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UNESCO : Grandes manœuvres autour du vote de la France pour remplacer Audrey Azoulay

Le prochain candidat élu au poste de directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) prendra ses fonctions fin novembre, après avoir été intronisé par la 25ème assemblée générale, mais c’est lundi 6 octobre que se déroule le vote des 58 Etats membres du Conseil exécutif pour le…

Le congolais Firmin Edouard Matoko (ici à gauche) et l'égyptien Khaled El-Enany dans un duel serré pour succéder à la française Audrey Azoulay.

Le prochain candidat élu au poste de directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) prendra ses fonctions fin novembre, après avoir été intronisé par la 25ème assemblée générale, mais c’est lundi 6 octobre que se déroule le vote des 58 Etats membres du Conseil exécutif pour le désigner. Jusqu’au dernier moment le suspens aura été haletant pour savoir qui, de l’Egyptien Khaled El-Enany ou du Congolais Firmin Edouard Matoko, va l’emporter. Le vote de la France, d’abord acquis à l’Egypte, est très courtisé. Décryptage.

Du jamais vu cette élection du nouveau directeur général de l’Unesco en remplacement d’Audrey Azoulay. En 2017, quand la Française dont la famille est originaire d’Essaouira (Maroc) avait finalement été élue au 5eme tour de scrutin, -elle aussi après une campagne tardive-, elle a dû affronter pas moins de huit candidats ! Rien de tel, cette fois-ci, puisqu’après le désistement de la Mexicaine Gabriela Ramos annoncé le 25 août dernier, seulement deux candidats se retrouvent dans la course.

Le premier à s’être déclaré en avril 2023, l’ancien ministre du tourisme et des antiquités d’Egypte de 2016 à 2022, Khaled El Enany, 54 ans, a longtemps été considéré comme favori. D’autant que c’est la troisième fois que l’Egypte présente un candidat à la tête de l’organisation qui n’a jamais eu, non plus, jusqu’ici de dirigeant issu du monde arabe. L’Egyptologue et homme politique égyptien est en campagne depuis deux ans.Il peut se targuer d’avoir le soutien de l’Union africaine, de la Ligue arabe ainsi que de la France, l’Espagne, la Turquie, l’Allemagne et le Brésil.

Face à lui, Firmin Edouard Matoko, 69 ans, Sous-directeur général pour la Priorité Afrique et les Relations extérieures de l’Unesco jusqu’en mars 2025, très apprécié au sein de l’organisation où il a été rappelé par Audrey Azoulay « qui m’a encouragé à déposer ma candidature pour lui succéder », a-t-il confié à Financial Afrik. L’économiste et diplomate congolais, qui parle couramment cinq langues, a mis les bouchées doubles au cours des derniers mois pour rattraper son retard, ne ménageant ni son temps, ni sa peine. Non sans succès.

Soutien africain

Discret sur ses soutiens même si des informations ont fuité selon lesquelles il aurait obtenu celui des 13 pays africains du Conseil exécutif, le « couteau suisse » de l’Unesco, -comme le surnomme affectueusement ses pairs-, a sillonné l’Afrique, l’Asie puis l’Amérique latine afin de convaincre les états « grands électeurs » qu’il était le candidat « le plus sûr » dans le contexte international actuel, très mouvementé, pour préparer le futur de l’Unesco

A commencer par le nouveau retrait des Etats unis, certes « attendu » avec le retour de Donald Trump aux affaires, mais qui va néanmoins peser lourdement dans les finances de l’organisation. Celle-ci va se retrouver amputée, dès 2026, de près du quart des ressources (22% en 2024) qu’elle tire des contributions de ses 194 Etats membres. « Il faudra bien que les deux candidats, -quel que soit celui qui sera élu-, trouve les moyens de pallier ce manque. Lors de leurs auditions devant le Conseil exécutif, le 9 avril dernier, c’était d’ailleurs l’un des points clés dans leur programme qui a été passé au crible », commente un membre de l’association des jeunes leaders africains à l’Unesco.

Il se réjouit, par ailleurs, que « malgré un retard à l’allumage », le candidat congolais ait pu bénéficier du soutien de son pays « jusqu’au plus sommet de l’Etat » et de l’accompagnement par les plus hautes autorités lors de chacun de ses déplacements. Signe de la détermination de Brazzaville de mener son candidat à la victoire, une ultime rencontre à l’ambassade du Congo en France a eu lieu samedi 4 octobre, soit deux jours avant le scrutin, à laquelle ont participé pas moins de quatre ministres congolais dont le ministre de la communication et des médias, porte-parole du gouvernement, Thierry Moungala, celui des affaires étrangères, Jean Claude Gakosso, de la recherche scientifique et de l’innovation technologique, Gilbert Kabanda Kurhenga, et de l’éducation, Jean-Luc Moutou.

Faire changer d’avis l’Elysée

Le but de toutes ses grandes manœuvres, selon le Président du Comité Europe Afrique qui a initié cette réunion, est d’influer sur le vote de la France. Celle-ci a apporté son soutien au candidat égyptien avant même le voyage du président Macron au Caire et à Alexandrie, le 8 avril dernier. Voyage auquel Khaled El-Enany a été étroitement associé et a participé, selon des sources élyséennes. Pour contrer ce lobbying de l’Egypte, un « comité mondial de soutien pour l’élection de Fimin Edouard Matoko », présidé par Christophe Bastid, chirurgien français et consul honoraire du Capt Vert à Marseille, a été créé pendant l’été.

Son secrétaire général, le professeur Noel Magloire Ndoba, n’en démord pas : « La France n’aurait pas dû se précipiter dans son soutien au candidat égyptien, compte tenu du contexte d’instabilité mondiale. Mais il est toujours temps pour elle de rétropédaler », affirme cet éminent économiste. Il en veut pour preuve l’audition de son candidat par l’assemblée nationale, le 30 septembre, sous la présidence de Nadège Abomangoli, vice-présidente de la Commission des Affaires étrangères, en présence de Bruno Fuchs, président de la Commission des Affaires étrangères, de quelques députés, membres de la Commission, de diplomates africains et antillais. Dans leurs interventions, les deux députés ont fustigé le choix de l’exécutif français, promettant de faire remonter « au nom de la Représentation nationale » leur souhait que l’occupant de l’Elysée revoie sa position.

Sans attendre, une dizaine de députés PS et écologistes ont adressé à Emmanuel Macron une lettre ouverte demandant que la France retire son soutien au candidat égyptien. Parmi les signataires, la députée socialiste Ayda Hadizadeh qui, dans une libre tribune intitulée « préserver l’UNESCO, préserver l’universel », dénonce la rupture des équilibres géographiques : « la présidence du Conseil exécutif de l’UNESCO est acquise au Qatar et le choix de la France de soutenir la candidature égyptienne à la direction générale placerait l’organisation sous le contrôle d’un même bloc régional. Ce serait une rupture inédite avec les principes fondateurs de l’ONU : l’équilibre géographique et la vocation universelle », écrit l’élue de la 2eme circonscription du Val d’Oise.

Sur les chances de Firmin Edouard Matoko d’atteindre le quorum de 30 voix indispensable pour être élu dès le premier tour, le professeur Ndoba est plus dubitatif. « Il est probable que si nous gagnons, ce sera au 2eme tour, compte tenu des abstentions probables au 1er tour, à commencer par celle des Etats-Unis », commente-t-il. Face à la levée de boucliers en France, il est peu probable que la note du Quai d’Orsay de novembre dernier préconisant que la consigne de vote en faveur du candidat égyptien soit maintenue « à tous les tours du scrutin » soit respectée. De surcroit, plusieurs députés européens ont tiré la sonnette d’alarme sur un méga projet touristique dans le Sinaï, arguant que la candidature égyptienne était incompatible avec la station balnéaire en construction près du monastère Sainte-Catherine, considéré comme un site d’une valeur universelle exceptionnelle (VUE) par l’Unesco. Autant de rebondissements de dernière minute qui devraient rééquilibrer les votes.

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