Le groupe Holmarcom a confirmé, dans un communiqué diffusé ce 12 décembre 2025, être entré en pourparlers exclusifs avec BNP Paribas pour l’acquisition de la participation majoritaire de 67 % détenue par la banque française dans le capital de la Banque Marocaine pour le Commerce et l’Industrie (BMCI). Cette mise au point intervient après la circulation de plusieurs informations sur le marché évoquant un rapprochement entre les deux institutions. Holmarcom, déjà actionnaire minoritaire de la BMCI depuis près de trois décennies, a ainsi souhaité clarifier sa position. Dans son communiqué, le groupe rappelle que son pôle Finance s’inscrit depuis plusieurs années dans une dynamique de croissance structurée, fondée sur un développement durable et une volonté d’accompagner l’évolution du secteur financier national. Le groupe précise qu’une communication officielle sera publiée « en temps voulu » si les discussions aboutissent à une transaction définitive, conformément aux exigences réglementaires et aux pratiques de transparence du marché.
Si elle venait à se concrétiser, cette opération consacrerait la sortie progressive de BNP Paribas du continent africain, après plusieurs cessions récentes de ses filiales dans la région, et marquerait le passage de la BMCI sous contrôle marocain intégral. Elle s’inscrirait dans le cadre d’une stratégie plus large de relocalisation des actifs bancaires entre les mains de groupes nationaux à forte assise.
Il faut le dire, avec la reprise de Crédit du Maroc en 2022 — un établissement affichant près de 70 milliards de dirhams d’actifs et environ 9 % des crédits du système — Holmarcom avait déjà sécurisé un premier socle bancaire crédible. L’option aujourd’hui ouverte sur la BMCI, dont le total bilan frôle les 85 milliards de dirhams et la part de marché oscille entre 5 % et 6 %, propulserait le groupe dans une tout autre catégorie : celle des acteurs capables de jouer, chiffres à l’appui, dans l’antichambre du trio souverain Attijariwafa Bank – BCP – Bank of Africa.
Dans ce duel policé avec Saham, désormais adossé aux actifs de Société Générale Maroc (100 milliards de dirhams d’actifs, environ 7 % du marché) et avec une cour assidue de CFG Bank, Holmarcom se doterait d’un deuxième pilier bancaire, renforçant mécaniquement son effet d’échelle, sa profondeur en corporate banking, et sa capacité à capter des flux internationaux jusqu’ici verrouillés par les multinationales françaises. En clair, la BMCI viendrait parachever une géométrie financière où chaque point de part de marché compte, et où la bataille pour la quatrième place prend des allures de revanche feutrée entre deux dynasties marocaines.
Au-delà de cette perspective, l’opération attire l’attention sur le profil du groupe Holmarcom, conglomérat familial fondé par feu Moulay Ali Bensalah et présidé par Mohamed Hassan Bensalah. Présent dans la finance, l’assurance, l’agro-industrie, l’immobilier, la logistique et l’aviation, Holmarcom s’est imposé au fil des décennies comme l’un des groupes les plus puissants du Royaume. Son pôle Assurance, articulé autour d’AtlantaSanad, occupe une place de premier plan dans le marché marocain, aux côtés d’activités connexes dans l’assistance, la réassurance et les services financiers. Au cours des dernières années, le groupe a par ailleurs accéléré son déploiement africain, notamment en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, à travers des investissements dans l’agro-industrie, le transport aérien — notamment en tant que partenaire stratégique d’Air Sénégal — et la logistique. Malgré cette diversification, Holmarcom n’avait encore jamais franchi le cap d’une présence directe dans la banque commerciale, son exposition au secteur se limitant jusqu’ici à une participation passive dans la BMCI.
L’éventuel rachat de la participation de BNP Paribas viendrait donc marquer une étape stratégique dans l’histoire du groupe Bensalah : pour la première fois, Holmarcom deviendrait opérateur bancaire à part entière (Crédit du Maroc ayant été une sorte de mise en bouche) , disposant d’un réseau national établi et d’une marque à forte notoriété. Cette évolution complèterait logiquement son écosystème financier, de l’assurance à la banque, et consoliderait sa place parmi les principaux conglomérats marocains à couverture multisectorielle.
Cette initiative s’inscrit aussi dans un contexte de recomposition du paysage bancaire marocain, marqué par la montée en puissance d’acteurs locaux. Le groupe Saham, fondé par Moulay Hafid Elalamy, a ouvert la voie en 2024 avec le rachat de Société Générale Maroc, rebaptisée Sogé Maroc. Si Holmarcom venait à finaliser la reprise de la BMCI, le marché marocain verrait émerger une rivalité directe entre deux grands groupes familiaux — Saham et Holmarcom — dont les ambitions convergent désormais dans la banque, après s’être longtemps affrontés dans l’assurance. Tout indique que d’un côté comme de l’autre, l’horizon porte à moyen terme sur un coup d’éclat majeur ou une alliance probable avec Bank Of Africa, ce qui de l’avis d’un analyste financier, simplifierait le schéma bancaire marocain.
Pour l’heure, Holmarcom insiste sur le caractère préliminaire des négociations avec BNP Paribas. Aucune décision définitive n’a encore été prise, et la transaction devra suivre l’ensemble des procédures d’agrément et de conformité imposées par les autorités de régulation. Mais si elle venait à aboutir, cette cession serait l’une des plus importantes opérations bancaires de la décennie au Maroc, symbolisant à la fois la fin d’un cycle de présence européenne dans le secteur et l’affirmation d’une nouvelle génération de champions financiers marocains.




