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E-dirham au Maroc : un chantier stratégique, sans précipitation

Pensées à l’échelle nationale, régionale ou continentale, les monnaies numériques de banque centrale (MNBC)s’imposent progressivement comme un nouvel instrument de souveraineté monétaire et d’efficacité des paiements. Au Maroc, le projet de e-dirham avance, mais sans calendrier arrêté. Fidèle à sa tradition de prudence, Bank Al-Maghribprivilégie une approche progressive et expérimentale. Une dynamique mondiale, un tempo marocain maîtrisé Depuis le…

Pensées à l’échelle nationale, régionale ou continentale, les monnaies numériques de banque centrale (MNBC)s’imposent progressivement comme un nouvel instrument de souveraineté monétaire et d’efficacité des paiements. Au Maroc, le projet de e-dirham avance, mais sans calendrier arrêté. Fidèle à sa tradition de prudence, Bank Al-Maghribprivilégie une approche progressive et expérimentale.

Une dynamique mondiale, un tempo marocain maîtrisé

Depuis le milieu des années 2010, les banques centrales du monde entier explorent les MNBC, dans un contexte marqué par la montée des paiements numériques, l’essor des cryptomonnaies privées et les enjeux de souveraineté financière. Selon l’Atlantic Council, plus de quinze pays africains travaillent aujourd’hui sur des projets de MNBC, à des stades variables.

En Afrique, le Nigeria a lancé l’eNaira dès 2021, mais son adoption reste limitée, illustrant les difficultés du passage du pilote à l’usage massif. Le Ghana et l’Afrique du Sud, de leur côté, mènent des expérimentations, souvent centrées sur des usages interbancaires ou transfrontaliers plutôt que sur le grand public.

Au Maroc, le gouverneur Abdellatif Jouahri a confirmé que le e-dirham demeure en phase d’étude et d’expérimentation, sans lancement imminent. L’objectif affiché n’est pas la vitesse, mais la robustesse du dispositif : sécurité, stabilité monétaire, cadre juridique et compatibilité avec le système bancaire existant.

Des expérimentations ciblées, pas une monnaie « prête à l’emploi »

Bank Al-Maghrib a déjà conduit une première expérimentation de paiements de détail (peer-to-peer), puis une seconde, en coopération avec la Banque centrale d’Égypte et avec l’appui de la Banque mondiale, portant sur les transferts transfrontaliers. Ces tests ne préjugent toutefois ni de la forme finale du e-dirham (compte, token, portefeuille mobile ou carte), ni de son périmètre d’usage.

Contrairement à certaines idées reçues, le e-dirham ne vise pas nécessairement à concurrencer le mobile money sur le terrain de l’inclusion financière, déjà largement couvert. Son principal avantage potentiel réside plutôt dans :

  • la simplification des paiements transfrontaliers,
  • la réduction des coûts de compensation multi-devises,
  • et une meilleure intégration du Maroc dans les corridors de paiement africains et internationaux.

Un instrument monétaire, pas un gadget technologique

À l’image du projet de e-euro étudié en Europe, le e-dirham s’inscrit dans une logique de monnaie publique régulée, et non de rupture avec le système bancaire. Les banques resteraient au cœur de la distribution, sous la supervision de BAM, afin d’éviter toute désintermédiation brutale.

La question de la traçabilité est également abordée avec prudence : si les MNBC peuvent améliorer la transparence des flux, elles doivent intégrer des mécanismes de confidentialité compatibles avec les libertés économiques et le droit à la vie privée.

Une opportunité pour l’écosystème, sans effet d’annonce

Même sans date de lancement, le projet e-dirham constitue déjà un signal stratégique pour l’écosystème marocain. Les fintechs, startups et PME technologiques peuvent se positionner sur les usages périphériques : interfaces de paiement, cybersécurité, conformité réglementaire ou solutions de paiement transfrontalier.

En définitive, le e-dirham n’est ni en retard, ni imminent. Il avance au rythme choisi par Bank Al-Maghrib : celui d’une innovation monétaire maîtrisée, conçue comme un outil de long terme au service de la souveraineté financière et de l’intégration régionale, plutôt qu’une réponse précipitée à une mode technologique.

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