Kinshasa a accueilli, le 14 novembre 2025, un Segment de Haut Niveau qui pourrait bien marquer un tournant dans la manière dont la région des Grands Lacs conçoit sa stabilité. Organisé en marge du 9ᵉ Sommet des chefs d’État de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), ce rendez-vous a réuni plus de 250 responsables publics, partenaires internationaux, banques de développement et acteurs économiques, témoignant d’un regain de dynamisme régional autour d’un agenda : l’intégration économique comme levier de paix.
Dès son discours d’ouverture, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka de la RDC a donné une tonalité résolument offensive à l’événement. Face à un parterre de ministres, diplomates et représentants d’institutions régionales, elle a appelé à un changement de paradigme pour une région souvent définie par ses crises. Et de plaider pour une « ère d’action concrète, de coopération sincère et de développement partagé », estimant que la paix durable dépend désormais de la capacité collective à investir dans les infrastructures, l’emploi et les échanges économiques.
La Première ministre a également rappelé le rôle stratégique de la RDC, située au croisement de cinq organisations régionales — CIRGL, SADC, COMESA, CEEAC, CAE. Une position qui, selon elle, confère au pays une « responsabilité historique » : celle de devenir un État intégrateur au service d’un espace régional plus cohérent.
L’économie comme terrain d’action
Au cours de la journée, les participants ont échangé autour de trois projets structurants considérés comme des catalyseurs d’intégration régionale : le Corridor de Lobito, qui relie la RDC, la Zambie et l’Angola à l’Atlantique ; le corridor ferroviaire Tanzanie–Burundi–RDC, nouvelle porte d’accès à l’océan Indien ; et le corridor routier RDC–Ouganda, pensé pour transformer des zones frontalières sensibles en zones de prospérité partagée.
Ces projets, déjà soutenus par des partenaires tels que la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD) ou l’Union européenne, incarnent la stratégie congolaise : miser sur les infrastructures pour renforcer les chaînes de valeur régionales et fluidifier les échanges.
Les discussions ont également mis en lumière un enjeu crucial : la coordination institutionnelle. Plusieurs intervenants ont appelé les communautés économiques régionales à éviter les chevauchements de mandats et à harmoniser leurs politiques pour gagner en efficacité.
Le Segment de Haut Niveau a rassemblé autour de la table l’Union africaine, l’Union européenne, les Nations unies, mais aussi des directions régionales de la Banque mondiale et de la BAD. Tous ont souligné que la diplomatie économique est aujourd’hui l’un des vecteurs les plus efficaces de stabilisation, à condition d’être adossée à des projets concrets et à des engagements financiers crédibles.
La présence de ministres sectoriels (transports, infrastructures, mines) a également témoigné d’une volonté politique de traiter l’intégration régionale comme une priorité transversale.
Floribert Anzuluni : “Pas de talk-show, mais des résultats”
En clôturant les travaux, le ministre de l’Intégration régionale Floribert Anzuluni a salué une mobilisation qui, a-t-il dit, « a osé sortir du cadre habituel ». Il a toutefois mis en garde contre les effets d’annonce sans suite, appelant à “éviter le simple talk-show” et à instaurer un suivi rigoureux des engagements.
Le ministre RD Congolais Il a également annoncé l’intention de son pays de pérenniser ce rendez-vous, en en faisant une plateforme annuelle inscrite dans l’agenda institutionnel de la CIRGL.
Avec ce Segment de Haut Niveau, Kinshasa envoie un signal clair : la région des Grands Lacs peut se transformer en misant sur l’économie, les infrastructures et les synergies régionales.
La RDC, qui a pris la présidence de la CIRGL, semble décidée à conduire cette dynamique. Reste désormais à traduire les ambitions en réalisations concrètes. Condition indispensable pour que la croissance devienne enfin un moteur de paix durable dans une région qui en a plus que jamais besoin




