Dernier « empire » industriel de la France en Afrique, le brasseur et producteur de sodas est en proie à une grave lutte interne entre les héritiers de son fondateur, Pierre Castel, 99 ans, et le nouveau tout puissant directeur général.
Nommé Directeur Général du groupe Castel en octobre 2023, Grégory Clerc a imposé son style décapant dès sa prise de fonction, en souhaitant nettoyer les écuries d’Augias et se démarquer d’une gestion familiale pesante voire poussiéreuse. Pour avoir été l’avocat fiscaliste historique, mais aussi le confident du patriarche Pierre Castel, né en 1926, l’homme connait tous les secrets et les recoins du groupe brassicole et vinicole. Mais derrière les nouveaux projets, la modernisation souhaitée et le recentrage de plusieurs activités se cache surtout une stratégie non avouée : prendre le contrôle des principaux actifs du groupe et, au final, du groupe lui-même.
Grégory Clerc vient ainsi dangereusement bousculer la culture d’un empire connu pour sa discrétion et assis sur un véritable pactole, notamment africain. Les premières implantations de Pierre Castel sur le continent remontent à 1949. Au fil des ans, celui qui fut proche de nombreux chefs d’Etat africains parmi lesquels l’Angolais Eduardo Dos Santos, a su bâtir une enseigne économique tentaculaire et diversifiée (brasseries, agro-industrie, sucreries…) forte de près de 7 milliards € de chiffre d’affaires en 2024. Et pour cause. De tous les secteurs économiques en Afrique, celui de la bière et des sodas est sans doute le plus étanche aux crises.
Héritiers neutralisés
Les ambitions de Grégory Clerc se heurtent naturellement aux appétences des descendants de Pierre Castel dont sa fille Romy et plusieurs neveux. Pour asseoir ses nouvelles orientations, Grégory Clerc les a progressivement « neutralisés » en employant la manière forte. Neveu de Pierre Castel, Alain Castel, administrateur de la holding Cassiopée, qui chapeaute de nombreux activités africaines à travers DF Holging (Somdiaa, Castel Afrique…), a été tout bonnement remercié et révoqué de son statut, le 6 décembre dernier. Cette décision fracassante a été précédée par le départ, fin 2024, de deux autres neveux du fondateur du groupe : Michel et Jean-Claude Palu. Ces derniers étaient notamment administrateurs au sein des Brasseries et Glacières Internationales (BGI) et Brasseries Internationales Holding (BIH).
D’autres figures comme Sébastien Castegnaro, directeur de la Société des Brasseries de l’Ouest Africain (Soboa), ont quitté l’entreprise après l’arrivée de Grégory Clerc. Tout comme Sébatien-Yves Ménager directeur des Brasseries du Maroc rachetées par Castel en 2003.
Lieutenants
Parallèlement à cette chasse aux sorcières, Grégory Clerc place ses fidèles lieutenants. Des cadres essentiellement venus d’autres groupes économiques pour apporter une vision novatrice à l’instar de Cathy Geiger, du groupe Picard ou de Mathieu Seguin. Ce dernier, cadre chez Coca-Cola Compagny a pris les rênes de la filiale malgache Brasseries Star Madagascar. Venu de Lactalis, Diogo Victoria a été nommé à la tête de la filiale togolaise, Brasserie BB Lomé, au Togo.
Grégory Clerc a nommé d’autres proches au sein des instances dirigeantes et décisionnaires. C’est le cas de Pascal Favre, nommé directeur de de Castel Afrique, qui représente la part léonine du chiffre d’affaires du groupe. Il succède à Gil Martignac, parti en 2023 après des désaccords avec Michel et Jean-Claude Palu. Contacté par Financial Afrik, Gil Martignac n’a pas souhaité répondre à nos questions. D’autres personnalités jugées proches de Grégory Clerc comme Jean-Louis Van Haech ont été nommées administrateur au sein Cassiopée.
Face à cette emprise de Grégory Clerc, les descendants de Pierre Castel ont décidé de contre-attaquer. Romy Castel a convoqué une assemblée général extraordinaire d’Investment Beverage Business Management (IBBM), holding principale du groupe dont Grégory Clerc est administrateur. La date de cette assemblée a été calée au 8 janvier prochain. Objectif ? Obtenir la révocation de Grégory Clerc…




