Le marché nigérian de l’assurance entre dans une nouvelle phase avec la mise en œuvre d’un exercice de recapitalisation qui s’achèvera en juillet 2026. Les compagnies, confrontées à la difficulté de mobiliser de nouveaux capitaux, s’exposent à une vague de fusions, d’acquisitions ou, à défaut, de liquidations forcées.
Cette transformation s’inscrit dans le cadre de la loi sur la réforme du secteur des assurances au Nigéria (NIIRA 2025), adoptée le 31 juillet 2025. La Commission nationale des assurances (NAICOM) a ainsi lancé un programme de recapitalisation de douze mois, basé sur un modèle de capital assis sur le risque (RBC), afin de renforcer la solidité financière des assureurs et réassureurs du pays.
La NIIRA 2025 a fixé de nouveaux seuils de capital minimum (MCR) beaucoup plus élevés, notamment, 10 milliards de nairas (6,7 M USD) pour l’assurance-vie (contre 2 milliards auparavant),15 milliards de nairas (9,98 M USD) pour l’assurance non-vie (contre 3 milliards). Également 25 milliards de nairas (16,6 M USD) pour les assureurs composites (contre 5 milliards),35 milliards de nairas (23,3 M USD) pour les réassureurs (contre 10 milliards). Autrement dit, les exigences ont été multipliées par 3,5 à 5 selon les segments.
Pour encadrer ce processus, la NAICOM a mis en place un comité de suivi, tandis que l’Association des assureurs nigérians (NIA) a réaffirmé l’engagement de ses membres à respecter ces nouvelles obligations.
Du côté des compagnies, certains acteurs affichent déjà leur préparation. Temitope Borishade, président de Guinea Insurance Plc, souligne que son entreprise dispose d’un plan de recapitalisation validé par les actionnaires, gage de résilience et d’opportunités de croissance future. De son côté, Chukwuemeka Akwiwu, directeur exécutif de Continental Reinsurance Plc, insiste sur la nécessité d’une gouvernance rigoureuse : « Le capital est éphémère. Seules des structures solides de gouvernance permettent non seulement de le préserver, mais aussi d’en maximiser l’impact ».
Malgré ces engagements, les analystes prévoient une restructuration profonde du marché. Plusieurs fusions, acquisitions et liquidations sont attendues, compte tenu des difficultés de nombreuses compagnies à atteindre les seuils requis. Un dirigeant de premier plan du secteur estime déjà à « au moins cinq fusions, trois acquisitions et trois liquidations » le mouvement de consolidation à venir.
Toutefois, des inquiétudes demeurent. Plusieurs observateurs jugent le délai de 12 mois insuffisant, au vu de la conjoncture économique et de la faible pénétration du marché (1,2 % de la population assurée pour plus de 200 millions d’habitants). Ces derniers soulignent également que l’expérience de 2003 démontre que sans un environnement économique solide et une meilleure pénétration, les assureurs peineront à lever de tels montants.
À moins d’un sursaut, les compagnies d’assurance nigérianes n’auront d’autre choix que de multiplier les levées de fonds dans les prochains mois pour éviter une disparition pure et simple.
