Le 15 octobre 2025, en marge des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a livré une déclaration sans équivoque : les institutions de Bretton Woods doivent revenir à leurs « missions fondamentales » et s’éloigner des «thématiques périphériques » comme le climat ou le genre. Sous couvert d’efficacité et de discipline budgétaire, le représentant de l’administration Trump a rappelé que Washington reste « en première ligne » pour refaçonner la gouvernance économique mondiale selon les priorités américaines.
Pour M. Bessent, la Banque mondiale et le FMI doivent se concentrer sur la stabilité macroéconomique, la discipline budgétaire et la croissance portée par le secteur privé, non sur les «considérations non essentielles » qui « diluent leurs mandats ». Il se félicite d’ailleurs que le FMI ait décidé de fusionner ses unités “climat” et “genre” en une direction centrée sur la politique macro-financière, et que la Banque mondiale ait levé l’interdiction de financer le nucléaire. Mais le ton est surtout critique : Washington exige « plus de résultats, plus de redevabilité et moins de bureaucratie », avec des budgets plafonnés, des salaires gelés pour les directions et la fin de ce qu’il appelle « l’inflation administrative ». Le Trésor américain met aussi la pression pour réduire les prêts récurrents du FMI, accusés de maintenir certains États « dans une dépendance chronique» plutôt que de les aider à regagner leur autonomie financière.
Fin du “green multilatéralisme” ?
Le passage le plus marquant du discours vise la Banque mondiale : Bessent lui reproche sa politique climatique jugée trop coûteuse et idéologique. Il appelle à supprimer l’objectif des 45 % de co-bénéfices climatiques et à financer « toutes les sources d’énergie abordables et fiables », y compris le gaz, le pétrole et le charbon, au nom de la croissance et de la lutte contre la pauvreté.
Cette sortie marque une rupture avec la ligne suivie depuis 2019 par l’institution, qui visait à aligner ses financements sur l’Accord de Paris. Pour Washington, « l’abondance énergétique crée l’abondance économique ». Le mot d’ordre est clair : priorité à l’énergie bon marché, même fossile, plutôt qu’à la transition.
Derrière le discours technique, une cible se devine : la Chine. Le secrétaire au Trésor estime que le FMI doit scruter les politiques industrielles des grandes économies et leurs « déséquilibres externes », une référence explicite à Pékin, accusé de manipuler ses avantages comparatifs. Par ailleurs, il appelle la Banque mondiale à cesser tout soutien à la Chine, arguant que ses ressources doivent être réservées aux pays les plus pauvres. Cette ligne rejoint la doctrine du « découplage stratégique » déjà affirmée par la Maison-Blanche.
Sous des airs de réforme, la déclaration de Bessent traduit une volonté de reprise en main politique des institutions financières internationales. En prônant une conditionnalité plus stricte, une réduction des dépenses internes et une orientation pro-fossile, les États-Unis cherchent à replacer les priorités nationales américaines au cœur de la gouvernance mondiale.
« America First ne signifie pas America alone », a conclu Bessent. Une formule qui, sous des apparences de coopération, sonne comme un rappel de l’hégémonie américaine sur les leviers multilatéraux. À Washington, la Banque mondiale et le FMI ont été publiquement sommés de s’aligner — ou de s’effacer.
