Alors que la Banque togolaise pour le commerce et l’industrie (BTCI) a été cédée au privé en 2021, la privatisation de l’Union togolaise de banque (UTB) reste suspendue à une restructuration profonde dont l’achèvement ne saurait intervenir avant fin 2026. En attendant le mois de mars prochain pour une nouvelle étape du feuilleton, retour sur un processus de désengagement de l’État, semé d’embûches financières, aux enjeux macroéconomiques considérables.
Le Togo s’est engagé depuis les années 2010 dans une politique de désengagement progressif de ses banques publiques. Dans le sillage des réformes structurelles recommandées par les institutions de Bretton Woods, l’État togolais a successivement privatisé la Banque togolaise pour le développement (BTD), la Banque internationale pour l’Afrique (BIA Togo) et la Banque populaire pour l’épargne et le crédit (BPEC), ne conservant pendant longtemps que deux établissements dans son giron : la BTCI et l’UTB.
La Feuille de route gouvernementale 2020–2025 avait explicitement inscrit « la finalisation de la restructuration et de la privatisation des deux banques publiques pour assainir le secteur bancaire » comme l’un de ses objectifs prioritaires. Un agenda ambitieux que la réalité économique a profondément bousculé.
La BTCI devenue IB Bank : une privatisation actée, des résultats en demi-teinte
La première étape du processus a été franchie en août 2021, lorsque le gouvernement togolais a adopté un décret fixant les modalités de cession de la BTCI. IB Holding, groupe financier constitué le 29 juin 2021 à Lomé et dirigé par le magnat burkinabè des BTP Mahamadou Bonkoungou, a acquis 90 % du capital de l’institution dont une participation résiduelle de 10 % est conservée par l’État. Renommée IB Bank Togo, l’ancienne BTCI a entamé sa transformation sous contrôle privé au bord du boulevard circulaire de Lomé.
Les premières années ont été difficiles. La banque a enregistré une perte nette de 1,3 milliard FCFA en 2021, puis de 8,8 milliards FCFA en 2022, sous l’effet d’une envolée des provisions pour créances douteuses. En 2023 cependant, IB Bank a renoué avec les bénéfices pour la première fois depuis plus d’une décennie, affichant un résultat net positif de 3 milliards FCFA. Cette tendance s’est confirmée en 2024, portée en grande partie par des reprises de provisions et un portefeuille d’engagements orienté vers le souverain.
Pour autant, la situation financière d’IB Bank reste fragile. Si ses actifs ont crû de 292 milliards FCFA en 2021 à 418 milliards FCFA en 2022, les fonds propres réglementaires n’ont pas suivi la même trajectoire. En 2024, le gouvernement togolais a racheté le siège social de l’ancienne BTCI, opération dont les recettes ont permis d’améliorer partiellement les fonds propres réglementaires de la banque, sans pour autant garantir sa pleine stabilité.
L’UTB : la dernière banque publique, entre sauvetage et incertitude
L’Union togolaise de banque (UTB), dernier établissement financier entièrement public du Togo, demeure au cœur d’un feuilleton budgétaire et institutionnel complexe. Détenant près de 9 % des actifs bancaires nationaux, la banque – entretemps dirigée par le Français Patrick Mestrallet, ex-cadre d’Oragroup – représente un instrument stratégique aux yeux de Lomé, malgré une situation financière longtemps préoccupante.
Début 2024, l’État a procédé à une recapitalisation de l’institution. Cette opération d’urgence, rendue indispensable pour éviter une intervention directe de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), n’a toutefois pas suffi à restaurer la pleine viabilité de l’établissement.
En décembre de la même, une nouvelle injection de 15,2 milliards de FCFA a été effectuée, dans le but de ramener les fonds propres au seuil réglementaire de 20 milliards FCFA fixé par la Commission bancaire de l’UEMOA. Malgré cet effort, le Fonds monétaire international (FMI) constate que trois normes prudentielles essentielles restent violées, dont le ratio de solvabilité et les règles relatives à la concentration des risques. Le taux de créances non performantes, bien que réduit, atteignait encore 8,6 % des actifs fin 2024, contre 13,2 % un an plus tôt.
En août 2024, Lomé a nommé Simplice Toyi Assih au poste de directeur général de la banque soixantenaire. Fort de plus de 23 ans d’expérience dans le secteur financier, ce technicien a été mandaté pour restaurer la confiance des créanciers et des déposants, tout en engageant les réformes structurelles exigées par les autorités de régulation.
Un plan de restructuration reporté à 2026
Le calendrier de réforme de l’UTB accuse des retards significatifs. Le plan de restructuration opérationnelle, initialement attendu pour avril 2025, a été reporté à mars 2026, avec une mise en œuvre intégrale désormais fixée à décembre 2026. Ce glissement est attribué à l’incomplétude des audits de diagnostic préalables.
« L’audit initial a révélé des faiblesses mais ne fournit pas encore une base crédible pour un plan de redressement opérationnel », déclarait le FMI dans son dernier rapport. Conditionnant ses prochains décaissements au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC) à un plan révisé garantissant l’indépendance de la gestion, le retour à la rentabilité et la réduction des risques fiscaux.
Dans le même temps, une tentative de cession de l’UTB à un acquéreur privé en début d’année 2024 a échoué : l’acheteur potentiel s’est retiré des négociations, refusant d’ajuster son offre après la recapitalisation. Le ministère de l’Économie et des Finances a depuis commandité un audit indépendant pour établir une évaluation transparente de la santé de l’établissement et clarifier les conditions d’une future privatisation.
Des signaux positifs
En attendant le mois de mars prochain pour une nouvelle étape du feuilleton, l’histoire du secteur bancaire togolais illustre ainsi les tensions permanentes entre les impératifs de désengagement public préconisés par les bailleurs internationaux et la réalité d’institutions fragilisées que l’État ne peut se permettre d’abandonner sans filet de sécurité. Entre volonté réformatrice et contraintes budgétaires, le chemin vers un secteur bancaire togolais pleinement libéralisé et sain s’annonce encore long.
Mais malgré ces turbulences, le secteur dans son ensemble affiche des signaux positifs. Le ratio de solvabilité global est remonté à 7,5 % en mars 2024, contre seulement 2,6 % en 2019, même s’il demeure en deçà du seuil minimum de 11,5 % imposé par la réglementation UEMOA. Au 31 août 2025, les réserves des banques et institutions financières du Togo auprès de la BCEAO s’élevaient à 157,6 milliards FCFA, largement au-dessus du minimum obligatoire.




