Togo » et devait donc « être considéré comme auteur de corruption active d’agent étranger ».
Déguerpissement
Trois mois après son élection historique de 2010, Alpha Condé avait rétrocédé, unilatéralement, sans voie d’appel d’offre et sans dénonciation du contrat en cours, ni avertissement préalable, la gestion du Port Autonome de Conakry (PAC) au groupe Bolloré alors que ce port était géré, depuis plusieurs années, par le groupe français Necotrans, ennemi-juré de Bolloré en Afrique.
Aidées de l’armée guinéenne, les équipes de Bolloré avaient alors pris possession du PAC, en mars 2011, chassant les équipes de Necotrans. Une opération qui, ajoutée au décès de son fondateur Richard Talbot, en 2013, précipitera la faillite de ce groupe très implanté sur le continent africain, en 2018.
Même scénario au Togo, où le groupe Bolloré, qui gérait le quai conventionnel du Port Autonome de Lomé (PAL) s’était vu attribuer, peu avant la présidentielle de 2010, la gestion du quai à conteneurs alors que ce dernier était opéré par un autre de ses ennemis : le très chiraquien homme d’affaires Jacques Dupuidauby via sa société Progosa. Le président togolais chargera, par la suite, Vincent Bolloté de construire un 3ème quai. Vincent Boloré sera jugé en même temps que deux de ses lieutenants : Gilles Alix, DG du groupe à l’époque, et Jean-Philippe Dorent, directeur international au sein d’Euro-RSCG.



