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Banques marocaines : une souveraineté financière qui s’installe à pas feutrés

Les groupes marocains reprennent les parts détenues par des banques françaises, signant une recomposition silencieuse du paysage bancaire au Maroc. L’heure de la marocanisation des banques a-t-elle sonné ? Bien que peu médiatisée, le secteur bancaire fait sa révolution silencieuse. Le rachat du Crédit du Maroc par le groupe Holmarcom, dirigé par Hassan Bensalah, en…

Les groupes marocains reprennent les parts détenues par des banques françaises, signant une recomposition silencieuse du paysage bancaire au Maroc. L’heure de la marocanisation des banques a-t-elle sonné ?

Bien que peu médiatisée, le secteur bancaire fait sa révolution silencieuse. Le rachat du Crédit du Maroc par le groupe Holmarcom, dirigé par Hassan Bensalah, en constitue l’un des actes fondateurs. À travers sa holding Holmarcom Finance Company (HFC) et sa filiale AtlantaSanad Assurance, le groupe a acquis la totalité de la participation détenue par Crédit Agricole S.A., soit 78,7 % du capital. Quelques mois plus tard, une autre filiale d’un grand groupe bancaire français, Société Générale Maroc, suivait la même trajectoire. Sans surprise pour beaucoup d’observateurs, le groupe de la famille Bensalah active, en cette fin d’année, encore une autre grande opération. Dans la presse marocaine, BNP Paribas et Holmarcom confirment que des discussions « exclusives » concernant l’acquisition par le groupe Holmarcom de la participation de 67 % de BNP Paribas sont en cours. Même si rien n’est encore acté à ce jour, cette annonce confirme la recomposition du paysage bancaire national, dominée par une montée en puissance du capital marocain.

Une dynamique ancienne de consolidation bancaire

Ce mouvement de rapprochements et d’absorptions s’inscrit dans une trajectoire de long terme visant à structurer un pôle bancaire national solide. Les premières grandes opérations de consolidation remontent au début des années 1990. En 1991, la Société de Banque et de Crédit est absorbée par la Banque Commerciale du Maroc. Cinq ans plus tard, Wafabank intègre UNIBAN, filiale d’un groupe bancaire espagnol. Au tournant des années 2000, Wafabank poursuit cette dynamique en reprenant la filiale marocaine de BBVA. La même période est marquée par le rachat de la Société Marocaine de Dépôt et de Crédit par la Banque Centrale Populaire, tandis qu’en 2003, la BMCI absorbe ABN AMRO Bank Maroc, filiale d’un grand établissement néerlandais. Parallèlement, la Caisse de Dépôt et de Gestion reprend la Banque Nationale pour le Développement Économique. Ces opérations successives ont progressivement renforcé l’ancrage local du secteur bancaire marocain.

Aujourd’hui, une nouvelle séquence de restructuration est à l’œuvre. Elle traduit la volonté de consolider des groupes bancaires nationaux capables de soutenir durablement l’économie. « Il faut rappeler que ces retraits résultent avant tout de choix stratégiques opérés par les banques étrangères elles-mêmes. Le marché connaît à la fois des sorties et l’arrivée de nouveaux acteurs », analyse l’économiste Adnane Benchekroun.

Un repositionnement stratégique

L’année 2022 marque un tournant avec l’entrée de Holmarcom dans le capital du Crédit du Maroc. Sous l’impulsion de Hassan Bensalah, le groupe a mobilisé ses structures financières pour reprendre le contrôle de la banque, illustrant la capacité du capital marocain à se positionner sur des actifs de premier plan. Cette opération a été perçue comme un signal fort : celui d’un secteur bancaire capable de s’appuyer sur des investisseurs nationaux solides pour accompagner les priorités économiques du pays.

Moins d’un an plus tard, l’annonce de la cession de Société Générale Maroc à un groupe marocain est venue confirmer cette tendance. Pour certains observateurs, ces mouvements traduisent un désengagement progressif des banques européennes du continent africain, au profit d’acteurs locaux mieux ancrés dans les réalités des marchés. Dans ce contexte, l’actionnariat du secteur bancaire marocain tend de plus en plus vers une majorité nationale. Le changement de nom de Société Générale Maroc, entériné lors de l’Assemblée Générale Extraordinaire du 24 juin, constitue un marqueur fort de cette transition. Ce rebranding symbolise la volonté d’affirmer une nouvelle identité et de repositionner durablement la banque sous pavillon marocain.

Pour rappel, dans cette nouvelle opération signée Holmarcom, la BMCI apparaît comme la dernière grande banque contrôlée par un groupe étranger, la filiale de BNP Paribas constituant l’ultime présence significative d’une banque française dans le Royaume.

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