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Afreximbank : la fin d’un cycle, le début d’une transition

Légende photo: Les présidents successifs d’Afreximbank réunis au Caire : Christopher Edordu, Jean-Louis Ekra, Benedict Oramah et George Elombi — quatre dirigeants, quatre générations d’une même vision panafricaine de la finance et du commerce. Le 24 octobre 2025, au Caire, le professeur Benedict Oramah a livré son dernier discours en tant que président d’Afreximbank, trente et un ans après avoir rejoint…

Légende photo: Les présidents successifs d’Afreximbank réunis au Caire : Christopher Edordu, Jean-Louis Ekra, Benedict Oramah et George Elombi — quatre dirigeants, quatre générations d’une même vision panafricaine de la finance et du commerce.

Le 24 octobre 2025, au Caire, le professeur Benedict Oramah a livré son dernier discours en tant que président d’Afreximbank, trente et un ans après avoir rejoint l’institution qu’il a contribué à façonner. Dans une allocution dense, empreinte d’histoire et de lucidité stratégique, il a dressé un état des lieux de la banque, de ses chantiers et de ses contradictions. «Notre philosophie reposait sur la conviction que la seule voie viable pour le développement et l’émancipation économique de l’Afrique consistait à renverser méthodiquement la stratégie coloniale du “diviser pour régner” et du “diviser pour conquérir”, qui, pendant des décennies, ont maintenu l’Afrique et les peuples d’ascendance africaine dans la poussière du désespoir et de la résignation. », déclara-t-il dans une salle comble.

Oramah, économiste de terrain devenu stratège du développement continental, a rappelé les fondements d’une vision : faire d’Afreximbank un instrument de transformation structurelle du commerce africain, et non un simple guichet de financement. Son credo, forgé dès 2015, reposait sur une rupture assumée avec la logique d’assistance : bâtir la souveraineté économique par la circulation des biens, des capitaux et des idées au sein du continent. L’intra-africain comme levier d’émancipation, plutôt que le commerce extérieur comme dépendance perpétuelle. «Nous savions que pour qu’une transformation structurelle se produise, les positions établies devaient tomber. Mais nous savions aussi qu’elles ne tomberaient pas facilement ; ainsi, si nous choisissions d’engager ce combat, nous devions avoir le courage, la détermination, les compétences et la patience nécessaires pour le mener jusqu’au bout»,

Sous sa présidence, la banque a mené un véritable front institutionnel. Les infrastructures financières se sont empilées : la mise en œuvre opérationnelle de la ZLECAf, le lancement du système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), la création du fonds d’ajustement de la ZLECAf et du guichet d’assurance-transit, l’harmonisation de près de 500 normes industrielles, la tenue périodique des foires commerciales intra-africaines (IATF), ou encore le développement de zones économiques et de pôles industriels continentaux

. À cela s’ajoutent les interventions d’urgence : dix milliards de dollars injectés pendant la pandémie, deux milliards pour l’achat de vaccins, et une multiplication par huit du total de bilan, passé de six à quarante-quatre milliards de dollars.

Mais derrière l’inventaire, le message est clair : le chantier de la souveraineté africaine demeure inachevé. Oramah prévient — sans emphase — que les défis de la décennie à venir seront plus techniques, plus politiques aussi : l’endettement des États, la normalisation réglementaire, la discipline financière et la consolidation institutionnelle. Le président sortant évoque une Afrique toujours exposée aux chocs exogènes, mais désormais mieux outillée pour y résister.

En filigrane, ce discours marque aussi le passage à un autre cycle. Dr George Elombi, compagnon de route de longue date, devient président à son tour. Juriste de formation, il hérite d’une maison plus forte, mais plus exposée, dans un environnement où la conformité, la gouvernance et la maîtrise du risque souverain sont devenues des priorités existentielles.

Afreximbank entre ainsi dans une phase d’équilibre : après la construction, la consolidation ; après la conquête, la rigueur. La banque de l’intégration africaine devra désormais se mesurer à elle-même et à l’aune des agences de notation. 

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