L’inauguration en grande pompe, ce mardi 9 septembre 2025, du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) par Addis-Abeba sonne comme une réussite nationale. Mais derrière ce projet hautement stratégique se cache un véritable risque d’instabilité régionale pour les années à venir : la gestion non consensuelle du Nil.
Le désaccord autour du GERD s’enracine dans les anciens traités du Nil (1929 et 1959), qui garantissaient à l’Égypte et au Soudan la majorité des eaux et un droit de veto sur les projets. Ensuite, l’Initiative du bassin du Nil de 1999 a permis d’instaurer une gestion coopérative entre les pays du bassin du Nil.
Entre volonté hégémonique et posture unilatérale
L’Accord-cadre de coopération sur le bassin du Nil, ou Accord d’Entebbe, signé en Ouganda en 2010 et ratifié en 2024, visait à établir une gestion équitable et durable du Nil. Ce qui supprimait de facto le droit de veto historique de l’Égypte sur tout projet en amont, poussant ainsi Le Caire et Khartoum à se retirer de l’Initiative du bassin du Nil.
Au-delà de sa volonté de maintenir sa position historique dominante sur le Nil, l’Égypte, qui considère le GERD comme une « menace existentielle », dit redouter une perte annuelle d’environ 15 milliards de m³, des risques accrus en période de sécheresse et une menace directe pour ses terres agricoles si le barrage éthiopien venait à faillir.
En réaction au GERD, Le Caire réclame un accord trilatéral contraignant avec le Soudan et l’Éthiopie sur le remplissage et l’exploitation du barrage, tout en cherchant à ramener ses voisins à l’initiative initiale du bassin du Nil, fondée sur le principe du consensus et de non-préjudice.
Pour anticiper une éventuelle crise hydrique, le Caire déploie aussi un plan national d’économie et de rationalisation de l’eau. Tout en gardant ouvertes les options diplomatiques en saisissant le Conseil de sécurité de l’ONU, l’Égypte entend faire plier l’Éthiopie sur sa démarche solitaire. En dernier recours, le général Al-Sissi n’exclut pas des mesures de défense si la sécurité hydrique de l’Égypte était directement compromise.
L’Éthiopie qui, de son côté rejette tout impact du GERD sur ses voisins égyptiens et soudanais, envisage de développer d’autres projets similaires sur le Nil. Une éventualité que Le Caire considère comme une ligne rouge, faisant ainsi craindre une confrontation directe dans la région.




