L’annonce officielle de la reconnaissance du Somaliland par Israël a provoqué une vive réaction au Caire comme à Mogadiscio. L’Égypte et la Somalie dénoncent une initiative qu’elles jugent provocatrice et déstabilisatrice pour l’équilibre régional.
Par Rodrigue Fénelon Massala
Israël est devenu, le 26 décembre 2025, le premier État au monde à reconnaître officiellement le Somaliland comme un État indépendant et souverain. Cette décision a été entérinée à l’issue d’un accord conjoint signé par le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et le président du Somaliland, Abdirahman Mohamed Abdullahi. Le texte prévoit l’établissement de relations diplomatiques, avec à terme des échanges d’ambassadeurs, ainsi qu’une coopération renforcée dans plusieurs secteurs clés, notamment l’agriculture, la santé, la technologie et l’économie. Pour Tel-Aviv, cette reconnaissance s’inscrit dans une dynamique de consolidation de la paix régionale et dans l’extension des Accords d’Abraham.
La réaction de la Somalie ne s’est pas fait attendre. Le gouvernement fédéral a rejeté avec fermeté cette reconnaissance, la qualifiant de violation flagrante de sa souveraineté et d’atteinte à l’intégrité territoriale du pays. Mogadiscio rappelle que le Somaliland demeure une partie intégrante et indissociable de la Somalie et appelle la communauté internationale au strict respect du droit international.
Sur le plan régional, cette décision suscite de nombreuses inquiétudes. Plusieurs spécialistes de la géopolitique de la Corne de l’Afrique estiment qu’elle pourrait fragiliser davantage une zone déjà marquée par de fortes tensions. Un diplomate de la Ligue arabe avertit que cette reconnaissance risque d’accentuer les fractures politiques et de raviver les tensions entre Mogadiscio et Hargeisa, la Somalie considérant tout soutien international à l’indépendance du Somaliland comme une offense majeure. D’autres acteurs régionaux, à l’image de l’Éthiopie, pourraient être tentés de réévaluer leur position, avec des conséquences potentielles sur le contrôle des ports et des corridors commerciaux stratégiques.
Une remise en cause du principe africain de l’intégrité territoriale
Depuis les indépendances, la majorité des États africains s’attachent au principe du maintien des frontières héritées de la période coloniale, afin de prévenir les dérives séparatistes et les conflits violents. Ce principe de l’intangibilité des frontières, proclamé dès 1963 lors de la création de l’Organisation de l’unité africaine, constitue un pilier de l’ordre politique continental. La reconnaissance du Somaliland par Israël apparaît ainsi comme un précédent atypique, susceptible d’encourager d’autres revendications sécessionnistes ou d’ouvrir la voie à des interventions étrangères guidées par des intérêts géostratégiques propres.




