Mercredi 4 novembre 2026

Accès Premium FR · EN

Finance africaine — depuis 2013

Politique migratoire : les États-Unis suspendent le traitement des visas d’immigrant pour 75 pays, dont 26 pays africains

Les États-Unis ont décidé de suspendre le traitement des visas d’immigrant pour 75 pays, dont une large majorité de pays africains, dans le cadre d’un durcissement des règles migratoires fondé sur la notion de « charge publique ». Cette mesure, annoncée par le département d’État américain, vise à empêcher l’entrée de ressortissants étrangers jugés susceptibles…

Les États-Unis ont décidé de suspendre le traitement des visas d’immigrant pour 75 pays, dont une large majorité de pays africains, dans le cadre d’un durcissement des règles migratoires fondé sur la notion de « charge publique ». Cette mesure, annoncée par le département d’État américain, vise à empêcher l’entrée de ressortissants étrangers jugés susceptibles de dépendre des aides sociales américaines.

Selon une note interne du département d’État publié ce mercredi 14 janvier, les agents consulaires sont désormais tenus de refuser les demandes de visas d’immigrant en s’appuyant sur la législation en vigueur, le temps qu’une réévaluation complète des procédures de sélection et de vérification soit menée. La suspension doit entrer en vigueur le 21 janvier et s’appliquera pour une durée indéterminée.

Parmi les 75 pays concernés, plus d’une vingtaine sont africains, notamment la Somalie, le Nigeria, l’Égypte, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Ghana, la Guinée, la République démocratique du Congo, le Rwanda, la Tanzanie, l’Ouganda, le Togo, la Tunisie, le Maroc, la Libye, le Liberia, la Sierra Leone, la Gambie, l’Éthiopie, l’Érythrée, le Soudan, le Soudan du Sud et la République du Congo.

L’Afrique représente à elle seule plus d’un tiers des 75 pays visés par la suspension du traitement des visas d’immigrant décidée par les États-Unis.

Cette décision pourrait avoir un impact significatif sur les flux migratoires africains vers les États-Unis, alors que de nombreux ressortissants du continent sollicitent des visas d’immigrant dans le cadre du regroupement familial, des programmes de diversité ou de la recherche de meilleures opportunités économiques.

La Somalie fait l’objet d’une surveillance renforcée des autorités américaines à la suite d’un vaste scandale de fraude révélé dans l’État du Minnesota. Les procureurs ont mis au jour d’importants détournements de fonds publics destinés aux programmes d’aide sociale, impliquant des ressortissants somaliens ou des Américains d’origine somalienne. Cette affaire a contribué à renforcer la fermeté de Washington vis-à-vis des demandes en provenance de certains pays africains jugés « à risque ».

Durcissement de la règle de la « charge publique »

Dès novembre 2025, un télégramme du département d’État adressé aux représentations diplomatiques américaines à travers le monde avait ordonné l’application de nouvelles règles de contrôle strictes fondées sur la disposition dite de « charge publique » du droit de l’immigration.

Les agents consulaires doivent désormais évaluer les demandeurs selon plusieurs critères, notamment l’état de santé, l’âge, la maîtrise de l’anglais, la situation financière et le risque de recours à des soins médicaux de longue durée. Les personnes âgées, en surpoids, ayant déjà bénéficié d’une aide publique ou ayant été placées en institution pourraient voir leur demande rejetée.

« Le département d’État utilisera son autorité de longue date pour déclarer inéligibles les immigrants potentiels susceptibles de devenir une charge publique pour les États-Unis et d’exploiter la générosité du peuple américain », a déclaré Tommy Piggott, porte-parole du département d’État.

Des exceptions très limitées

Les autorités américaines précisent que les exceptions à cette suspension seront extrêmement rares et ne pourront être accordées qu’après une démonstration claire de l’autonomie financière du demandeur.

Si la notion de « charge publique » existe depuis des décennies dans la loi sur l’immigration et la nationalité, son application a fortement varié selon les administrations. En 2019, l’administration Trump avait élargi cette définition pour inclure un éventail plus large de prestations sociales, une mesure contestée en justice avant d’être partiellement annulée puis révisée sous l’administration Biden en 2022.

Pour de nombreux pays africains, cette suspension marque un resserrement sans précédent de l’accès à l’immigration légale vers les États-Unis. Elle intervient dans un contexte de pressions économiques, démographiques et sociales croissantes sur le continent, et pourrait redéfinir durablement les trajectoires migratoires africaines vers l’Amérique du Nord.

Une suspension aux répercussions mondiales, au-delà de l’Afrique

En dehors du continent africain, 49 pays sont également concernés par la suspension du traitement des visas d’immigrant décidée par les États-Unis. Ces pays se répartissent sur plusieurs régions du monde. Au Moyen-Orient, la mesure touche notamment l’Afghanistan, l’Iran, l’Irak, la Jordanie, le Koweït, le Liban, la Syrie et le Yémen. En Asie, sont concernés le Bangladesh, le Bhoutan, la Birmanie, le Cambodge, le Laos, la Mongolie, le Népal, le Pakistan, la Thaïlande, ainsi que plusieurs pays d’Asie centrale comme le Kazakhstan, le Kirghizistan et l’Ouzbékistan. En Europe et en Eurasie, figurent l’Albanie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Bélarus, la Bosnie-Herzégovine, la Géorgie, le Kosovo, la Macédoine du Nord, la Moldavie, le Monténégro et la Russie. Enfin, en Amérique latine et dans les Caraïbes, la suspension concerne Antigua-et-Barbuda, les Bahamas, la Barbade, le Belize, le Brésil, la Colombie, Cuba, la Dominique, la Grenade, le Guatemala, Haïti, la Jamaïque, le Nicaragua, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et l’Uruguay.

Financial Afrik Premium