L’agence américaine S&P Global Ratings a annoncé avoir placé la note souveraine de Madagascar (‘B-/B’) sous CreditWatch avec implications négatives, tout en abaissant son évaluation du transfert et de convertibilité (T&C) de ‘B’ à ‘B-’. Cette décision fait suite à la prise de pouvoir de l’armée, survenue après plusieurs semaines de manifestations antigouvernementales ayant conduit au départ du président Andry Rajoelina. L’agence évoque une « incertitude politique majeure » susceptible d’affaiblir la gouvernance, de retarder les réformes et de limiter l’accès du pays aux financements extérieurs.
Depuis le 25 septembre, un mouvement baptisé “Gen Z Mada” mobilise la jeunesse urbaine contre la pauvreté, les pénuries d’eau et d’électricité et la mauvaise gouvernance. Les protestations, marquées par des affrontements meurtriers, ont provoqué une crise politique d’ampleur. Le président Rajoelina a limogé son gouvernement le 29 septembre avant de perdre le soutien de l’unité d’élite CAPSAT, qui a rallié les manifestants. Le 15 octobre, l’armée a officiellement pris le contrôle de l’État, annonçant la dissolution du Sénat et de la Cour constitutionnelle, le maintien de l’Assemblée nationale et la nomination du colonel Mamy Randrianirina comme chef d’État par intérim, promettant des élections d’ici deux ans.
S&P estime que cette instabilité « pèsera sur la croissance, les finances publiques et la capacité de Madagascar à accéder à des financements concessionnels ». L’agence a révisé à la baisse ses prévisions de croissance à 3 % en moyenne sur 2025-2026, contre 4,1 % précédemment, et s’attend à un déficit budgétaire moyen de 5,3 % du PIB, contre 4,3 % auparavant. L’incertitude politique pourrait par ailleurs retarder les décaissements du FMI et de la Banque mondiale, alors que l’économie dépend largement de ces appuis extérieurs. Le FMI avait approuvé en juillet 2025 un décaissement de 106 millions de dollars, tandis que la Banque mondiale, la BAD et l’Union européenne apportaient un soutien budgétaire et technique crucial à l’État malgache.
S&P note toutefois que le risque de défaut immédiat demeure faible. La dette publique reste majoritairement concessionnelle — 81 % multilatérale et 17 % bilatérale —, avec une faible exposition commerciale (2 %). Les paiements au titre de la dette extérieure commerciale sont estimés à 20 millions USD en 2025 (0,1 % du PIB) et 56 millions en 2026 (0,3 % du PIB), tandis que le service de la dette intérieure représente environ 2 % du PIB. Le coût global de la dette resterait contenu, autour de 6,5 % des recettes publiques entre 2025 et 2028.
L’agence prévoit de réexaminer la situation dans les trois prochains mois. Une transition politique ordonnée, le maintien des institutions clés et la poursuite du service de la dette pourraient conduire à la levée du CreditWatch. À l’inverse, une aggravation de la crise ou un retrait prolongé des bailleurs risquerait d’entraîner une nouvelle dégradation. Pour l’heure, Madagascar replonge dans une zone d’instabilité chronique, entre incertitude politique, vulnérabilité économique et fragilisation de la confiance internationale
