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Algérie – RDC : au-delà du football, des destins tragiques liés aux ressources naturelles

Quel que soit le résultat du match RDC–Algérie, disputé ce 6 janvier à Rabat , il sera, on peut l’affirmer sans grand risque, polémique à souhait. Non pour des raisons strictement sportives, mais parce qu’il charrie une charge émotionnelle, historique et politique propre à deux peuples façonnés par la lutte, la rente et la désillusion.…

Le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi, et le président de la République algérienne, Abdelmadjid Tebboune, deux chefs d’État à la tête d’économies largement dépendantes des ressources du sous-sol, entre hydrocarbures, minerais stratégiques et enjeux de souveraineté économique.

Quel que soit le résultat du match RDC–Algérie, disputé ce 6 janvier à Rabat , il sera, on peut l’affirmer sans grand risque, polémique à souhait. Non pour des raisons strictement sportives, mais parce qu’il charrie une charge émotionnelle, historique et politique propre à deux peuples façonnés par la lutte, la rente et la désillusion. Football et mémoire collective s’y confondent, jusqu’à parfois se heurter.

Autant Sonatrach (avec un chiffre d’affaire de 6 523 milliards de dinars algériens en 2024, soit environ 45 milliards USD au taux de change courant) est un État dans l’État pour l’Algérie indépendante, autant la Gécamines (revenus cumulés dépassant le milliard de dollars) demeure la matrice économique et symbolique de la République démocratique du Congo. L’une règne sur le gaz, positionnant l’Algérie comme un pivot énergétique régional ; l’autre, qui célèbre 120 ans d’histoire, incarne le passage du cuivre colonial aux minerais stratégiques du XXIᵉ siècle, cobalt en tête.

Toutes deux racontent pourtant une même malédiction des ressources. En Algérie, la rente énergétique n’a pas empêché une dépendance massive aux importations alimentaires. Ainsi, le pays cumulait des importations totales constituées de blé et de produits alimentaires en parie pour  environ 46,05 milliards USD d selon les données des douanes mondiales (COMTRADE/WITS).  Selon les données, quelque 10  milliards de dollars sont dépensés pour importer du blé et des produits alimentaires, destinés à une population largement déconnectée de son potentiel agricole. En RDC, pays aux terres parmi les plus fertiles d’Afrique, environ 3  milliards  de dollars sont dépensés chaque année  pour importer des vivres de base, révélant un paradoxe cruel : des sols riches, mais une sécurité alimentaire fragile. Dans les deux cas, la rente a anesthésié la transformation productive.

Les trajectoires politiques ont elles aussi laissé des cicatrices profondes. Dans les années 1990, l’Algérie a traversé la décennie noire, une guerre civile sanglante face à l’islamisme armé, qui a marqué durablement la société et renforcé le rôle central de l’État comme rempart contre le chaos. La RDC, elle, est entrée à la même époque dans une longue séquence de déstabilisation, faite de guerres, de prédations et d’ingérences, dont les réminiscences sont encore visibles aujourd’hui dans le Kivu, théâtre d’un conflit sans fin au cœur d’une région pourtant stratégique pour l’économie mondiale.

Sur le plan économique, les choix ont divergé. L’Algérie a privilégié une centralisation étatique, construisant un système où banques, grandes entreprises et secteurs clés restent sous contrôle public, au prix d’une faible diversification. La RDC, à l’inverse, a poursuivi la libéralisation, notamment des services financiers, tout en tentant aujourd’hui de réarmer l’État minier. La Gécamines ne veut plus être un simple rentier : elle ambitionne de redevenir un acteur industriel à part entière, dans une chaîne de valeur longtemps confisquée.

Les chiffres illustrent cet écart :

  • PIB : environ 250 milliards USD pour l’Algérie, contre 70 milliards USD pour la RDC.

  • Revenu par habitant : près de 5 000 USD en Algérie, à peine 600 USD en RDC.

  • Pauvreté : contenue sous les 10 % en Algérie grâce aux subventions ; supérieure à 60 % en RDC, malgré l’abondance minière.

Et pourtant, malgré les fractures, la culture demeure ce qui unifie. À l’image de ce supporter immobile, silhouette silencieuse devenue mascotte inattendue de cette CAN, symbole d’une Afrique qui souffre mais qui espère encore. Quelle que soit l’issue du match, il y aura un léger goût d’inachevé : celui de voir l’un des géants du continent quitter la compétition trop tôt, laissant derrière lui une fierté blessée mais intacte.

Dans ce duel se croisent aussi des figures tutélaires. Patrice Lumumba, martyr congolais de l’indépendance, et Houari Boumediene, incarnation algérienne d’un  romantisme révolutionnaire qui se poursuit encore aujourd’hui (l’Algérie n’ayant pas encore adhéré à l’OMC) , continuent de hanter les imaginaires. Ils rappellent une époque où l’Afrique croyait que la souveraineté politique suffirait à engendrer la prospérité économique.Ce match n’est donc pas qu’un match. Il est le miroir de deux nations riches de leur sous-sol, lourdes de leur histoire, encore en quête des alliances (la Russie pour l’un, les USA pour l’autre)  de la formule capable de transformer la rente en développement et la mémoire en avenir.

Financial Afrik Premium