Au 30 septembre 2025, le stock des soldes des emprunts non décaissés (SEND’s) atteint 4.714,1 milliards de FCFA (environ 8,5 milliards USD), en progression de 6,6% en glissement trimestriel. Dans sa note de conjoncture mensuelle sur la dette publique du Cameroun rendue publique le 31 octobre 2025, la Caisse autonome d’amortissement (CAA) justifie cette évolution par « la signature de nouvelles conventions de financement dont les montants dépassent le volume des décaissements réalisés sur la même période ».
Normalement, ces ressources sont absorbées progressivement au rythme de l’exécution des projets. « Cependant, assure l’organe en charge de la gestion de la dette publique du Cameroun, lorsque ce rythme devient trop faible, la question des SEND’s non performants refait surface, avec son lot de risques pour l’efficacité de la dépense publique et la crédibilité du pays vis-à-vis de ses partenaires financiers. »
Selon les critères du Comité national de la dette publique, au 30 septembre 2025, plusieurs catégories de prêts sont considérées comme problématiques. « Il s’agit notamment des prêts signés depuis plus de cinq ans, de ceux n’ayant enregistré aucun décaissement six mois après signature, des conventions non mises en vigueur dans le même délai, des lignes dont la date limite de décaissement a été prorogée ainsi que des financements dont la fenêtre de décaissement restante est inférieure à un an alors que plus de la moitié des montants reste à absorber », indique cet organisme. Qui fixe le total des SEND’s dits problématiques à 2.856,4 milliards de FCFA (5,1 milliards USD), représentant environ 63% de l’encours global, bien que ce niveau affiche une baisse d’environ 10% en glissement trimestriel.
Intensification du suivi
En 2025, le ministère camerounais des Finances a intensifié le suivi en instruisant une mission conduite par la CAA entre fin juin et début juillet. Cette mission a passé en revue 155 projets correspondant à 172 conventions. Selon les résultats de cette descente, « près de 76% des projets sont en cours d’exécution mais à un rythme souvent jugé lent ». La CAA relève que « plus préoccupant, 37 projets représentant environ 227 milliards de FCFA (407,8 millions USD) ont été clôturés par des bailleurs sans clôture officielle au niveau national ». Elle propose alors « une régularisation pour permettre de réduire le stock problématique à environ 2.762,4 milliards de FCFA (4,9 milliards USD), sous réserve d’annulations en concertation avec le ministère de l’Économie ».
Dans ce contexte, la performance de décaissement demeure fragile. En effet, sur un objectif annuel de 775 milliards de FCFA (environ 1,4 milliard USD) pour les prêts-projets, seuls 305,8 milliards de FCFA (près de 549 millions USD) avaient été mobilisés fin septembre 2025. Ce qui traduit « une capacité d’absorption encore limitée », selon la CAA. Par ailleurs, sur la base de cette performance, les analyses pointent « une activité globalement moyenne des unités de gestion de projets mais mettent aussi en évidence des contraintes structurelles ». Notamment les lenteurs administratives des bailleurs dans l’octroi des avis de non-objection, la faible mobilisation des contreparties nationales, les retards liés à la libération des emprises pour les grands chantiers, la lenteur dans la passation des marchés et un suivi-évaluation jugé insuffisant.
Il apparait donc que, dans un contexte de besoins croissants en infrastructures et de pression sur les finances publiques, l’amélioration de la performance des décaissements apparaît cruciale. « Une meilleure coordination institutionnelle, la levée rapide des contraintes administratives, ainsi que des mécanismes plus coercitifs pour les projets inactifs seraient déterminants pour transformer ces engagements financiers en réalisations concrètes et en impacts économiques mesurables », conclut la CAA.
