Nommé en octobre 2025 par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Tarik Senhaji, le nouveau patron de l’AMMC a lancé le 27 Janvier dernier la nouvelle feuille de route du marché des capitaux marocain.
L’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC) a dévoilé ses priorités d’actions pour l’année 2026, marquant ainsi une étape stratégique dans le renforcement du rôle du marché des capitaux au service de l’économie nationale. Alignées sur le plan stratégique 2024-2028, ces priorités reflètent une vision claire : faire du marché des capitaux un levier dynamique de financement, d’innovation et de protection de l’épargne, tout en consolidant sa résilience face à des enjeux émergents tels que la durabilité, l’innovation financière et l’inclusion. Cette feuille de route intervient dans un contexte où le marché des capitaux marocain a connu en 2025 une progression significative de ses principaux indicateurs : les montants levés sur le marché de la titrisation ont augmenté de façon spectaculaire, l’actif net des Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières (OPCVM) a franchi le seuil de 800 milliards de dirhams, et les transactions sur le marché central ont doublé en volume. Ces performances illustrent une dynamique favorable, mais aussi l’urgence de structurer et d’amplifier cette croissance dans un environnement économique en mutation.
Faire du marché des capitaux un moteur du financement de l’économie
Au cœur de la stratégie 2026 de l’AMMC se trouve l’efficience et l’accessibilité du marché des capitaux. L’autorité entend renforcer son rôle dans le financement de l’économie réelle, notamment en soutenant le développement du financement par les marchés et en consolidant la dynamique du marché boursier. Cela implique non seulement d’encourager les entreprises à recourir aux instruments financiers pour diversifier leurs sources de financement, mais aussi de favoriser l’introduction de nouvelles catégories d’actifs et de produits financiers capables de mieux répondre aux besoins des investisseurs institutionnels et particuliers. Cette action s’inscrit dans une logique de promotion d’un écosystème financier plus inclusif, où la mobilisation de l’épargne nationale joue un rôle central. En effet, l’attraction de capitaux vers le marché des valeurs mobilisées est un élément clé pour réduire la dépendance aux financements bancaires traditionnels et participatifs, et pour dynamiser l’investissement productif à long terme.
Accompagner l’innovation financière et la finance durable
L’un des axes prioritaires majeurs de l’AMMC en 2026 est le soutien à l’innovation financière et à la durabilité. Consciente de l’évolution rapide des pratiques financières et des attentes des investisseurs, l’autorité s’engage à contribuer à la mise en œuvre du cadre stratégique de finance durable et de gouvernance, une composante essentielle du plan 2024-2028.
Cela passe par le développement de nouvelles solutions de financement, l’encouragement de l’inclusion financière via des instruments innovants, et le renforcement de la coopération régionale. Dans cette optique, l’AMMC se positionne également en tant qu’acteur facilitateur pour l’introduction de plateformes de financement participatif (crowdfunding) et l’adaptation des cadres réglementaires aux crypto-actifs, tout en veillant à garantir un encadrement prudentiel approprié. Cette orientation vers l’innovation et la durabilité n’est pas seulement une réponse aux transformations technologiques, mais constitue une réponse stratégique aux besoins de financement de l’économie verte et des projets à impact social, alignée avec les ambitions nationales et internationales en matière de transition écologique.
Renforcer l’éducation financière et la protection des investisseurs
Un marché des capitaux efficient repose aussi sur la confiance des investisseurs. C’est pourquoi l’éducation financière constitue un pilier fondamental de l’action 2026 de l’AMMC. L’autorité prévoit d’élargir la portée de ses actions d’éducation pour améliorer la connaissance des mécanismes de marché, des risques associés aux différents produits financiers et des bonnes pratiques d’investissement. Concrètement, cela implique des campagnes de sensibilisation plus ciblées, des programmes pédagogiques adaptés à différents profils de participants (particuliers, petites et moyennes entreprises, jeunes investisseurs), et une consolidation du cadre d’habilitation des professionnels du marché. L’objectif est de renforcer la protection des investisseurs tout en facilitant leur intégration dans le marché, créant ainsi un environnement plus sûr et plus attractif pour l’épargne nationale. La protection des investisseurs se traduit également par une vigilance accrue contre les abus de marché, la fraude et les comportements non conformes, ce qui participe à renforcer la crédibilité du marché marocain sur la scène régionale et internationale.
Adapter la supervision et moderniser l’autorité
Dans un contexte de transformations rapides, la supervision des marchés doit être agile, prospective et pleinement intégrée aux nouvelles réalités économiques. L’AMMC entend adapter son dispositif de supervision en mettant l’accent sur une approche par les risques, des contrôles thématiques plus fréquents ainsi qu’un renforcement des dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Parallèlement, l’autorité poursuit un chantier interne de modernisation organisationnelle, intégrant notamment la digitalisation de ses processus, l’usage de l’intelligence artificielle pour les analyses de marché et la gestion des données, ainsi que le renforcement des compétences internes. Cette démarche vise à accroître l’efficacité opérationnelle de l’institution et à renforcer sa capacité à anticiper et répondre aux défis futurs.
Zoom sur l’année 2025
L’année 2025 s’est caractérisée par une forte dynamique du marché des capitaux, renforçant son rôle dans le financement de l’économie réelle. Les levées de fonds sur les différents segments de marché ont connu des évolutions notables. Le volume des émissions obligataires a ainsi plus que doublé, tandis que le segment actions a progressé de près de 70 %, porté notamment par trois introductions en bourse totalisant 6 milliards de dirhams. La gestion collective n’est pas en reste avec une nette progression des souscriptions nettes en OPCVM, qui atteignent 84,8 milliards de dirhams — soit près du double du niveau de 2024. Enfin, le marché de la titrisation a connu une hausse significative ; les montants levés s’établissent à 15,5 milliards de dirhams, contre 2,4 milliards un an auparavant.




