La Conférence des Ambassadrices et des Ambassadeurs, le 8 janvier, au Palais de l’Elysée, a été l’occasion pour Emmanuel Macron de rappeler l’importance de l’Afrique dans le dispositif diplomatique français. Le continent africain représente un des « grands partenariats » de l’Hexagone, ce qui ne l’a pas empêché de lancer une lourde charge contre le milieu économique tricolore.
« Là où nous avons besoin d’améliorer les choses, c’est dans l’implication du monde économique en Afrique », a souligné Emmanuel Macron. Et de déplorer : « Nous faisons méthodiquement, pour ce qui est de l’économie, l’exact contraire de ce que je viens de dire. C’est-à-dire, à mesure que nous avons complètement réinventé la relation diplomatique pour la rendre plus intelligible, trop de nos groupes se sont désinvestis du continent africain ».
Le secteur bancaire a été particulièrement pointé du doigt. « Il y a 15 ans, nous étions une puissance bancaire et financière en Afrique ». Tout le monde a vendu. La faute à qui, à quoi ? Les régulations, nous dit-on. Très bien, c’est qu’elles sont idiotes. Parce que la vérité, c’est que c’est repris par d’autres. Il y a une pusillanimité de beaucoup qui n’est plus compréhensible », a précisé le chef de l’Etat français qui a insisté sur une nécessaire « correction » sans que l’on ne sache réellement en quoi celle-ci va consister.
Désengagement
Depuis plusieurs années, les banques françaises se sont retirées de quasiment toutes les capitales africaines. Dernier mouvement en date, Société Générale vend ses filiales les unes après les autres sous l’impulsion de son directeur général, Slawomir Krupa. Après le Maroc, le Congo, le Tchad le Bénin, le Mozambique ou encore la Mauritanie, il est parti de Guinée-Conakry, du Cameroun. Il s’apprête à quitter les Sénégal, mais aussi la Côte d’Ivoire.
Ce retrait progressif suit celui du Crédit Agricole, de la BPCE et surtout du groupe BNP-Paribas. Les raisons sont multiples. La rentabilité bancaire africaine est jugée beaucoup trop faible. L’environnement juridique est considéré comme instable et risqué. Les marchés sont perçus comme trop exigus.
Paradoxe
Cet abandon s’inscrit pourtant dans un contexte paradoxal. Avec 45 % de sa population non-bancarisée et 70 % des transactions encore effectuées en cash, le marché bancaire africain reste très favorable. Pour preuve, les filiales françaises ont toutes trouvé preneur via les intérêts africains, chinois ou turcs. Vista Bank a ainsi racheté plusieurs filiales de la Société Générale (Guinée, Tchad, Burkina Faso…). L’acteur burkinabè Coris Bank International poursuit son expansion sur le marché de l’ l’UEMOA tout comme les établissements marocains (Attijariwafa Bank…), Nigérians, Access Bank, Ecobank, United Bank for Africa ou encore Gabonais (BGFI).« J’ai demandé là-dessus de revoir les choses en profondeur et au fond, amenons des groupes français de plus en plus nombreux en Afrique, mais amenons ceux qui ont faim. Ceux qui ne se comportent pas bien et ceux qui n’ont pas faim, il ne faut plus les emmener », a poursuivi Emmanuel Macron. Par contre, il y en a beaucoup, des PME, des startups, des ETI qui ont envie de bien travailler de manière respectueuse dans cet esprit de partenariat, il faut y aller à fond ». Une prise de position que le président français ne manquera pas de marteler, en mai prochain, à l’occasion de la nouvelle édition du sommet Afrique-France organisé à Nairobi, au Kenya.
Alexandre Varel
Pour revoir cette intervention
https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2026/01/08/conference-des-ambassadrices-et-ambassadeurs-2026




