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Bourse de Casablanca : 2025, la sortie du tunnel après quinze ans de stagnation

Portée par une conjonction de facteurs macroéconomiques favorables — désinflation maîtrisée, détente des taux, reprise vigoureuse de l’investissement et retour de la liquidité — la Bourse de Casablanca clôt l’année 2025 sur une performance historique. L’indice MASI progresse de 25 %, la capitalisation boursière franchit pour la première fois le seuil symbolique des 1.000 milliards…

Portée par une conjonction de facteurs macroéconomiques favorables — désinflation maîtrisée, détente des taux, reprise vigoureuse de l’investissement et retour de la liquidité — la Bourse de Casablanca clôt l’année 2025 sur une performance historique. L’indice MASI progresse de 25 %, la capitalisation boursière franchit pour la première fois le seuil symbolique des 1.000 milliards de dirhams, et les introductions en Bourse signent un retour durable. Pour la place casablancaise, 2025 marque moins un rebond conjoncturel qu’une sortie de cycle, mettant fin à près de quinze années de sous-performance.

La crise financière mondiale de 2008 constitue une rupture majeure dans l’histoire récente du marché marocain. Si le système bancaire national a été relativement épargné par les chocs systémiques observés dans les économies avancées, la place casablancaise subit de plein fouet les effets indirects de la crise : contraction de la liquidité internationale, ralentissement de l’investissement privé, prudence accrue des investisseurs institutionnels et affaissement durable des volumes.

Après les sommets atteints avant 2008 — portés par les privatisations, l’essor des valeurs bancaires et immobilières et une dynamique spéculative soutenue — le marché s’installe dans une phase prolongée de stagnation.
« Entre 2009 et 2016, la Bourse de Casablanca évolue dans un couloir étroit, marqué par une faible liquidité, des volumes en recul et une rareté des introductions en Bourse », rappelle Abdelmalek Benabdeljalil, vice-président de BMCE Capital.
« La défiance s’installe progressivement, alimentée par une croissance économique modérée et une visibilité limitée sur les bénéfices des entreprises cotées », ajoute-t-il.

Les tensions régionales post-2011 et les ajustements budgétaires accentuent cette inertie. Les investisseurs se replient vers l’obligataire et l’immobilier, tandis que le marché actions peine à remplir son rôle de financement de l’économie réelle. La capitalisation progresse, mais sans impulsion structurante.

Des signaux de redressement, puis le choc du Covid

Un premier infléchissement apparaît à partir de 2017–2018, avec une amélioration graduelle des fondamentaux macroéconomiques, un renforcement de la gouvernance du marché et la montée en puissance de secteurs structurants comme les infrastructures, l’industrie et les services. Cette dynamique reste toutefois fragile et incomplète.

La pandémie de Covid-19 en 2020 vient brutalement interrompre ce mouvement. L’aversion au risque se renforce, la volatilité s’installe et la visibilité sur les résultats des entreprises se dégrade. Le marché replonge, confirmant la vulnérabilité persistante de la place.

2023–2025 : le véritable redémarrage

Le redressement s’amorce véritablement à partir de 2022–2023. La normalisation post-Covid, combinée à une politique monétaire prudente mais lisible, au retour progressif de la liquidité et à la relance de grands projets nationaux, redonne de l’élan au marché actions.

« La Bourse de Casablanca connaît un véritable renouveau depuis 2023, porté par l’amélioration des perspectives macroéconomiques, notamment après l’attribution de la Coupe du monde 2030 au trio Maroc–Espagne–Portugal », souligne Adil Hlimi, consultant en marchés de capitaux.
« Cette dynamique se traduit par une hausse significative des carnets de commandes dans le BTP, l’hôtellerie, l’immobilier et les infrastructures, ainsi que par un pipeline renouvelé d’introductions en Bourse », précise-t-il.

Selon l’expert, les perspectives demeurent favorables à moyen terme :
« L’économie marocaine devrait continuer à se renforcer grâce à la bonne tenue des activités non agricoles, dans un contexte de détente des taux obligataires et de nombreux projets d’IPO. Un environnement propice à la Bourse, à condition que l’inflation reste contenue sous 2 % à moyen terme, comme le prévoit la banque centrale. »

2025, année charnière et changement de dimension

L’année 2025 apparaît ainsi comme l’aboutissement d’un long cycle de reconstruction. Plus qu’un simple rattrapage technique, la performance actuelle s’inscrit dans une logique de maturation du marché. Le retour des introductions en Bourse, l’élargissement progressif de la base d’investisseurs et le franchissement du seuil des 1.000 milliards de dirhams de capitalisation traduisent une réappropriation du marché des capitaux comme outil stratégique de financement et de création de valeur.

Sur le plan sectoriel, la hausse est large et diffuse. Seuls quatre secteurs terminent l’année en territoire négatif — boissons, chimie, sociétés de placement immobilier et transport — tandis que l’ensemble des autres indices sectoriels affiche des progressions à deux chiffres, signe d’une confiance généralisée dans les fondamentaux des entreprises cotées.

Valeurs : entre envolées spéculatives et profondeur de marché

L’année 2025 met également en lumière un contraste marqué entre des envolées spectaculaires sur faibles volumes et des performances solides adossées à une réelle profondeur de marché. Certaines petites capitalisations enregistrent des hausses impressionnantes — Stokvis Nord Afrique (+500 %), Stroc Industries (+490 %), Fenie Brossette (+270 %) — mais sur des échanges limités.

À l’inverse, plusieurs titres conjuguent hausse significative et volumes soutenus. Sonasid progresse de 124 %, avec 1,68 milliard de dirhams échangés. Résidences Dar Saada dépasse également les +100 %, portée par 3,6 milliards de dirhams de transactions. TGCC s’impose comme l’une des valeurs phares de l’année : après une augmentation de capital de 2,5 milliards de dirhams, le titre gagne 91 %, avec un volume record de 11,14 milliards de dirhams.

La liquidité, indicateur clé du changement de régime

La liquidité constitue l’un des faits saillants de l’exercice. Le volume annuel des échanges sur le marché central atteint 117 milliards de dirhams, contre 60 milliards en 2024, soit une progression de 96 %.
« Cette dynamique est le fruit des grands événements à venir, notamment la Coupe du monde, mais aussi du nouveau modèle de développement qui soutient en toile de fond l’ensemble de cette croissance », analyse un expert de BMCE Capital Market.

À l’issue de 2025, la Bourse de Casablanca ne se contente plus de rebondir : elle change de régime. Après quinze ans d’atonie, le marché semble avoir retrouvé une trajectoire structurelle, renouant avec son rôle de baromètre économique et de levier de financement pour l’économie marocaine.

 

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