Acté dès octobre 2024, le passage de témoin à la tête du Groupe Duval entre Éric Duval et son fils Louis-Victor Duval, 33 ans, ne relève pas d’une simple succession familiale. Il inaugure une phase de recomposition profonde de la gouvernance et des priorités stratégiques du groupe, dont l’Afrique apparaît comme l’un des principaux terrains d’expérimentation — et de friction.
Les signaux de rupture se sont rapidement multipliés au sein du Groupe Duval. Premier marqueur fort : la sortie de Pierre Carpentier, poussé à la démission en février 2025. Jusqu’alors patron de Finafrica, la holding chapeautant les activités financières du groupe (assurance et microfinance), celui qui été jusque-là la tête pensante du groupe dans ses plans africains a été remplacé par Béata Habyarimana, de nationalité rwandaise, nommée Directrice générale du Groupe Finafrica. Une décision lourde de sens, qui entérine à la fois un recentrage géographique assumé vers le Rwanda et un déplacement progressif du centre de gravité africain du groupe. Cette nomination n’a toutefois pas été sans remous.
Selon plusieurs sources concordantes, Holy Garnier, directrice générale adjointe de Finafrica, longtemps positionnée comme un rouage clé du dispositif, serait aujourd’hui en préavis, dans un climat managérial décrit comme particulièrement tendu. Un épisode révélateur de la mise à l’écart graduelle d’une partie de l’ancienne garde, jugée moins en phase avec la nouvelle ligne impulsée par la direction. Parmi les rares cadres historiques encore en poste figure Georges Assavi, reconnu pour les performances opérationnelles enregistrées dans la microfinance en Guinée. Il pilote désormais le bureau Afrique de l’Ouest du groupe, une fonction que plusieurs initiés décrivent toutefois comme davantage symbolique qu’exécutive, au regard des arbitrages stratégiques désormais centralisés ailleurs.
Sur le terrain, certaines fragilités persistent. En Côte d’Ivoire, PAMF-CI (Première Agence de Microfinance), institution héritée de l’Agence Aga Khan pour la Microfinance (AKAM), ferait face à des besoins de recapitalisation, selon nos informations. Une situation qui illustre les tensions encore à l’œuvre au sein du pôle finance, malgré les efforts de restructuration engagés. Parallèlement, le Groupe Duval s’emploie à renforcer son vernis institutionnel en attirant des profils de premier plan. La Guinéenne Malado Kaba, récemment sortie d’un mandat à la Banque africaine de développement, a ainsi été nommée présidente du conseil d’administration d’Umutanguha Finance Plc, institution rwandaise de microfinance orientée vers le financement des micro, petites et moyennes entreprises ainsi que des ménages à revenus modestes. L’ancrage rwandais du groupe dépasse d’ailleurs le seul secteur financier. Il se matérialise également dans l’immobilier, avec le projet Inzovu Mall, vaste complexe multifonctionnel en construction à Kigali, dont la livraison est annoncée pour mars 2026. Un projet emblématique, souvent présenté en interne comme le symbole de la relation privilégiée nouée avec les autorités rwandaises.
Sur le segment immobilier, le groupe conserve des références solides sur le continent. En Côte d’Ivoire, la Tour Duval, immeuble de bureaux de 12 étages livré en 2020 au Plateau à Abidjan, demeure l’une des vitrines du savoir-faire du groupe dans l’immobilier tertiaire haut de gamme, avec bureaux premium, centre d’affaires intégré et parkings. Mais si l’immobilier résiste, le pôle finance reste sous pression. D’où la poursuite d’une stratégie assumée de recrutement de figures reconnues. Thierry Tanoh, ancien ministre ivoirien du Pétrole et ex-CEO d’Ecobank Transnational Incorporated, a rejoint le conseil stratégique du groupe, tout comme Wilfrid Lauriano do Rego, ancien président du conseil de surveillance de KPMG France et ex-coordonnateur du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA). Rachel Lawson, Directrice administrative et financière de Mimi Hearing Technologies, complète ce dispositif. Cette dernière affiche un parcours étoffé : plus de vingt ans d’expérience en capital-investissement, fusions-acquisitions et conseil stratégique, notamment chez Development Partners International (DPI) et Danone, plus de 150 millions de dollars investis, des mandats d’administratrice en Afrique, un MBA du MIT et un Master de l’ESCP-Europe. Elle est également franco-togolaise, polyglotte et active sur trois continents.
À ce tableau s’ajoute Laureen Kouassi-Olsson, ex-Amethis, recrutée à un moment où Birimian, la structure qu’elle avait fondée — présentée comme la première plateforme d’investissement dédiée aux marques africaines de luxe — peinait encore à concrétiser des opérations structurantes et restait en attente de deals significatifs. Reste que ces recrutements interrogent, à la lumière d’expériences passées peu concluantes. Jules Armand, ancien ambassadeur, nommé Directeur Afrique et Outre-mer, avait quitté le groupe dès 2018, après moins d’un an et demi en fonction. Derrière les annonces et les signatures de prestige, le recentrage africain du Groupe Duval apparaît ainsi comme une transition délicate. Entre recomposition managériale, tensions internes et fragilités financières sur certaines filiales, la nouvelle ère ouverte par Louis-Victor Duval reste à éprouver, bien au-delà des effets d’annonce.




