Le 10 octobre 2025, S&P Global Ratings a relevé la note de crédit souveraine à long terme de l’Égypte de « B- » à « B », tout en confirmant la note à court terme à « B ». L’agence a également relevé l’évaluation du transfert et de la convertibilité à « B », contre « B- » précédemment. La perspective demeure stable.
Croissance et réformes macroéconomiques
Ce relèvement reflète les réformes menées depuis 2024, notamment la libéralisation du régime de change intervenue en mars 2024, qui a favorisé un rebond de la croissance à 4,4 % en 2025, après 2,4 % en 2024. S&P anticipe une croissance moyenne de 4,8 % entre 2026 et 2028.
La politique de change flexible a renforcé la compétitivité du pays et attiré de nouveaux flux financiers, dont le projet d’investissement immobilier de 35 milliards USD du fonds souverain d’Abu Dhabi (ADQ) à Ras El-Hekma, sur la côte nord. Ces entrées de devises, combinées au soutien du Fonds monétaire international (FMI) et d’autres bailleurs, ont consolidé la position extérieure du pays.
Finances publiques : excédent primaire et dette élevée
L’exercice budgétaire clos le 30 juin 2025 s’est soldé par un excédent primaire de 3,5 % du PIB et un déficit global de 7,1 % du PIB. La dette publique s’établit à 82 % du PIB, avec une charge d’intérêts représentant 73 % des recettes.
S&P prévoit une réduction progressive du ratio dette/PIB à 72 % d’ici 2028, soutenue par la hausse des recettes fiscales et la maîtrise des dépenses. L’excédent primaire devrait être maintenu au-delà de 2026.
La Banque centrale d’Égypte (CBE) a relevé son taux directeur à 27,25 % en mars 2024, avant d’amorcer une baisse progressive dès avril 2025, avec une réduction de 100 points de base en septembre 2025. L’inflation, qui atteignait 34 % en 2024, a reculé à 21 % en 2025, et devrait se stabiliser autour de 10 % sur la période 2025-2028.
Position extérieure : amélioration des flux et des réserves
Le déficit du compte courant est passé de 5,4 % du PIB en 2024 à 4,2 % en 2025, grâce à la hausse du tourisme, des transferts de la diaspora et des exportations. S&P attend un déficit moyen de 4 % du PIB entre 2026 et 2028. Les réserves de change devraient atteindre 42 milliards USD en 2028, contre environ 35 milliards USD en 2024.
La dette extérieure nette, corrigée des actifs liquides, devrait reculer à 84 % des recettes du compte courant d’ici 2028, contre 134 % en moyenne sur 2021-2024.
Soutien international et privatisations
Le programme du FMI, porté à 8 milliards USD et prolongé jusqu’en 2026, reste un ancrage essentiel pour la politique économique. L’Union européenne a annoncé en 2024 un paquet de 7,4 milliards €, dont 5 milliards € de prêts concessionnels. Le Qatar a également prévu 7,5 milliards USD d’investissements additionnels.
Le gouvernement prévoit la cession partielle d’entreprises publiques, notamment dans les secteurs bancaire et industriel : Banque du Caire, AlexBank, Misr Pharma, Gabal El-Zeit Wind Farm, et CID Pharma. La vente de 30 % du capital de United Bank of Egypt en décembre 2024 a rapporté 4,6 milliards EGP (94 millions USD).
Environnement institutionnel et perspectives
Réélu en décembre 2023 avec 89,6 % des voix, le président Abdel Fattah al-Sissi devrait poursuivre les réformes structurelles prévues par le programme du FMI, dont la réduction du rôle de l’État dans l’économie et l’élargissement de la base fiscale.
S&P souligne toutefois que le service de la dette demeure un facteur de vulnérabilité budgétaire, malgré la solidité du secteur bancaire local, dont le ratio prêts/dépôts reste faible (54 %) et les dépôts progressent d’environ 25 % par an.
Scénarios
- Scénario positif : un renforcement plus rapide que prévu des positions budgétaires et extérieures, soutenu par des ventes d’actifs publics ou une hausse des IDE, pourrait justifier un nouvel ajustement à la hausse.
- Scénario négatif : un affaiblissement de la discipline macroéconomique ou une résurgence des tensions extérieures et monétaires pourrait entraîner une dégradation.
