À l’ouverture de la première édition du Salon Monétique National, le 10 décembre 2025 à Dakar, François Sène, directeur national de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (BCEAO), a mis en lumière l’enjeu stratégique des paiements numériques pour la souveraineté monétaire en Afrique de l’Ouest. S’exprimant sur le thème « Paiements numériques et inclusion financière : Enjeu de souveraineté monétaire en Afrique de l’Ouest », il a partagé son diagnostic précis et sa vision de l’avenir des paiements numériques dans la région.
Plaidoyer
Très vite dans son intervention, le directeur national de la BCEAO a insisté sur l’« essor rapide » des technologies de paiement par cartes, transactions en ligne ou portefeuilles électroniques qu’il considère comme une opportunité déterminante pour renforcer l’inclusion financière, réduire la pauvreté, et accompagner l’émergence économique. Ces innovations ont déjà prouvé leur impact dans l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine), a-t-il rappelé, notamment au Sénégal où elles ont permis à des millions de citoyens d’accéder à des services financiers auparavant inaccessibles.
Mais M. Sène va aussi appeler à la prudence dans son intervention. Le développement accéléré des paiements digitaux impose, dira-t-il, de relever plusieurs défis majeurs, notamment en matière de sécurité et de cybersécurité, de cadre réglementaire, d’éducation et de littératie financière. « Notre capacité à relever ces défis conditionnera l’efficacité réelle de la digitalisation au service des populations », a-t-il rappelé.
L’intervenant a ensuite présenté des chiffres qui témoignent du basculement du Sénégal vers le digital. En effet, fait-il noter, l’on dénombre plus de 14 millions de comptes de Mobile Money dans le pays qui revendique un taux d’utilisation de la monnaie électronique de 63,6%, et un taux d’inclusion financière global de 85,8% en 2024.
Pour François Sène, ces données confirment le rôle décisif de la monnaie électronique comme « catalyseur d’inclusion », notamment dans les zones rurales dépourvues d’infrastructures bancaires traditionnelles.
PSPI : un chantier majeur porté par la BCEAO
L’un des points centraux de son intervention concerne le lancement, le 30 septembre 2025, du Système de Paiement Instantané Interopérable (PSPI), piloté par la banque centrale. Une étape clé, a-t-il commenté. « Aujourd’hui, initier et recevoir des paiements instantanés, vers tout type de compte et à faible coût, est une réalité. »
François Sène a ensuite réaffirmé l’ambition du Programme régional d’inclusion financière (PRIF) : atteindre un taux d’inclusion financière de 90 % de la population adulte dans les six ans. Un objectif qu’il estime réalisable grâce à la digitalisation croissante des services financiers, la diversification des produits, et la poursuite des réformes structurelles.
Reconnaissant le rôle croissant de l’intelligence artificielle dans les services financiers, le directeur national de la BCEAO a toutefois averti que ces outils peuvent devenir des sources de vulnérabilité. Et d’insister sur la nécessité de développer des systèmes sécurisés pour prévenir notamment, les fraudes, les vols de données, et les attaques malveillantes.
