Le retrait des États-Unis du financement du Fonds africain de développement (FAD) marque un tournant stratégique majeur pour la Banque africaine de développement. Sous l’administration de Donald Trump, Washington a choisi de ne pas participer à la reconstitution 2025 de ce principal guichet concessionnel, invoquant un désaccord profond avec une orientation jugée excessivement climatique et sociale.
Cette décision s’inscrit dans une doctrine plus large de repli et de recentrage national, résumée par le slogan « Make America Great Again ». Elle s’est déjà traduite par un gel de la participation américaine à l’Organisation mondiale du commerce, par la marginalisation de l’USAID, et par une remise en cause assumée du multilatéralisme. Le désengagement du FAD n’est donc pas un accident de parcours, mais l’expression cohérente d’une vision stratégique tournée vers les priorités intérieures et méfiante à l’égard des mécanismes internationaux.
Longtemps considéré comme le co-pilote historique de la BAD et son premier actionnaire non régional, Washington renonce ainsi à une part essentielle de son influence sur les politiques de financement du développement en Afrique. En se retirant, les États-Unis acceptent de perdre leur capacité d’orientation sur les grands arbitrages sectoriels — infrastructures, agriculture, énergie, inclusion sociale — au profit de nouveaux acteurs plus offensifs.
Mais le vide laissé par l’Amérique n’est pas resté vacant.
Les pays arabes, regroupés notamment au sein de l’Arab Coordination Group, ont rapidement renforcé leurs engagements, stabilisant les ressources du FAD et garantissant la continuité des programmes destinés aux économies les plus fragiles du continent. Leur montée en puissance traduit une volonté assumée de peser davantage dans l’architecture financière africaine.
Dans le même temps, les puissances émergentes issues des BRICS ont accéléré leur progression, avec en première ligne la Chine, désormais incontournable dans le financement des infrastructures, de l’énergie et des corridors logistiques. Pékin s’impose comme un partenaire structurant, capable de mobiliser rapidement des volumes financiers considérables, souvent adossés à ses propres entreprises et chaînes de valeur.
La Turquie s’affirme également comme un acteur de plus en plus visible, combinant diplomatie économique, implantation de groupes de BTP, financements concessionnels et présence institutionnelle renforcée dans les mécanismes multilatéraux africains. Son approche pragmatique et offensive lui permet de gagner du terrain dans de nombreux pays.
Ce nouveau trio — pays arabes, Chine, Turquie — structure désormais une part croissante du financement du développement africain, en concurrence directe avec l’ancien leadership occidental. Il redessine progressivement les équilibres géopolitiques et financiers du continent.
En choisissant de bouder le FAD, l’Amérique de Donald Trump n’a pas seulement exprimé son scepticisme climatique : elle a acté un recul stratégique. Ce désengagement ouvre un cycle nouveau, dans lequel l’influence sur le développement africain se joue désormais moins à Washington qu’à Riyad, Pékin ou Ankara
