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RDC – André Wameso déroule sa feuille de route : dédollarisation, réformes et stabilité monétaire

Par Rodrigue Fénelon Massala, grand reporter. Nommé à la tête de la Banque centrale du Congo (BCC) par ordonnance présidentielle du 23 juillet 2025, André Wameso fixe d’emblée le cap : restaurer la confiance dans le franc congolais, réduire la dépendance au dollar et ancrer durablement la stabilité macrofinancière. À la tête de l’institut d’émission,…

Par Rodrigue Fénelon Massala, grand reporter.

Nommé à la tête de la Banque centrale du Congo (BCC) par ordonnance présidentielle du 23 juillet 2025, André Wameso fixe d’emblée le cap : restaurer la confiance dans le franc congolais, réduire la dépendance au dollar et ancrer durablement la stabilité macrofinancière. À la tête de l’institut d’émission, véritable centre névralgique de l’économie congolaise, le nouveau gouverneur, en fonction depuis le 4 août, sait qu’il lui faut des gestes clairs, cohérents et crédibles pour rassurer partenaires et marchés – FMI, Banque mondiale, Banque Africaine de Développement (BAD) et investisseurs privés en tête – et sécuriser les transactions.

Priorité stratégique : la dédollarisation. Dans un pays où près de 90 % des échanges domestiques se règlent en billets verts, l’objectif est ambitieux. « Nous avons besoin que la population fasse à nouveau confiance à sa monnaie, car je ne pense pas qu’on puisse construire un nouveau Congo avec une autre devise que la monnaie nationale », confiait-il à Bloomberg. La démarche passe par un double mouvement : réhabiliter le franc congolais comme instrument de paiement et d’épargne, et offrir des actifs en monnaie locale suffisamment attractifs pour retenir l’épargne des ménages comme des institutions.

Sur le chantier des réformes, André Wameso envisage de travailler avec le Trésor américain à la mise en place d’une chambre de compensation logée à la BCC afin d’accélérer les règlements domestiques, réduire les frictions opérationnelles et, surtout, favoriser l’émission régulière de titres en francs. L’objectif : construire une courbe de rendement lisible qui serve de référence au financement de l’économie. À terme, la création d’un marché de la titrisation est évoquée, passerelle naturelle vers une intégration plus poussée aux marchés financiers internationaux.

Le diagnostic est connu : l’économie congolaise, tirée par des exportations libellées en dollars (cuivre, cobalt, or) et dépendante des importations, a longtemps entretenu la défiance envers le franc congolais, nourrie par le traumatisme de l’hyperinflation des années 1990. D’où la nécessité d’une politique monétaire prévisible, d’un pilotage ferme de la liquidité et d’un cadre de communication davantage proactif pour enrayer la dépréciation tendancielle observée ces dernières années.

André Wameso : « Nous avons besoin que la population fasse à nouveau confiance à sa monnaie, car je ne pense pas qu’on puisse construire un nouveau Congo avec une autre devise que la monnaie nationale »

Refonte de l’écosystème financier : le gouverneur veut mobiliser l’épargne longue domestique. La capitalisation des fonds de pension publics doit devenir le socle d’un véritable marché des capitaux en francs, avec, à la clé, le développement du crédit hypothécaire local. Cette dynamique implique des réformes corrélées du logement et de la sécurité sociale pour élargir la base d’investisseurs en monnaie nationale et allonger les maturités.

Indépendance et crédibilité restent des prérequis de la Banque Centrale du Congo. Bien que proche du président Félix Tshisekedi, André Wameso réaffirme l’autonomie de la BCC, alignée sur le programme de 1,7 milliard de dollars conclu avec le FMI, et s’inscrit dans une logique de gouvernance qui sépare clairement impératifs politiques et impératifs monétaires. Sur le plan externe, son rôle dans les discussions régionales – y compris le dialogue avec le Rwanda – et la coopération économique avec les États-Unis participe du même souci : ancrer la confiance.

Enfin, la stratégie aurifère complète l’arsenal. Actif traditionnel des banques centrales, l’or renforce la crédibilité d’une devise et diversifie les réserves. Le projet de construction d’une raffinerie à Kinshasa vise à lutter contre la contrebande, formaliser les flux, accroître les réserves et soutenir le franc congolais. « L’or — heureusement — nous l’avons sous nos pieds », rappelle le gouverneur.

En somme, l’urgence commande d’agir vite, mais avec méthode : stabilité des prix, transparence, réformes techniques et communication pédagogique. C’est cette combinaison qui rassurera les partenaires, sécurisera les transactions et posera les jalons d’une stabilité durable de l’économie de la RDC.

Financial Afrik Premium