Le Caire, 29 août 2025 – La principale agence chinoise, China Chengxin International Credit Rating (CCXI), vient de confirmer la note AAA/Stable d’Afreximbank. Cette reconnaissance intervient alors que la Banque traverse un moment charnière, marqué à la fois par un changement de gouvernance et par une fracture de plus en plus nette entre agences de notation asiatiques et occidentales.
En avril dernier, Afreximbank avait levé 2,2 milliards de RMB (303 M$) sur le marché interbancaire chinois, avec un coupon de 2,99 %, dans le cadre de son premier « Panda bond ». Une opération sursouscrite, saluée comme une percée stratégique. Quelques mois plus tôt, en novembre 2024, la Banque avait également marqué les esprits avec une émission Samurai de 530 M$ au Japon, bénéficiant de la note A-/Stable de la Japan Credit Rating Agency (JCR).
Un changement de gouvernance
Cette séquence intervient dans un contexte de transition managériale. Après près d’une décennie à la tête de l’institution, Benedict Oramah, figure marquante de la montée en puissance d’Afreximbank, a quitté ses fonctions. Il laisse l’héritage d’une Banque qui s’est affirmée comme acteur central du financement du commerce africain, multipliant les innovations financières et renforçant son rôle contre-cyclique durant les crises récentes.
Son successeur, Dr Dr George Elombi , tout juste installé, a placé son mandat sous le signe d’un double engagement :
- poursuivre l’ancrage panafricain, en consolidant le rôle d’Afreximbank comme outil collectif au service des États membres du continent ;
- porter le concept du “Global Africa”, soit la reconnexion historique entre l’Afrique et sa diaspora, notamment les 13 États caribéens membres de la Banque. L’idée centrale : bâtir un pont financier, économique et culturel entre le continent et sa diaspora, en transformant Afreximbank en catalyseur d’une intégration élargie.
Ce repositionnement stratégique tombe à point nommé, alors que les marchés asiatiques reconnaissent de plus en plus la pertinence systémique de l’institution.
Des écarts de notation qui pèsent sur le coût du capital
Le contraste est marqué :
- AAA chez CCXI (Chine) et A- chez JCR (Japon) ;
- BBB- chez Fitch et Baa2 chez Moody’s, toutes deux plus réservées, soulignant la qualité hétérogène des actifs et l’exposition accrue aux souverains fragiles.
Ces écarts se traduisent directement en termes de coûts :
- 2,99 % en RMB sur 3 ans,
- 2,6 % à 2,9 % en JPY sur 3 à 5 ans,
contre 4,6 % à 5,0 % en USD, soit un différentiel défavorable de 160 à 230 points de base pour les financements en dollars.
À noter que depuis 2018, Afreximbank a vu ses notations évoluer différemment selon les blocs :
- 2018–2019 : reconnaissance des agences occidentales, notes solides en investment grade.
- 2020 : la pandémie entraîne un durcissement des perspectives en Occident.
- 2021–2023 : montée en puissance des financements thématiques et premiers signaux positifs des agences asiatiques.
- 2024–2025 : fracture ouverte : l’Asie accorde sa confiance maximale, l’Occident resserre ses marges.
Aux origines des divergences, nous relevons que les agences asiatiques accordent une forte pondération au mandat public, au rôle contre-cyclique et au statut de créancier privilégié. Pour leur part, les agences occidentales mettent l’accent sur la transparence IFRS, les ratios prudentiels et le traitement des expositions souveraines fragiles.
Perspectives : Global Africa comme levier stratégique
Sous son nouveau leadership, Afreximbank entend capitaliser sur la dynamique asiatique tout en adressant les critiques occidentales. L’institution mise sur :
- Une amélioration tangible de la qualité d’actifs, avec un objectif de ramener les créances douteuses sous 3 %.
- Une transparence accrue des publications financières, en ligne avec les standards IFRS les plus stricts.
- Un dialogue renforcé avec les agences occidentales, pour faire reconnaître la validité juridique et pratique du statut de créancier privilégié.
- Le Global Africa : l’intégration des diasporas caribéennes et d’ailleurs comme contrepoids géopolitique et financier, élargissant la base de soutien institutionnel et d’investisseurs.
En d’autres termes, Afreximbank joue désormais sur deux fronts : profiter pleinement de la confiance asiatique pour abaisser ses coûts de financement, et construire pas à pas une trajectoire de crédibilité occidentale. Une stratégie qui pourrait, à l’horizon 2026–2027, rapprocher les notations, tout en donnant corps au projet d’une Afrique globalisée, financièrement connectée à sa diaspora.
