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Millionnaires et milliardaires : l’Afrique francophone reste en marge

L’Afrique demeure une terre de contrastes lorsqu’il s’agit de la répartition de la richesse. Le Africa Wealth Report 2025, publié le 26 août par Henley & Partners en partenariat avec New World Wealth, dresse un panorama saisissant des élites économiques du continent. On y découvre que l’Afrique abrite désormais 25 milliardaires, 348 centi-millionnaires(patrimoines supérieurs à 100 millions de…

L’Afrique demeure une terre de contrastes lorsqu’il s’agit de la répartition de la richesse. Le Africa Wealth Report 2025, publié le 26 août par Henley & Partners en partenariat avec New World Wealth, dresse un panorama saisissant des élites économiques du continent. On y découvre que l’Afrique abrite désormais 25 milliardaires348 centi-millionnaires(patrimoines supérieurs à 100 millions de dollars) et 122 500 millionnaires en dollars. Mais derrière ces chiffres flatteurs se cache une réalité plus inégalitaire : la richesse est fortement concentrée dans une poignée de pays, tandis que l’Afrique francophone — à l’exception du Maroc et de Maurice — reste largement en marge de cette cartographie de l’opulence.

Un top 5 qui écrase le reste

Cinq marchés dominent sans partage. L’Afrique du Sud, première économie industrialisée du continent, concentre à elle seule 41 100 millionnaires, soit 34 % de la population fortunée africaine. Elle pèse autant que les cinq pays suivants réunis : Égypte (14 800)Maroc (7 500)Nigeria (7 200)et Kenya (6 800). Ensemble, ces pôles cumulent 63 % des millionnaires et 88 % des milliardaires africains, laissant à la périphérie une quarantaine d’États qui se partagent des miettes.

Dans ce classement resserré, deux pays francophones parviennent à tirer leur épingle du jeu : le Maroc, troisième sur le continent, et Maurice, classé sixième. Tous deux illustrent des trajectoires dynamiques, portées par une ouverture économique assumée, une fiscalité attractive et une stabilité relative comparée à leur environnement régional.

D’où viennent les grandes fortunes africaines ?

Contrairement aux idées reçues, les grandes fortunes africaines ne viennent pas prioritairement du secteur minier, même si celui-ci reste un foyer de richesses ponctuelles. Selon Henley & Partners, la majorité des HNWI (High Net Worth Individuals, individus disposant d’actifs nets investissables supérieurs à 1 million USD, hors résidence principale) doivent leur fortune aux services de consommation courante : distribution, télécoms, banques, immobilier, hôtellerie. Ces secteurs sont portés par des marchés intérieurs larges et régulés, capables de générer des flux financiers stables et de longue durée.

C’est ce qui explique que des économies relativement diversifiées comme l’Afrique du Sud, l’Égypte ou le Maroc captent plus de millionnaires, là où les pays strictement dépendants des matières premières — hydrocarbures en Algérie, cuivre en RDC, uranium au Niger — peinent à faire émerger une véritable élite patrimoniale pérenne.

Le paradoxe francophone

En dehors du Maroc et de Maurice, le désert. L’Algérie, grande économie pétrolière, enregistre une chute de 23 % de ses HNWI sur la décennie écoulée, quand le Nigeria — pourtant première économie africaine en PIB — a vu fondre de 47 %sa population de millionnaires. Pour les autres pays francophones, comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou la RDC, le rapport ne relève aucun foyer significatif de grandes fortunes dépassant le seuil du million de dollars.

Plusieurs facteurs structurels expliquent cette marginalité :

  • La démographie : les petits marchés, à l’instar des pays sahéliens ou insulaires francophones, manquent d’assise pour soutenir de vastes fortunes privées.
  • La sécurité juridique : l’absence de protection claire des investisseurs, l’instabilité réglementaire et l’insécurité foncière freinent l’accumulation et surtout la conservation des richesses.
  • La dépendance aux rentes : les économies trop centrées sur un produit minier ou agricole (cacao, pétrole, uranium) produisent des revenus volatils, peu favorables à l’émergence d’une classe patrimoniale structurée.

Des fortunes en mouvement

Au-delà du simple recensement, le rapport met aussi en avant une tendance lourde : la migration des millionnaires. Selon le Henley Private Wealth Migration Report 2025, ce sont 142 000 millionnaires qui devraient changer de pays en 2025, un chiffre record appelé à grimper à 165 000 en 2026. L’Afrique n’échappe pas à ce mouvement : nombre de ses élites financières choisissent de s’installer à Dubaï, Londres, Paris ou dans des hubs fiscaux plus cléments, tout en continuant à investir sur le continent. Maurice, avec ses régimes d’immigration par investissement et ses avantages fiscaux, capte une part de ces flux sortants.

Les métropoles du luxe

Sur le plan urbain, Johannesburg reste le cœur battant des grandes fortunes africaines avec 11 700 millionnaires, mais Le Cap monte en puissance, attirant à la fois les centi-millionnaires et le marché immobilier le plus cher d’Afrique, évalué à 5 800 USD/m²Le Caire demeure la capitale des milliardaires, tandis que Nairobi concentre près de la moitié de la richesse kényane. En Afrique francophone, Casablanca s’impose comme le seul hub réellement significatif, reflet de l’ancrage du Maroc dans les réseaux mondiaux de capitaux.

L’ombre portée des inégalités

Cette concentration extrême des richesses pose un paradoxe. Alors que le continent affiche une dynamique de croissance du nombre de millionnaires estimée à + 65 % d’ici dix ans, une poignée de pays — et souvent une poignée d’individus — en capte l’essentiel. Un rapport d’Oxfam publié en juillet rappelait que les quatre hommes les plus riches d’Afriquedétenaient à eux seuls plus de 57 milliards de dollars, soit davantage que la moitié de la population du continent.

En fait, l’Africa Wealth Report 2025 met en lumière une Afrique à deux vitesses : celle des hubs de richesse mondiale, dominés par l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Maroc et quelques places émergentes, et celle des pays encore éloignés des dynamiques de grande fortune. Pour l’Afrique francophone, la marginalité demeure frappante, hormis le Maroc et Maurice. Ce déséquilibre reflète autant la taille des marchés que la sécurité juridique et la diversification économique. Et alors que la mobilité internationale des fortunes s’accélère, la capacité des États africains à retenir leurs élites financières et à transformer cette richesse privée en investissements productifs reste l’un des grands défis de la décennie à venir.

Encadré

Millionnaires francophones en Afrique (HNWI)

HNWI (High Net Worth Individuals) : individus dont les actifs financiers nets investissables dépassent 1 million USD, hors résidence principale et biens de consommation.

PaysMillionnaires (HNWI) 2025Évolution sur 10 ansSecteurs moteurs de fortuneFreins principaux
Maroc≈ 7 500+40 %Services financiers, immobilier, télécoms, consommation de masseDépendance aux phosphates, marché boursier encore peu profond
Maurice≈ 3 000 (6ᵉ continental)+63 %Tourisme haut de gamme, services financiers offshore, immobilierPetite taille du marché intérieur, dépendance externe
Algérie≈ 2 000–23 %Hydrocarbures, infrastructures publiquesDépendance pétrolière, faible diversification, insécurité réglementaire
Côte d’Ivoire< 1 000Stable / légère hausseAgro-industrie (cacao, anacarde), BTP, banquesTaille moyenne du marché, dépendance agricole, faible émergence patrimoniale
Sénégal< 500StableTélécoms, services, énergie offshore (pétrole/gaz en devenir)Marché limité, cadre juridique fragile
RDC< 500Stable / déclinMines (cuivre, cobalt), logistique, énergieRichesses minières captées par multinationales, manque d’ancrage local
Tunisie< 500Déclin modéréTourisme, services, textileCrise économique prolongée, faible sécurité juridique
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