La France et le Togo coorganisent, le 30 octobre 2025, une Conférence internationale sur la paix et la prospérité dans la région des Grands Lacs. En toile de fond : la guerre à l’Est de la RDC, la rivalité persistante entre Kinshasa et Kigali, et la volonté de repositionnement diplomatique de Paris sur un dossier où les médiations s’enchaînent sans résultat durable.
Une initiative franco-africaine sous le signe de la médiation
La « Conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs », prévue à Paris, est organisée à l’initiative de la France et du Togo, ce dernier agissant comme médiateur désigné de l’Union africaine (UA) pour cette région meurtrie.
Cette rencontre entend s’attaquer à la crise multidimensionnelle de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), marquée par une insécurité persistante, des violences sexuelles de masse, et une crise humanitaire majeure alimentée par les déplacements de populations.
Derrière l’intitulé diplomatique, les objectifs sont précis :
- Appeler la communauté internationale à une réponse coordonnée à l’urgence humanitaire ;
- Soutenir les processus de médiation existants (UA, États-Unis, Qatar) ;
- Promouvoir l’intégration économique régionale comme vecteur de paix durable.
Paris et Lomé, tandem stratégique
La tenue de cette conférence en marge du Forum de Paris sur la Paix n’est pas anodine. Elle permet d’inscrire la démarche dans un cadre de gouvernance mondiale tout en associant un acteur africain reconnu pour sa diplomatie silencieuse.
Depuis sa désignation comme médiateur par l’UA, le président Faure Gnassingbé s’emploie à tisser un fil de dialogue entre Kigali et Kinshasa, en lien discret avec les processus parallèles de Doha et de Washington.
Sa participation à la conférence de Paris confirme son rôle de pivot africain dans une architecture de médiation plus large.
Pour la France, cette initiative constitue une opération de repositionnement diplomatique. Sous la présidence Macron, Paris tente de restaurer son influence dans les affaires africaines, non plus par la force ni le paternalisme, mais à travers le multilatéralisme concerté et la coopération décentralisée avec les institutions africaines.
En convoquant Kigali et Kinshasa sur un même espace neutre, Paris espère créer les conditions d’un dialogue indirectdans un contexte de fortes tensions bilatérales.
Un carrefour diplomatique à haut risque
L’exercice reste délicat. Les acteurs impliqués — États-Unis, Qatar, UA, France et Togo — n’ont pas les mêmes priorités : sécurité, influence, économie ou légitimité régionale.
La conférence de Paris doit donc éviter l’écueil de la dispersion pour se poser comme interface de coordination entre ces initiatives multiples.
Mais au-delà des symboles, les défis demeurent :
- Aligner des agendas divergents et surmonter la méfiance entre Kigali et Kinshasa ;
- Convertir les promesses en actes, notamment sur le désarmement, la réintégration et la reconstruction des zones sinistrées ;
- Équilibrer urgence humanitaire et développement de long terme, condition indispensable à une paix structurelle.
Une opportunité diplomatique pour la RDC et un test pour Kigali
Pour la RDC, cette conférence représente une chance d’obtenir un ancrage multilatéral à la cause de l’Est et de replacer la région des Grands Lacs au cœur de l’agenda international.
Pour le Rwanda, il s’agit d’un test diplomatique : les accusations de soutien au M23, confirmées par plusieurs rapports, pèsent lourdement sur son image. Une adhésion visible aux efforts de paix constituerait un signal fort d’ouverture.
Entre ambitions et réalités
La Conférence de Paris du 30 octobre 2025 s’annonce comme un moment stratégique.
Elle combine diplomatie concertée, mobilisation humanitaire et ambition économique.
Mais sa réussite dépendra d’un facteur clé : la mise en œuvre.
Les observateurs surveilleront de près :
- les engagements financiers et techniques annoncés ;
- les mécanismes de gouvernance et de suivi post-conférence ;
- et surtout, les retombées concrètes pour les populations de l’Est congolais.
À défaut, cette initiative risque de rejoindre la longue liste des conférences bien intentionnées mais sans lendemain — un exercice de diplomatie sans impact réel sur la tragédie quotidienne des Grands Lacs.




