Le Parquet de Paris a ouvert, le 19 décembre, une enquêtepour « vol en bande organisée dans le but de servir les intérêts d’une puissance étrangère » après la disparition de 1 000 tonnes d’uranium. Cette cargaison faisait partie des stocks de l’opérateur français Orano, chassée du pays en juin dernier, issu de son site d’Arlit, au nord du pays.
Présente au Niger depuis 1974, notamment à travers la Somaïr(Société des Mines de l’Aïr), l’ancienne firme Areva avaitsubi la perte de contrôle opérationnelle de sa filiale avant que celle-ci ne soit nationalisée, le 19 juin dernier, sur fond de politique antifrançaise revendiquée par la junte du général Abdourahamane Tiani.
Ce dossier symbolise les tensions entre la France et un pays d’implantation historique au Sahel. « Face au comportement irresponsable, illégal et déloyal d’Orano, société détenue par l’Etat français, un Etat ouvertement hostile au Niger (…) l’Etat du Niger décide en toute souveraineté la nationalisation de la Somair », avait justifié le Niger dans un communiqué. « Par cette décision, les actions et le patrimoine de la Somairsont intégralement transférés en toute propriété à l’Etat du Niger ».
Après cette nationalisation soudaine, Orano avait porté l’affaire devant le Cirdi (Centre International pour le Règlement des Différends relatifs aux Investissements). Le 27 septembre dernier, cette instance internationale basée à Washington avait, dans une ordonnance provisoire, interdit tout déplacement et toute vente d’uranium provenant de la Somair en attendant de se prononcer sur le fond du litige.
Les autorités de Niamey semblent être passées outre cette décision. D’une valeur de plus de 160 millions €, la cargaison d’uranium aurait été sortie par des camions de l’armée nigérienne avant de passer par plusieurs pays frontaliers. Selon les enquêteurs, leur destination logique serait la Russie au regard de la relation forte entre Niamey et Moscou depuis la prise de pouvoir de la junte, en 2023. Destination d’autant plus naturelle, que la Russie a un important besoin en uranium pour alimenter son industrie nucléaire civile et militaire.
Cette violation pourrait coûter cher au Niger, pays membre de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), si les charges reposant sur ce pays étaient confirmées par le Cirdi. Le tribunal pourrait alors tirer toutes les conséquences du non-respect de l’ordonnance. A supposer que l’arbitrage lui soit favorable, Orano pourra alors saisir les biens non diplomatiques du Niger, en France et dans le monde.
Signe de ces tensions, Niamey a, à son tour, porté plainte contre le groupe français, début décembre, après la découverte de 400 tonneaux de matières radioactives découverts à Madaoulela, au nord. Des matières qui auraient dû être traitées selon Niamey, qui fait porter la responsabilité sur Orano. Pour autant, le groupe français n’a pas opéré sur ce site et n’y a conduit aucune opération. A suivre…
Alexandre Varel




