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Nouvelle offensive diplomatique de la France en Afrique : le « Gateway » de Macron

La tournée africaine de cinq jours que le président Emmanuel Macron a entamé jeudi par une visite d’Etat à l’Ile Maurice, –avant de se rendre en Afrique du Sud, au Gabon et en Angola–, vise à « redéfinir en profondeur la relation entre la France et le continent. »  Loin des enjeux militaires au Sahel que la France a dû quitter, l’accent est mis sur des partenariats économiques, culturels, mémoriels et environnementaux…

La tournée africaine de cinq jours que le président Emmanuel Macron a entamé jeudi par une visite d’Etat à l’Ile Maurice, –avant de se rendre en Afrique du Sud, au Gabon et en Angola–, vise à « redéfinir en profondeur la relation entre la France et le continent. »  Loin des enjeux militaires au Sahel que la France a dû quitter, l’accent est mis sur des partenariats économiques, culturels, mémoriels et environnementaux plus équilibrés, traduisant la volonté réaffirmée de dépasser l’héritage de la « Françafrique ».

Par Christine Holzbauer, à Paris

La tournée africaine du Chef de l’Etat français du 20 au 24 novembre dans quatre pays africains s’effectue au pas de course. En plus de surfer sur la tenue du G20 en Afrique du Sud, le 21, puis sur celle du sommet UE-UA en Angola, le 24, les deux visites d’Etat à Maurice et au Gabon se déroulent, elles-aussi, sous l’égide de l’Union européenne. Le programme « Global Gateway » de l’UE est la pierre angulaire de cette nouvelle approche de la France en Afrique, marquant une rupture claire avec le modèle historique de l’aide bilatérale, précise-t-on de sources élyséennes.

Car, déficit budgétaire -abyssal- de la France oblige, plus question d’une simple « révision diplomatique », mais bien d’une « manœuvre stratégique » pour sécuriser et diversifier la présence de Paris sur le continent. Dans un contexte de concurrence mondiale accrue, cette nouvelle donne économique, appuyée par un discours de « partenariat horizontal », marque une rupture significative avec les visites antérieures sur le continent. Passant du rôle de « bailleur de fonds bilatéral » à celui de « facilitateur d’investissements européens massifs », -axés sur le déploiement de quelque 300 PME en plus des majors du CAC 40-, la transition « assumée » de la France en Afrique donnedésormais la priorité aux affaires.

Une géographie économique ciblée

Vu de Paris, le choix des étapes est révélateur des nouvelles opportunités économiques et des marchés à fort potentiel, moins dépendants des liens historiques. La visite à l’Île Maurice, la première d’un Président français depuis 1993, permet de renouer le dialogue politique de haut niveau et de renforcer le statut de « voisin » stratégique de Maurice pour La Réunion et Mayotte. Elle doit également renforcer la sécurité maritime régionale (pêches illicites, trafic de drogue, migrations) avec un exercice de coopération entre les forces françaises (FAZSOI) et les garde-côtes mauriciens. La lutte contre la pollution plastique avec la rencontre du projet Plastic Odyssey (sensibilisation, recyclage viable) est également au programme. L’Agence française de développement (AFD) soutient,par ailleurs, le renforcement du réseau électrique et des accords sont prévus pour moderniser le secteur de l’eau face aux aléas climatiques. Enfin, un focus sur les jeux vidéo dans un cadre régional s’inscrit dans la promotion de la French Tech et des nouvelles technologies (IA, e-sport.)

L’étape sud-africaine, avec la participation au Sommet du G20 à Johannesburg, vise à renforcer la coopération économique bilatérale via le lancement officiel du Conseil d’Affaires franco-sud-africain. Son rôle sera de concrétiser des partenariats d’investissement entre les entreprises des deux pays, sur le modèle de l’initiative menée avec le Nigeria. A cette occasion, Emmanuel Macron parlera de la nécessité de « passer du rôle de prêteur à celui d’investisseur, du rôle de fournisseur à celui de partenaire coproducteur. » L’Afrique du Sud est l’un des pays leaders en Afrique. Il est naturel qu’elle soit la porte d’entrée de la nouvelle ambition de la France, commente un conseiller.

Même si la volonté affichée est d’impulser de nouvelles dynamiques dans la relation entre la France et l’Afrique,en privilégiant la jeunesse et les collaborations concrètes, l’étape gabonaise capitalisera sur le « potentiel pour des entreprises françaises dans l’exploitation de minerais. » Lors de la conférence de presse conjointe à Libreville, le 23, il est prévu que le Président français enterre définitivement la vision « verticale » véhiculée jusqu’ici par la Françafrique. « Ce que nous construisons, ici, est un partenariat d’égal à égal, un partenariat d’entrepreneurs pour la croissance mutuelle », affirmera-t-il, signifiant ainsi l’importance pour la France de sécuriser des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques. Ces ressources sont essentielles à la transition énergétique mondiale (batteries, éoliennes, panneaux solaires) et représentent un enjeu stratégique face à la concurrence mondiale. C’est pourquoi l’Elysée ne fait pas de mystère : l’une des préoccupations économiques majeures de cette tournée, notamment au Gabon et en Afrique du Sud, est de « répondre aux défis de connectivité et à la concurrence chinoise », indique-t-on.

L’alternative européenne

En Angola, pays lusophone clé pour l’énergie et les infrastructures et dernière étape avec la participation au sommet UE-UA de Luanda, le Président français insistera sur l’approche européenne. « L’heure n’est plus aux chèques bilatéraux, mais aux grandes plateformes d’investissement européen, comme le Global Gateway. Nous voulons mobiliser les 150 milliards d’euros pour construire ensemble l’avenir énergétique et numérique du continent », affirmera-t-il si l’on en croit une note de briefing à la presse du 19 novembre 2025. 

Pour Emmanuel Macron, l’important est de « ne pas créer de dépendance par la dette, mais de bâtir des ponts et des réseaux qui seront la propriété des partenaires africains. » C’est le sens des 150 milliards du Global Gateway destinés à booster les infrastructures africaines d’ici à 2027 en mettant l’accent sur la transparence, les normes sociales et environnementales, précise-t-on de sources élyséennes. Le géopolitologue François Lévesque préfère insister sur le caractère distinctif de l’initiative : « le Global Gateway n’est pas un plan Marshall, c’est un partenariat d’infrastructures. Il est crucial pour la France et l’Europe de proposer une offre de qualité, transparente et durable, face aux nouvelles routes de la soie », analyse-t-il.

Via ce programme, la France compte également orienterses efforts vers des secteurs clés jugés essentiels pour le développement et la souveraineté africaine. Que ce soit dans la transition énergétique, le numérique et la formation ou la santé et l’agro-industrie, les secteurs d’investissement ciblés confirment la volonté de Paris de s’ancrer dans l’avenir du continent. En Angola et en Afrique du Sud, la coopération sur l’hydrogène vert, le solaire et les infrastructures de transport électrique sera privilégiée. L’investissement dans les start-ups locales et les écoles professionnelles pour former la jeunesse africaine, ainsi que le déploiement de chaînes de production de médicaments ou la modernisation agricoleparticipent de la même logique : transformer une relation souvent critiquée en un partenariat d’affaires mutuellement bénéfique et tourné vers l’innovation. S’il réussit son examen de passage, Emmanuel Macron aura fait la preuve que son engagement en Afrique est,désormais, tourné vers le futur, l’investissement de qualité et la création d’emplois. 

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