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Trade not Aid : la nouvelle politique britannique en Afrique

Le 15 décembre à Londres, la ministre britannique chargée du développement, la Baronne Jenny Chapman, a lancé la nouvelle stratégie du Royaume uni en Afrique devant les ambassadeurs africains et Hauts-Commissaires accrédités. En introduction de son intervention, elle a salué les politiques de ses prédécesseurs en matière d’Aide Publique au Développement (ADP) déplorant, toutefois, la…

Le 15 décembre à Londres, la ministre britannique chargée du développement, la Baronne Jenny Chapman, a lancé la nouvelle stratégie du Royaume uni en Afrique devant les ambassadeurs africains et Hauts-Commissaires accrédités.

En introduction de son intervention, elle a salué les politiques de ses prédécesseurs en matière d’Aide Publique au Développement (ADP) déplorant, toutefois, la trop grande faiblesse des actions visant à créer des emplois et à soutenir la croissance intérieure. « Nous savons que nous devons expliquer clairement et franchement nos propres intérêts et ce que nous attendons de nos relations », a-t-elle souligné. La nouvelle politique du Royaume Uni se veut « modernisée », « conçue pour marquer une nouvelle étape dans la relation du Royaume-Uni avec les pays africains », a-t-elle poursuivi.

A l’appui de cette politique, la ministre a fait référence à une vaste enquête menée, au cours des derniers mois, auprès de 600 acteurs britanniques investis sur le continent (entreprises, ONG, organisations de la diasporas et de la société civile…) pour connaître les besoins et mieux orienter les politiques vers les pays africains, pays avec lesquels Londres a répété vouloir « des relations respectueuses, durables qui apportent de réels changements dans la vie de leurs peuples ».

Doubler les échanges d’ici 2030

Sept principes guident cette approche à commencer par la volonté de passer d’un rôle de donateur à celui d’investisseur solide. Londres souhaite encourager les échanges commerciaux grâce à des accords spécifiques sur le modèle de l’accord Royaume-Uni/Kenya, qui doit doubler les échanges avec ce pays d’ici 2030 ; le Partenariat de renforcement du commerce et de l’investissement avec le Nigeria ou l’Afrique du Sud ou encore l’important accord avec le Maroc, qui permet de soutenir les infrastructures de ce pays à l’approche du Mondial de Football 2030.

La croissance est au cœur de cette nouvelle stratégie. « Nous sommes des partenaires, des investisseurs et, avant tout, des réformateurs. Nous voulons une approche qui puisse produire des résultats pour les citoyens britanniques comme africains », a renchéri Jenny Chapman. Londres soutient ainsi la Zone de Libre Echange Continentale Africaine (ZLECLAF)et devrait bientôt lancer un régime spécial d’échanges pour les pays en développement. « Les véhicules de placement britanniques – du British International Investment aux FSD Africa Investments et UK Export Finance – continueront d’orienter ces priorités en matière d’innovation », a ajouté Jenny Chapman.

Défis migratoires

Le défi migratoire est un autre enjeu. « Les mouvements migratoires devraient être raisonnables, gérés, et ils doivent être maîtrisés », a précisé la ministre. Or ce souhait est fragilisé par une migration clandestine encouragée par des groupes criminels qui nuisent tant au Royaume-Uni qu’à ses partenaires africains. Londres entend s’attaquer aux moteurs de cette migration en assurant la protection des populations déplacées dans leurs régions d’origine, et en perturbant les réseaux criminels. En ce qui concerne les visas, Londres doit renforcer le dialogue avec les entreprises africaines dans le cadre du Global Partner Program.

Réchauffement climatique

Le Royaume Uni souhaite marquer sa présence dans la lutte contre le réchauffement climatique dont l’Afrique estdirectement impactée pour des émissions carbone extrêmement basses par rapport au reste du Globe. Ce payssoutient des initiatives comme Mission 300, qui vise à connecter 300 millions de personnes à un réseau électrique d’ici 2030, et veut protéger le plus vaste puits de carbone forestier du monde, dans le Bassin du Congo, grâce à une collaboration entre des scientifiques britanniques et africains. Londres appuie, par ailleurs, un leadership africain sur ces questions alors que l’Éthiopie accueillera la COP32, en 2027.

Paix et sécurité

Les questions de sécurité n’ont pas été oubliées durant cette intervention. Le Royaume Uni collaborera davantage afin de promouvoir la paix et la sécurité sur le continent dans le cadre de partenariats avec l’Union Africaine ou les organisations sous-régionales telles la Cédéao. « Il s’agit d’intervenir de toute urgence pour arrêter les horreurs de la guerre actuelle au Soudan, en collaboration avec les partenaires africains pour pousser les parties belligérantes à un cessez-le-feu, de fournir l’aide humanitaire vitale là où elle est nécessaire », a expliqué Jenny Chapman tout en évoquant les 12 millions de femmes et de filles exposées par la guerre dans ce pays. Et à la ministre de citer aussi l’actualité de la région des Grands Lacsainsi que les conflits au Nigeria, en Éthiopie ou encore en Somalie.

Soutien à la croissance par la santé

Le Royaume uni souhaite, par ailleurs, soutenir les populations africaines et la croissance économique par la valorisation du capital humain. L’effort devrait être porté sur l’amélioration des systèmes de santé et de nutrition, d’éducation ou encore de protection sociale. 850 millions de livres sterlings ont ainsi été versés, en novembre dernier, au Fonds mondial lors du Science Forum South Africa. Un financement susceptible de sauver un million de personnes et de prévenir 20 millions de personnes du VIH/SIDA, de la tuberculose ou du paludisme.

Lutter contre la dette

Londres s’érige en soutien des pays dont la dette étrangle les économies et les perspectives de développement. « 800 millions d’Africains vivent dans des pays où la dépense publique consacrée au remboursement des intérêts de la dette dépasse les dépenses pour la santé », a expliqué Jenny Chapman durant son intervention, soulignant « un besoin urgent de réformes ». Elle défend, dans un premier temps,  la montée des pays africain dans les instances de décision avec, par exemple, un troisième siège pour l’Afrique subsaharienneau sein du Conseil d’administration du FMI ainsi qu’un pouvoir de vote pour les pays à faibles revenus au sein de la Banque mondiale. « Pour nous attaquer à ce fardeau insoutenable de la dette, pour que les pays africains soient davantage associés aux décisions qui les touchent », a-t-elle précisé.

Enfin, l’innovation culturelle en Afrique sera encouragée à travers l’innovation et les partenariats culturels, mais aussi l’intelligence artificielle. Le Forum scientifique en Afrique du Sud a été l’occasion de lancer le premier programme Royaume-Uni–Afrique du Sud de formation à la politique en matière d’IA. Le programme de bourses d’études sera par ailleurs maintenu et la coopération universitaire renforcée comme en témoigne le premier pôle africain de l’Imperial College London au Ghana. « Ce nouveau centre soutient des postes de chercheurs en IA et sciences du climat, accélérant ainsi la recherche et l’innovation communes dans les diagnostics médicaux, la recherche sur les vaccins et les villes durables », a conclu la ministre.

Cette nouvelle stratégie est lancée alors que de nombreux rendez-vous attendent le Royaume Uni et l’Afrique dans les prochains mois. D’une part, le Sommet sur les financements illicites, qui réunira une coalition de gouvernements, organisations multilatérales, entreprises du secteur privé et autres acteurs clés pour lutter contre la richesse obtenue par le crime et la corruption. D’autre part, la présidence du G20 en 2027.

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