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J-3 des Assemblées du FMI : les couloirs de la dépendance

Par Rodrigue Fénelon Massala, envoyé spécial à Washington À Washington, la bruine d’octobre se mêle à l’agitation feutrée des préparatifs. Dans trois jours, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ouvriront leurs Assemblées annuelles, ce rituel moderne où les nations viennent tour à tour confesser leurs dettes, plaider leur cause et négocier une respiration. Les délégations africaines arrivent…

Par Rodrigue Fénelon Massala, envoyé spécial à Washington

À Washington, la bruine d’octobre se mêle à l’agitation feutrée des préparatifs. Dans trois jours, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ouvriront leurs Assemblées annuelles, ce rituel moderne où les nations viennent tour à tour confesser leurs dettes, plaider leur cause et négocier une respiration.

Les délégations africaines arrivent les premières. Les hôtels se remplissent de technocrates tirés à quatre épingles, d’économistes épuisés, de communicants aux téléphones collés à l’oreille. Dans les couloirs du siège du FMI, la même scène se répète chaque année : des visages tendus, des sourires calculés, des dossiers reliés de bleu. Derrière chaque rendez-vous, l’espoir d’un programme, d’un prêt, d’une prolongation.

Washington, ces jours-ci, a des allures d’ombudsman planétaire — un tribunal sans robe ni sentence, où la pauvreté se décline en pourcentages et où l’endettement s’exprime en ratios.


L’Afrique en quête d’air

Sur les trente pays africains représentés, plus de la moitié flirtent avec la ligne rouge du surendettement. Les économistes appellent cela la « soutenabilité » : un mot pudique pour dire la survie. Derrière les acronymes — FEC, MEDC, SDR — se cachent des hôpitaux sans médicaments, des enseignants sans salaire, des routes à moitié construites.

Les ministres viennent avec la même phrase, polie, douloureuse : “Nous avons besoin d’un appui budgétaire.” Certains la prononcent avec dignité, d’autres avec lassitude. Le FMI les écoute, note, sourit. Les procédures sont longues, les critères techniques, les montants dérisoires face aux promesses du Sommet de Paris ou du G20.

Chaque année, les mots changent, mais la musique reste la même : stabilité macroéconomique, discipline budgétaire, réformes structurelles. Les pays changent aussi — Zambie hier, Ghana aujourd’hui, Tunisie demain. L’Afrique tourne dans le manège des ajustements, sans jamais descendre.


Les dieux de la finance et les suppliants

Au troisième jour des discussions préparatoires, la directrice générale du FMI prend la parole devant un parterre de diplomates et de banquiers. Ton grave, posture bienveillante. Elle évoque la nécessité d’« accélérer le financement du développement durable, de l’éducation, de la santé ». Elle appelle à « veiller à ce que les fonds parviennent aux plus vulnérables ». Les applaudissements sont polis, la formule connue.

Dans une salle voisine, le président de la Banque mondiale s’inquiète du manque de ressources pour les pays à faible revenu. On parle d’innovation financière, de “green bonds”, de climat et de résilience. Mais derrière la vitrine verte, le constat est brutal : les institutions de Bretton Woods sont à court de souffle, prisonnières de leur gouvernance et de la fragmentation géopolitique.

Les États-Unis, la Chine et l’Europe se disputent l’influence. Les réformes de quotas stagnent. Les grandes puissances promettent de « repenser le système multilatéral » tout en gardant la clé du coffre. Les pays africains, eux, assistent à la pièce depuis les sièges du fond.


Le grand malentendu

On dit que le FMI a changé. Qu’il n’est plus le médecin brutal des années 1980, mais un partenaire de la résilience. Les documents officiels parlent d’inclusivité, de transition verte, d’équité des genres. Mais sur le terrain, les réalités demeurent : conditionnalités, lenteurs, audits, missions d’évaluation.

Le fossé entre la promesse et la pratique se creuse. À la table ronde sur le climat, un ministre africain résume tout d’un sourire amer :

« Vous nous demandez de verdir nos économies, mais vous ne nous laissez même pas respirer. »

Cette phrase circule dans les couloirs, reprise à voix basse, comme un proverbe discret.


La liturgie de l’endettement

Les Assemblées du FMI ne sont pas seulement un événement financier : ce sont des liturgies de la dépendance, où la misère s’habille de PowerPoint et la diplomatie de tableaux Excel. Chaque année, on y vient pour demander la même chose : un peu de temps, un peu de marge, un peu d’air.

L’Afrique, fatiguée mais digne, continue d’y croire. Entre deux panels sur la gouvernance et un cocktail sur “l’innovation inclusive”, elle espère toujours ce moment de grâce où un communiqué évoquera, même à demi-mot, la relance d’un programme ou la remise d’un échéancier.

Et lorsque, vendredi, la directrice générale du FMI conclura les travaux par son traditionnel “Together, we can build a fairer world”, les applaudissements retentiront une fois de plus dans la grande salle. Puis les délégations rentreront, les rapports sous le bras, les budgets encore en suspens — en attendant, l’année prochaine, de revenir courir après le même programme.


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