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Cameroun : AFG Bank reprend jusqu’à 83 millions USD de créances sur l’État en 2025

Le dernier rapport de conjoncture sur la dette publique du Cameroun, arrêté à fin septembre 2025, met en lumière la montée en puissance d’AFG Bank Cameroun dans la gestion du passif intérieur de l’État. À travers plusieurs opérations de cession de créances, l’établissement fondé par l’homme d’affaires ivoirien Bernard Koné Dossongui s’impose comme un acteur…

L’homme d’affaires ivoirien Bernard Koné Dossongui, promoteur d’AFG Bank Cameroun qui connait une montée en puissance dans la gestion du passif intérieur de l’État du Cameroun. ©DR

Le dernier rapport de conjoncture sur la dette publique du Cameroun, arrêté à fin septembre 2025, met en lumière la montée en puissance d’AFG Bank Cameroun dans la gestion du passif intérieur de l’État. À travers plusieurs opérations de cession de créances, l’établissement fondé par l’homme d’affaires ivoirien Bernard Koné Dossongui s’impose comme un acteur clé de l’apurement des arriérés dus par l’administration centrale à des entreprises stratégiques, notamment dans l’énergie, les télécommunications et les infrastructures portuaires.

Dans un contexte marqué par des tensions persistantes sur la trésorerie publique, l’État camerounais a intensifié en 2025 le recours au mécanisme de cession de créances. Ce dispositif consiste, pour une banque, à racheter auprès des fournisseurs de l’État des factures impayées, transformant ainsi une dette commerciale souvent ancienne et peu lisible en dette bancaire structurée, intégrée à l’encours de la dette intérieure.

Selon la Caisse autonome d’amortissement (CAA), ces opérations relèvent de la dette structurée bancaire, dont le poids s’est significativement accru au cours de l’année. À fin septembre 2025, la dette intérieure de l’administration centrale (hors restes à payer et dette flottante) s’établissait à 4 246 milliards FCFA, soit environ 7,08 milliards de dollars, en hausse de 15,5 % sur un an, traduisant une mobilisation accrue des ressources financières domestiques.

AFG Bank concentre près de 83 millions $ de nouvelles cessions

AFG Bank apparaît de manière récurrente dans les tableaux détaillés de la dette structurée bancaire comme contrepartie de plusieurs conventions signées en 2025. L’analyse des données fait ressortir trois opérations majeures, pour un montant cumulé de 50 milliards FCFA, soit environ 83 millions de dollars.

Ce portefeuille comprend notamment une enveloppe de 30 milliards FCFA (environ 50 millions $) liée à la reprise de créances détenues par le producteur indépendant d’électricité Globeleq, via ses filiales DPDC et KPDC. À cela s’ajoutent 10 milliards FCFA (environ 16,7 millions $) correspondant aux créances du Port autonome de Douala (PAD), ainsi qu’un montant équivalent portant sur les engagements de l’opérateur public de télécommunications Camtel. Ces montants figurent à la fois dans l’encours de la dette structurée et dans les décaissements effectifs, confirmant une mobilisation concrète des fonds au profit des entités concernées.

À elle seule, AFG Bank concentre l’essentiel des nouvelles cessions de créances de grande taille enregistrées sur la période. À titre de comparaison, Société Générale Cameroun, Banque Atlantique Cameroun, CCA Bank et UBA interviennent sur des volumes plus modestes, souvent inférieurs à 16 millions $ par convention, ou sur des encours hérités d’opérations antérieures. Cette configuration traduit un positionnement plus offensif d’AFG Bank sur le refinancement des arriérés de l’État.

Une recomposition silencieuse de la dette intérieure

Sur le plan budgétaire, ces opérations accompagnent une transformation progressive de la structure de la dette intérieure. En substituant une dette fournisseur à une dette bancaire à échéancier défini, l’État améliore la visibilité de son passif et soulage la trésorerie de partenaires stratégiques. En contrepartie, la dette structurée bancaire représente désormais 26,2 % de l’encours de la dette intérieure, contre un poids marginal quelques années auparavant.

Pour AFG Bank, cette dynamique renforce l’exposition à la signature souveraine camerounaise, tout en la plaçant au cœur du circuit de financement de l’économie réelle. Pour les autorités, l’enjeu est double : éviter l’asphyxie financière de fournisseurs essentiels et lisser dans le temps le remboursement d’arriérés qui pèsent sur l’exécution budgétaire.

À fin septembre 2025, la dette publique totale du Cameroun atteignait 14 591 milliards FCFA, soit environ 24,3 milliards de dollars, représentant 43,9 % du PIB. Un niveau jugé encore soutenable, mais qui révèle une recomposition interne croissante du passif au profit de la dette bancaire domestique, appelée à jouer un rôle central dans la gestion financière de l’État dans les années à venir.

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