Rétrocession de permis, politique de «nigériennisation », décision unilatérale, redressements fiscaux inopinés…Le putsch du général Abdourahamane Tiani, en juillet 2023, a marqué le début de tracasseries sans nom pour la Chine, au Niger. Celles-ci ne sont toujours pas retombées à ce jour.
A l’instar du Français Orano (ex-Areva), expulsé du pays avant la nationalisation de ses actifs en juin 2025, la China National Petroleum Corp. (CNPC) fait, à son tour, les frais de la politique souverainiste de la junte. Sous sa pression constante depuis des mois, les filiales locales du géant chinois, dont la Société de raffinage de Zinder (Soraz) entrée en service en 2011 (20.000 b/j), sert tantôt de machine à cash pour renflouer des caisses, l’étiage ou est la cible de la politique de préférence nationale en matière d’embauches.
Outre la Soraz dont elle détient 60% (40% à l’Etat du Niger), la CNPC, principal acteur du secteur pétrolier dans le pays depuis 2003, exploite les deux grands gisements d’Agadem I et II (100.000 b/j).
Points de friction
Parmi les principaux points de friction figure la demande du gouvernement d’augmenter la part de salariés locaux à 80 % sur les projets de la CNPC contre moins de 30 % actuellement.
En mai 2025, le gouvernement a ainsi exigé de la CNPC qu’elle résilie les contrats du personnel expatrié dans le pays depuis plus de quatre ans tout en procédant à l’embauche de personnels locaux avec des salaires alignés sur ceux des personnels étrangers. En tout, 127 cadres et employés chinois, parmi lesquels près de 80 ingénieurs, sont concernés par cette mesure. Des oukazes que le partenaire chinois n’a pas respecté. Le voudrait-il qu’il ne pourrait pas au regard des insuffisantes formation et qualification des Nigériens dans ce secteur à haute expertise.
A ce stade, l’objectif de « nigériennisation » est donc jugé irréaliste à moins, sur le modèle Orano, que le Niger ne décide tout simplement d’expulser Pékin, de nationaliser ses actifs pétroliers et de les faire gérer par un nouveau partenaire comme l’algérien Sonatrach ou le russe Lukoil.
Pour autant, si à l’instar des deux autres pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), le gouvernement nigérien cherche à renforcer son contrôle sur les ressources naturelles du pays, il n’est pas prêt à jouer le jusqu’au boutisme, la Soraz représentant près de 2 milliards $ de recettes annuelles. De son côté, la Chine s’accroche à sa stratégie, faisant valoir l’expertise nécessaire au secteur tout en cherchant à conserver le contrôle de l’exploitation et de l’exportation de l’or noir.
Redressement fiscal
Reste que sa position monopolistique est de plus en plus malmenée. La demande de «nigériennisation» intervient après un redressement fiscal de plus de 100 millions $ notifiée à la CNPC, fin 2024, au titre des exercices 2022 et 2023. Quelques mois plus tôt la même major avait vu lui échapper l’attribution du bloc de Bilma, dans la région d’Agadez, alors qu’elle y avait engagé des investissements très lourds depuis 2008. Ce bloc légitimement revendiqué par Pékin a été attribué à la Société nigérienne du pétrole (Sonidep). Décision qui a soulevé la colère de Pékin et valu le déplacement à Niamey de Chen Jintao, grand patron de la CNPC Exploration & Dévelopment Corp. (CNODC), pour une rencontre avec le premier ministre, Ali Lamine Zeine.
Mesures de rétorsion
Mécontente du traitement de la junte, la partie chinoise évite cependant l’affrontement pour ne pas fragiliser sa position dans le pays. Le temps joue en sa faveur. Ce qui n’interdit pas des mesures de rétorsion en limitant, par exemple, la production de pétrole raffiné de la Soraz. De 20.000 b/j, la capacité est actuellement portée à 10.000 b/j. Une baisse mise sur le compte de«problèmes techniques » qui cachent, en réalité, un certain agacement.
Nouveaux négociants
De son côté, le Niger possède une autre carte pour tenter de casser ce monopole. Il pourrait bientôt ouvrir la commercialisation du brut à la concurrence. Jusqu’à présent, cette vente était encore du ressort de la major chinoise en raison d’un préfinancement de 400 millions $ déboursé, fin 2024. Mais à mesure qu’il aura remboursé cette créance, mi-2026, le Niger pourra alors se tourner vers d’autres négociants contribuant ainsi à tordre le bras d’un partenaire pourtant historique.
